Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Boniments sans frontières

L’armement de la Résistance ne souffre aucune discussion, et elle n’a que faire de toute manière d’un quelconque consensus entre Libanais sur la question : c’est pratiquement en ces termes que le Hezbollah répondait il y a une dizaine de jours au discours d’investiture prononcé la veille même par le président Michel Sleiman. Pour être moins abrupte dans sa formulation, pour enrobée qu’elle soit des rituelles protestations de bonne foi, la réponse syrienne aux idées présidentielles ayant trait, cette fois, aux relations syro-libanaises, n’incite guère, elle non plus, à un optimisme délirant. Devant le Parlement, comme dans l’entretien qu’il a eu dimanche avec le ministre allemand des AE, le chef de l’État a abordé cet épineux dossier avec autant de dignité nationale que de réalisme et d’esprit d’ouverture. Il a pris acte ainsi d’intérêts mutuels dictés par l’histoire et la géographie, mais aussi d’une conjoncture qui a profondément changé, de lacunes qu’il convient de combler, d’erreurs qu’il ne faut surtout pas rééditer. D’autant plus honnête est cette approche que Michel Sleiman n’est certes pas suspect de sentiments antisyriens : c’est avec l’agrément des Syriens, à l’époque tout-puissants, qu’il avait succédé à Émile Lahoud au commandement de l’armée ; cela n’a guère empêché pourtant les Syriens de retarder l’élection d’un homme qui, à l’évidence, n’ambitionnait pas d’être un clone de Lahoud. Toujours est-il que sur les deux points précis des relations diplomatiques et du tracé des frontières avec la Syrie, les derniers propos du président Bachar el-Assad montrent que si la conjoncture a bel et bien changé, il n’en va pas forcément de même des mentalités. Non point bien sûr que Damas en soit encore à récuser ouvertement le principe d’un échange d’ambassades avec Beyrouth, commandé par le code universel des relations entre pays, explicitement exigé de surcroît par diverses résolutions de l’ONU et auquel avaient dû souscrire en 2006 les alliés locaux les plus proches de la Syrie. Depuis cette même date, la Syrie se déclare disposée à un tel cérémonial, et on serait tenté d’y voir une amorce d’abandon de la thèse, longtemps soutenue par Assad père, d’un seul et même peuple vivant (jusqu’à nouvel ordre, s’entend) dans deux États. Pas si vite cependant : les ambassades, Damas ne les envisage toujours que comme l’aboutissement, et non l’entrée en matière, du processus devant mener à la normalisation et au réchauffement des rapports syro-libanais. Les vertus de la diplomatie ne s’imposeraient-elles donc qu’en période de lune de miel ? Non moins décevantes sont les positions syriennes quant au tracé des frontières, telles qu’elles viennent d’être réaffirmées par le maître du régime baassiste, durant son séjour aux Émirats arabes unis. Pour Assad, le problème de ces frontières, dont tout le monde sait très bien pourtant qu’elles ne sont que sommairement esquissées en plus d’un secteur, qu’elles sont violées en permanence par les afflux d’armements et de combattants, n’existe tout simplement pas. S’il y a problème, c’est avec Israël. Et c’est particulièrement le cas de ces fameuses fermes de Chebaa, dont la Syrie ne reconnaît que de manière verbale la libanité, se refusant à en notifier dûment l’ONU et attendant, pour ce faire, que ce territoire ait été évacué par Israël : autrement dit, qu’aient abouti les pourparlers de paix actuellement engagés sous les auspices de la Turquie. Reste à comprendre par quel prodige tant d’intérêts et de volontés supposés contradictoires ont pu se retrouver pour maintenir en place un verrou aussi patent, aussi potentiellement explosif que celui de Chebaa. L’occupation de ce territoire est pourtant le seul, le dernier argument encore recevable pour justifier la perpétuation d’une Résistance libanaise capable – elle l’a montré durant la guerre de l’été 2006 – de porter des coups très durs à l’adversaire. Pour l’avoir conquis en 1967 sur les Syriens, lesquels l’avaient peu auparavant chapardé aux Libanais, Israël, pourtant, n’accepte de restituer, le cas échéant, qu’aux seuls premiers l’objet du litige. Or, c’est tout bénéfice pour la Syrie qui, par le biais d’un Hezbollah en armes, conserve, de concert avec l’Iran, un redoutable levier de pression interne sur son voisin libanais. Veut-elle vraiment aider le Liban, l’Amérique de Bush qui tous les jours proclame son soutien aux forces de la démocratie, fustige les fauteurs de troubles et promet des équipements modernes à l’armée ? La bonne adresse ce n’est plus tant Beyrouth que l’ONU, où continue de pourrir doucement l’incroyable énigme à tiroirs de Chebaa. Issa GORAIEB
L’armement de la Résistance ne souffre aucune discussion, et elle n’a que faire de toute manière d’un quelconque consensus entre Libanais sur la question : c’est pratiquement en ces termes que le Hezbollah répondait il y a une dizaine de jours au discours d’investiture prononcé la veille même par le président Michel Sleiman. Pour être moins abrupte dans sa formulation, pour enrobée qu’elle soit des rituelles protestations de bonne foi, la réponse syrienne aux idées présidentielles ayant trait, cette fois, aux relations syro-libanaises, n’incite guère, elle non plus, à un optimisme délirant.
Devant le Parlement, comme dans l’entretien qu’il a eu dimanche avec le ministre allemand des AE, le chef de l’État a abordé cet épineux dossier avec autant de dignité nationale que de réalisme et d’esprit...