Deux trois petits jours, deux trois petits tours et puis s’en vont. Doha n’aura été qu’une idylle aussi furtive que trompeuse. Majorité et opposition s’affrontent derechef à coups d’invectives et d’accusations de blocage comme avant, sauf qu’il ne s’agit plus de la présidentielle mais du gouvernement. Et, en filigrane, des législatives. L’effet citron : dès que Siniora eut entamé ses concertations, les lignes rouges tracées à l’encre chinoise dans le faux serment de Doha sont apparues en relief. Effaçant les éphémères promesses de coopération, de rassemblement autour du nouveau régime pour lui imprimer un bel essor. Avec retour forcené aux exigences rédhibitoires comme aux veto.
Sur fond de polémique au sujet du choc entre deux projets fondamentaux antonymes. Entendre, sur fond de la lutte des axes. En effet, les prosyriens se remettent à clamer que leurs vis-à-vis du cru sont à la solde de l’oncle Sam. Les prosyriens ? Les pro-iraniens surtout, Barak Obama se déclarant d’entrée de jeu encore plus hostile à Téhéran que Bush, ce qui n’est pas peu dire. Ils ajoutent que les loyalistes obéissent également à l’Arabie saoudite qui ne porte pas Damas dans son cœur. Pour affirmer que Washington et Riyad, constatant l’échec de leurs tentatives de rafler la mise libanaise, ordonnent maintenant à leurs pupilles de saboter la formation d’un cabinet d’union. Car les résistants à l’impérialisme y tiendraient le haut du pavé.
Les opposants soutiennent, en outre, que leurs adversaires entravent la formation du gouvernement parce qu’ils ne veulent pas vraiment du caza, qui ne leur donnerait qu’une soixantaine de strapontins place de l’Étoile. Alors que le maintien de la formule 2000 leur y accorderait, de nouveau, une confortable majorité.
Riposte
Les loyalistes affirment de leur côté que lorsqu’on parle du blocage, il faut toujours regarder du côté de Damas. À les en croire, c’est contraint et forcé que le régime syrien a fait mine de jouer le jeu à Doha, obtenant une dispense française inespérée, Sarkozy ayant invité Assad à l’europium qui se tient à Paris le 13. Damas, enchaînent les loyalistes, se retrouvait par ailleurs trop isolé sur la scène arabe. Et, toujours selon eux, il n’arrivait même plus à s’entendre sur le dossier libanais avec des Iraniens soucieux de composer. Pour ne pas se mettre le Golfe à dos, Damas s’est résigné à laisser Qatar croquer les marrons tirés du feu. Mais, disent les majoritaires, pour reprendre aussitôt d’une main, mine de rien, ce qu’il concédait de l’autre. D’où, d’après eux, aussi bien les troubles de rue que les surenchères politico-ministérielles de ses fidèles du cru et leurs alliés.
La palme revenant, soulignent les loyalistes, au général Michel Aoun qui exige, à lui et pour lui tout seul, le sixième des sièges ministériels, dont au moins un de souveraineté. En refusant avec mépris tout lot de consolation sous forme de ministre d’État, comme s’il incarnait totalement le sixième du pays politique. Ou encore comme si, au sein d’une opposition pléthorique, il était aussi important que le mouvement Amal, le Hezbollah, la Rencontre de Karamé, les Marada de Sleimane Frangié, le parti d’Arslane, le PSNS, le PCL, on en passe et des meilleurs.
Une revendication d’autant plus exagérée qu’elle contredit la demande globale du 8 Mars. Ce front entend en effet décrocher neuf portefeuilles actifs, dont deux de souveraineté, et ne veut concéder que deux ministres d’État sur les huit qui sont prévus. Le comble, soulignent les loyalistes, c’est que les prosyriens veulent en outre frapper de veto le retour d’Élias Murr à la Défense. Et ont même le front de s’opposer à la présence au gouvernement de toute notabilité originaire de Jbeil-Kesrouan, la région du président ! Pour que leur bon ami Aoun n’y soit pas gêné lors des législatives.
Enjeu
C’est ce qui confirme, souligne un ancien ministre, que la bataille tourne en fait bien plus autour de cette dernière échéance que de la composition formelle du cabinet. Une compétition dans laquelle s’introduit l’élément d’un centre présidentiel émergent. C’est ainsi que l’on entend des cadres du CPL appeler de leurs vœux une alliance Sleiman-Aoun devant se traduire, dans un premier temps, par une coordination étroite au sein de l’Exécutif. Pour se répercuter ensuite sur le terrain électoral.
Mais beaucoup d’autres courants font les doux yeux à Baabda et tentent de s’en gagner les bonnes grâces, toujours dans la même perspective 2009. C’est ainsi que des majoritaires estiment que Aoun va vers une grosse déception. Loin d’obtenir, comme il l’espère, un bloc de quelque trente députés étalé sur plusieurs régions, il n’obtiendrait à leur avis que le tiers à peine. Une façon de faire allusion à des possibilités, comme la perte de l’alliance avec Murr, voire éventuellement avec le Tachnag ou Skaff, sans parler d’Arslane. Ou peut-être même, du Hezbollah.
Les loyalistes rendent aux opposants la monnaie de leur pièce en ce qui concerne la loi électorale. Ils répliquent en effet que le caza les arrange manifestement bien mieux qu’un Berry ou qu’un Aoun, qui y perdraient nombre de sièges. Tandis que la 2000, plus large, reste un costume taillé à l’exacte mesure de ces leaders. Surtout avec une nouvelle configuration d’alliances prenant en compte le néocentre.
Philippe ABI-AKL
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Sur fond de polémique au sujet du choc entre deux projets fondamentaux antonymes. Entendre, sur fond de la lutte des...