Vingt-troisième semaine de 2008.
Tombe la neige / Tu ne viendras pas ce soir / Et mon cœur s’habille de noir / Tu ne viendras pas ce soir / Me crie mon désespoir / Le froid et l’absence / Cet odieux silence / Blanche solitude / Tu ne viendras pas ce soir…
Que l’on me donne le pouvoir nucléaire. Ou six cerveaux. Que l’on rabote mes jambes girafesques. Que l’on me menotte à une Rolex géante. Que l’on m’oblige à aimer Johnny et la demoiselle d’Avignon. Que l’on me chatouille à mort pour que je rie aux éclats quand Jean-Marie Bigard parle des femmes. Que l’on m’invente une ascendance hongroise. Que l’on me transforme en rappeur-président. Que l’on me bling-blingise à donf. Que l’on me travestisse en garçon coiffeur Duracell. En sous-ersatz de JFK. Que l’on me drogue pour que je hurle sur tous les toits que Didier Barbelivien, c’est plus fort que Serge Gainsbourg, que Christian Clavier, c’est plus géant que Charles Berling. Que l’on me brûle la plante des pieds pour passer mon temps au Fouquet’s plutôt que chez Colette, pour que je regarde Lance Armstrong plutôt que d’aller kiffer à Benicassim. Que l’on m’enseigne cette espèce de démagogie à paillettes, de miroir aux alouettes. Que l’on m’astreigne à embrasser longuement et bruyamment Angela Merkel. À regarder George W. avec des yeux enamourés. Que l’on me torture pour préférer l’eau à la Stolichnaya, le cigare à la cigarette, TF1 à France 2, Le Point au Nouvel obs, Paris Match aux Inrocks, Éric-Emmanuel Schmitt à Patrice Chéreau, la Star’Ac à la Nouvelle star, Rachida Dati à Élisabeth Guigou, les cœurs d’artichaut à tous les tartares du monde, n’importe qui à Jacques Chirac.
Pourquoi ? Parce que peut-être, alors, elle m’aimera. Je veux qu’elle m’aime. Je veux qu’elle soit folle de moi.
Tombe la neige / Tu ne viendras pas ce soir / Et mon cœur s’habille de noir / Tu ne viendras pas ce soir / Me crie mon désespoir / Le froid et l’absence / Cet odieux silence / Blanche solitude / Tu ne viendras pas ce soir…
Je veux qu’elle m’apprenne à être libre. Beau. Bo-bo. Bitch. Je veux qu’elle me lise du Yeats le soir avant que je ne m’endorme en rêvant de Naples. Ou de Palerme. Je veux qu’elle me raconte Yves Saint Laurent. Et Christian Lacroix. Je veux qu’elle m’emmène à une expo de Giacometti, de Bosh ou de Mapplethorpe. Je veux qu’on aille fumer plein de cigarettes en faisant des ronds dans l’eau et en chantant Barbara à tue-tête ; je veux qu’elle se déguise en Barbara et qu’elle l’imite. Je veux qu’elle m’emmène acheter plein de jeans Marithé et qu’elle les essaye à ma place. Je veux qu’elle me maquille et qu’on la joue comme Bret Easton Ellis. Je veux qu’elle m’écrive son Glamorama, qu’elle me fasse des pâtes à la vodka avec beaucoup de piments, je veux qu’on ait deux chats, qu’on les appelle Verlaine et Rimbaud. Je veux qu’elle murmure mon prénom à mon oreille, même sans tréma, qu’elle me chante Félicie aussi. Puis qu’on regarde Anna Magnani en buvant des litres de Krug rosé à sa mémoire ; qu’elle appelle Valéria pour la convaincre d’écrire le biopic d’Anna, de se teindre les cheveux en noir et de jouer Anna. Je veux qu’elle me raconte comment elle fait pour être à la fois Marie-Antoinette et Yvonne de Gaulle, Marianne Faithfull et Danielle Mitterrand, Daisy Duck et Bernadette Chirac, Asia Argento et Anne-Aymone Giscard d’Estaing. Je veux que No Promises reste à jamais son seul credo. Je veux qu’ensemble on se moque de cette pauvre Jackie O. et de tous ceux qui les comparent, à elle et Jackie O., parce que seulement nous deux savons qu’elle ne lui arrive pas à la cheville, cette pauvre Jackie O. Je veux qu’elle me fasse un bisou sur la joue.
Ensuite elle pourra aller rejoindre son mari. Et remplir sa mission.
Tombe la neige / Tu ne viendras pas ce soir / Et mon cœur s’habille de noir / Tu ne viendras pas ce soir / Me crie mon désespoir / Le froid et l’absence / Cet odieux silence / Blanche solitude / Tu ne viendras pas ce soir…
À la place, il y aura son mari. À la tête d’une Invincible Armada. Historique, pachydermique délégation française en terres libanaises. Même les François, Fillon et Hollande seront là. C’est dire à quel point Nicolas Sarkozy veut montrer aux Libanais, à tous les Libanais, à quel point la douce mamma France aime ce pays. Et y tient. Beaucoup plus qu’entre 1995 et 2007. N’est-ce pas ? Peu importe : en Sarkozie, on est bourré de bonnes volontés ; d’envies, de besoins même, de bien faire, d’aider le plus sincèrement, le plus absolument à la résurrection de ce Liban maudit. Ils le veulent tous, et ils s’y emploient. De Jean-David Lévitte à Bernard Kouchner en passant par Claude Guéant. La dette, ne serait-ce que morale, que le Liban doit à la France, à toutes les France, est incalculable. Même quand elle est, cette douce mamma, un peu sosottine, distraite, naïve, farfelue : aujourd’hui, une nouvelle page est peut-être en train de s’ouvrir entre la France et la Syrie ; les choses sont peut-être en train de changer… Comment dit-on en italien ? Mamma mia ?
Tombe la neige / Tu ne viendras pas ce soir / Et mon cœur s’habille de noir / Tu ne viendras pas ce soir / Me crie mon désespoir / Le froid et l’absence / Cet odieux silence / Blanche solitude / Tu ne viendras pas ce soir…
Mais je t’attendrai. Alors, quand tu viendras, on ira face à la mer boire un café. Italien si tu veux. Ou du champagne. Quoi d’autre ? Rien. Ah si : on chantera des chansons. Si tu veux. Comme si de rien n’était.
Ziyad MAKHOUL
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Que l’on me donne le pouvoir nucléaire. Ou six cerveaux. Que l’on rabote mes jambes girafesques. Que l’on me menotte à une Rolex géante. Que l’on m’oblige à aimer Johnny et la demoiselle d’Avignon. Que l’on me chatouille à mort pour que je rie aux éclats quand Jean-Marie Bigard parle des femmes. Que l’on m’invente une ascendance hongroise. Que l’on me transforme en rappeur-président. Que l’on me bling-blingise à donf. Que l’on me travestisse en garçon coiffeur Duracell. En sous-ersatz de JFK. Que l’on me drogue pour que je hurle sur tous les...