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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB On dégèle...

C’est Condoleezza Rice qui nous l’assure, le temps est venu de s’occuper sérieusement des fermes de Chebaa. La nouvelle est évidemment des plus heureuses. Les termes dont a usé la diplomate en chef américaine pour nous l’annoncer le sont bien moins. Le temps est venu : ces quatre petits mots en disent long en effet sur le peu de place qu’occupent en réalité, dans le jeu des puissances, les droits les plus naturels des pays considérablement moins puissants. Ce qu’ils veulent dire en somme avec une désarmante candeur, ces quatre petits mots, c’est que l’on n’avait jusqu’à ce jour ni le temps ni le désir de traiter cette question pourtant essentielle pour notre pays ; qu’on n’avait, surtout, pas trop intérêt à le faire, que l’Amérique répugnait à faire pression sur un allié aussi précieux qu’Israël, qu’elle se refusait à offrir aussi royal cadeau au Hezbollah. Et que si l’on peut reparler de tout cela aujourd’hui, c’est que le contexte régional est en train de changer. Mieux vaut tard que jamais ? Certes, et ce n’est pas la première fois d’ailleurs que notre pays est amené à s’en accommoder. Car après tout, les droits des nations, comme des individus, peuvent s’avérer matière dangereusement périssable. Les atlas regorgent ainsi de territoires passés et repassés d’une main à l’autre, d’un drapeau à l’autre, et dont le statut final n’a été scellé que par la seule autorité du fait accompli. Des décennies durant, les États-Unis ont toléré, sinon favorisé et cautionné, cette même et rude tutelle syrienne sur le Liban qu’ils ont fini par décréter irrecevable. À leur tour, les fermes de Chebaa font figure aujourd’hui de produit à longue conservation : ce dossier longtemps remisé au frigo diplomatique international, voilà en effet que l’on s’avise de le réchauffer autrement qu’à l’aide de conflagrations épisodiques sur le terrain. À en croire Condie Rice, George W. Bush en fait désormais son affaire, et il entend apporter tout son appui à une mise de ce territoire sous la garde de l’ONU, comme le prévoyait déjà la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Quant au contexte régional nouveau, qui a suscité d’aussi bonnes dispositions à Washington, il tient visiblement, surtout, au progrès des négociations de paix indirectes syro-israéliennes engagées sous les auspices de la Turquie. Scène incroyable hier seulement, on verra même peut-être Bachar el-Assad et Ehud Olmert siéger autour de la même table, comme s’en félicitaient à l’avance hier les organisateurs français du prochain sommet méditerranéen. Est-ce réellement assez pour rompre enfin le cercle vicieux que se sont ingéniés à mettre en place, de concert, Israël et la Syrie : le premier n’acceptant de restituer, le cas échéant, le lopin de Chebaa qu’à ses squatters syriens d’avant 1967, et les seconds s’obstinant à dénier au Liban une reconnaissance de propriété ? Le drame, c’est qu’à force d’attendre l’apparition d’une conjoncture régionale favorable, c’est au Liban même que les choses ont changé, guère pour le mieux, et l’administration américaine n’en est pas peu responsable. Hier même, le Hezbollah voyait dans le revirement US une preuve éclatante du bien-fondé de sa stratégie. Mieux encore, une excellente raison de continuer sur la même voie : relevant – à juste titre, hélas – que le Liban s’est épuisé en démarches diplomatiques, des années durant, sans obtenir le moindre résultat. C’est, de surcroît, un Hezbollah infiniment plus fort – et conscient de l’être – qui, deux ans après la guerre de 2006, émerge de l’accord de Doha dont l’opposition a récolté d’un droit de veto sur les décisions gouvernementales ; qui, par son brutal coup de force à Beyrouth, a ouvert la voie au dialogue des armes, comme on le constate tragiquement aujourd’hui dans la Békaa ; qui, par alliés interposés, multiplie enfin les obstacles à la formation du nouveau gouvernement et retarde d’autant le décollage du régime... Pas de prime pour le Hezbollah, vraiment ? Et à embrasser trop souvent, trop fort, trop mal Fouad Siniora, l’Oncle Sam n’a-t-il pas fini par l’étouffer de ses bons sentiments ? Issa GORAIEB
C’est Condoleezza Rice qui nous l’assure, le temps est venu de s’occuper sérieusement des fermes de Chebaa. La nouvelle est évidemment des plus heureuses. Les termes dont a usé la diplomate en chef américaine pour nous l’annoncer le sont bien moins.

Le temps est venu : ces quatre petits mots en disent long en effet sur le peu de place qu’occupent en réalité, dans le jeu des puissances, les droits les plus naturels des pays considérablement moins puissants. Ce qu’ils veulent dire en somme avec une désarmante candeur, ces quatre petits mots, c’est que l’on n’avait jusqu’à ce jour ni le temps ni le désir de traiter cette question pourtant essentielle pour notre pays ; qu’on n’avait, surtout, pas trop intérêt à le faire, que l’Amérique répugnait à faire pression sur un allié aussi précieux...