Par Kaleem HUSSAIN*
Il y a une grande disparité entre le discours tenu par les chefs de la communauté religieuse et celui tenu par les jeunes musulmans des sociétés occidentales. Cette faille dans la communication explique le fait que de nombreux jeunes musulmans s’éloignent de plus en plus de la doctrine fondamentale de la tradition islamique – le respect des professeurs, des anciens, de la vertu morale et des nobles valeurs éthiques – et suivent un chemin diamétralement opposé à celui qu’ont emprunté leurs parents.
Bien que la langue du Coran et du prophète Mohammad soit uniformément l’arabe, le Coran nous enseigne que Dieu a créé des êtres humains de couleurs différentes, parlant une variété de langues. En outre, il est rappelé aux musulmans que les prophètes, envoyés pour répandre la foi, conversaient dans la langue de la communauté dans laquelle ils vivaient. Il est donc impératif de s’adresser aux autres dans une langue qu’ils peuvent comprendre.
Malheureusement, bon nombre de chefs religieux ayant immigré en Angleterre ne parlent pas l’anglais, privant ainsi les jeunes musulmans britanniques du véritable message de l’islam fondé sur des idéaux humanitaires et le respect des lois du pays. Tandis que lesdits chefs devisent dans des langues telles que l’urdu, le panjabi, l’arabe, le swahili et autres dialectes continentaux qui évoquent bien des choses à certaines catégories d’anciens (les immigrés de la première génération), les jeunes d’un pays d’accueil où l’on parle essentiellement l’anglais risquent, quant à eux, de ne pas souvent ou facilement les comprendre.
Alors, qui doit endosser la charge et la responsabilité d’enseigner aux jeunes musulmans ? L’imam qui prêche depuis des années dans sa langue maternelle, les parents de ces brebis égarées ou les jeunes eux-mêmes qui ne peuvent comprendre les sermons ?
Des discussions ont été organisées avec d’éminents érudits, universitaires et hommes politiques musulmans au sujet des musulmans résidant en Grande-Bretagne, et ce depuis que les attentats perpétrés en Angleterre le 7 juillet 2005 ont démontré que, lorsque les jeunes musulmans ne peuvent comprendre la morale islamique authentique, ils se rabattent sur d’autres moyens pour étudier les idéaux de leur foi. C’est à ce moment précis que ces autres moyens risquent d’apporter une interprétation biaisée et extrême de la religion, s’emparant des jeunes esprits vulnérables et les entraînant vers une fin catastrophique à laquelle nous avons assisté lors des attentats du 7 juillet 2005. De ces discussions découle, entre autres, la recommandation d’exiger des prédicateurs britanniques qu’ils parlent et devisent couramment en anglais du haut de leur chaire. Cette décision coïncide avec les exemples prophétiques existant dans la tradition musulmane.
Malheureusement, même si cette recommandation linguistique devient obligatoire, il est encore possible pour Oussama Ben Laden et les autres qui instruisent en arabe de convaincre de nombreux jeunes à prendre part à leurs campagnes extrémistes. Cela tient au fait que les principaux médias, qui leur accordent un temps d’antenne gratuit, traduisent leurs messages en anglais pour un public occidental et en font de fait du sensationnel. Ben Laden et bien d’autres au sein de la hiérarchie d’el-Qaëda n’ont pas reçu l’enseignement des sciences islamiques traditionnelles classiques et profitent du fait qu’ils occupent le devant de la scène pour atteindre leurs objectifs politiques en attirant les jeunes avec une version déformée de l’islam.
Bien que certains des poseurs de bombes du 7 juillet 2005 aient été bilingues, ils ont malgré tout préféré poursuivre leur funeste destinée. Ainsi, le problème de la langue n’est pas seul en cause. Si un accès libre et facile aux grands érudits musulmans de l’Occident – qui parlent couramment les deux langues et sont versés dans l’érudition islamique traditionnelle – avait été accordé à ces jeunes gens, ils n’auraient sans doute pas choisi la même voie. Ils se seraient certainement rendu compte que devenir kamikaze et tuer des civils innocents sont des actes qui n’ont pas leur place dans l’islam.
Cependant, un autre moyen de résoudre ce problème de communication est de mettre fin à la culture monopoliste que l’on rencontre dans certaines mosquées du pays et dans lesquelles un groupe très fermé d’imams et de comités gère toutes les activités religieuses et communautaires et dresse de nombreux obstacles à toute participation. Nous devons briser ces chaînes et donner naissance à une nouvelle génération d’érudits islamiques qui seront versés dans les sciences islamiques modernes afin de communiquer avec la jeunesse au niveau local et dans les médias à l’aide d’un langage qui fasse écho sur les plans affectif et intellectuel. En agissant ainsi, les jeunes auront une compréhension profonde de l’islam et alors seulement sera résolu le manque de communication qui est à l’origine des problèmes d’extrémisme et de terrorisme et la rupture des esprits influençables d’avec les véritables enseignements de l’islam.
* Kaleem Hussain est diplômé en droit et titulaire d’un mastère en droit économique international de l’Université de Warwick. Il se spécialise dans les affaires islamiques politiques, économiques, traditionnelles et contemporaines.
Article écrit pour le service de presse de Common Ground (CGNews).
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