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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Des valeurs communes, certes, mais doublement menacées Michel TOUMA

C’est essentiellement sous le signe du partage de valeurs communes qu’a été placée en définitive la visite de soutien et de solidarité avec le Liban effectuée samedi par le président Nicolas Sarkozy et les principaux pôles de la classe politique française. Dans leurs discours respectifs, le chef de l’État français et le président Michel Sleiman n’ont d’ailleurs pas manqué de relever, fort à propos, cette communion des « valeurs de tolérance, de respect de l’autre et d’acceptation de la différence », comme l’a souligné le président Sarkozy, et des « grandes valeurs humaines qui sont la démocratie, les droits de l’homme et les libertés publiques », pour reprendre les termes du président Sleiman. Comme l’a si joliment dit le nouveau locataire de Baabda, lorsque Français et Libanais se retrouvent, « c’est le cœur qui parle ». Certes… Mais rapidement, la réalité, la realpolitik, prend le pas sur les sentiments. Dans ce cas précis, force est de rappeler ainsi que ces valeurs communes à la base de « tant de siècles de relations uniques » libano-françaises sont aujourd’hui doublement menacés dans leur volet libanais. Et à cet égard, la France et le régime naissant ont un lourd et grave défi à relever. Et pour cause… Nos valeurs communes sont en effet d’abord menacées par le rapace syrien qui ne cesse de guetter sa proie libanaise. Le Premier ministre Fouad Siniora a souligné, à bon escient, ces derniers mois que Damas devait s’habituer au fait que le Liban est un pays indépendant. Or, aucun indice ne permet encore de penser qu’un tel effort intellectuel a été effectivement entrepris sur les bords du Barada. Bien au contraire. Le ferme soutien au Liban que le président Sarkozy, et avec lui toute la France, a réaffirmé, samedi à l’occasion de sa visite express à Beyrouth, c’est indéniablement au niveau de ce paramètre syrien qu’il devrait, entre autres, se manifester. Les milieux de l’Élysée ont d’ailleurs, d’emblée, conditionné la normalisation totale avec la Syrie à l’ouverture d’une ambassade syrienne à Beyrouth et à la sauvegarde de la paix civile sur la scène libanaise. La constante vigilance et la fermeté restent cependant de mise en de pareilles situations. Ce n’est certainement pas aux dirigeants français et aux pôles politiques de la France que l’on apprendra que la profonde crise qui marque les rapports libano-syriens revêt un caractère endémique et remonte aux années 40 du siècle dernier. Mais les visées de notre voisin n’ont jamais été aussi pesantes et menaçantes (pour ne pas dire sanglantes…), de sorte que la diligence de Paris serait pour le Liban plus que salutaire. Plus proche de nous encore, les valeurs communes sont tout aussi menacées par la doctrine, la ligne de conduite et le projet politique du Hezbollah. L’ancrage géopolitique quasi inconditionnel du parti chiite au régime des mollahs de la République islamique iranienne constitue d’abord une atteinte indéniable aux principes les plus élémentaires de la souveraineté nationale. Car cet ancrage – qui se traduit, convient-il de rappeler, par une allégeance totale au « wali el-fakih » en la personne du guide suprême de la révolution islamique – place la décision de guerre et de paix, et donc le problème de l’arsenal militaire du Hezbollah, entre les mains de Téhéran. Tout aussi grave est le comportement du parti chiite au plan interne avec les autres composantes du tissu social libanais. À titre d’exemple, au cours d’une récente interview télévisée, le responsable des relations extérieures du Hezbollah, Nawaf Moussaoui, a lancé une petite phrase qui en dit long sur les conditions d’un éventuel dialogue avec ce parti. « On est perdant dès l’instant où l’on se laisse placer dans la position de l’accusé, a-t-il souligné. C’est nous qui voulons placer les autres dans une position d’accusé. » En clair, toute critique à l’égard des choix ou de la ligne de conduite est interdite et automatiquement qualifiée de suspecte. Et pourtant, les critiques et les griefs sont légion lorsque l’on dresse le bilan des actions du Hezbollah. Que l’on se rappelle à cet égard l’attitude du directoire du parti chiite au lendemain de la guerre de juillet 2006. Pour couper court à toute tentative de leur réclamer des comptes au sujet de leur décision unilatérale de déclencher une conflagration avec l’État hébreu, les dirigeants de la formation pro-iranienne ont entrepris, dès la fin des combats, de lancer des accusations de collusion et de traîtrise à l’encontre des membres du gouvernement et du Premier ministre. Même scénario au terme de l’offensive contre Beyrouth-Ouest. Pour ne pas avoir à rendre des comptes, Hassan Nasrallah s’est lancé, dans un discours enflammé et agressif, dans une classification des Libanais en six catégories : cinq d’entre elles regroupant les Libanais traîtres, collabos, défaitistes (l’élite…), insouciants, et qui « ne pensent qu’à manger, boire et se promener les dimanches », alors que la sixième comprend les « bons » Libanais, « les plus nobles », partisans du Hezbollah, qui ne rechignent pas à prendre les armes, à payer le tribut du sang… Cette ligne de conduite et le positionnement du parti pro-iranien constituent indéniablement l’antithèse de la formule libanaise et du projet d’édification d’un État rassembleur, véritablement souverain, garant du pluralisme local, et du respect des libertés publiques et individuelles. De sorte que la sauvegarde des valeurs communes partagées par le Liban et la France, telles que définies samedi dans les discours des présidents Sarkozy et Sleiman, passe précisément par le renforcement du pouvoir central de l’État, dans toutes ses institutions, politiques, sécuritaires et socio-économiques. Le message de soutien et de solidarité transmis par toute la France au nouveau régime libanais est à inscrire dans ce sillage. Car dans le fond, et dans une perspective historique, ce n’est pas tant une faction déterminée ou un mandat bien précis qu’il s’agit de seconder, mais plutôt tous ceux qui œuvrent à sauvegarder la vocation, la mission, la raison d’être du Liban-message.
C’est essentiellement sous le signe du partage de valeurs communes qu’a été placée en définitive la visite de soutien et de solidarité avec le Liban effectuée samedi par le président Nicolas Sarkozy et les principaux pôles de la classe politique française. Dans leurs discours respectifs, le chef de l’État français et le président Michel Sleiman n’ont d’ailleurs pas manqué de relever, fort à propos, cette communion des « valeurs de tolérance, de respect de l’autre et d’acceptation de la différence », comme l’a souligné le président Sarkozy, et des « grandes valeurs humaines qui sont la démocratie, les droits de l’homme et les libertés publiques », pour reprendre les termes du président Sleiman.
Comme l’a si joliment dit le nouveau locataire de Baabda, lorsque Français et Libanais se...