CHRONOLOGIE

MOMENTS INSOLITES - Saydet el-Bzeiz (Notre-Dame des Seins) à Mar Mikhaël Une chapelle et des miracles Carla HENOUD

Elle est blottie dans un coin, loin des bruits et de la foule. Pour y arriver, il faut s’enfoncer dans les dédales de Mar Mikhaël, chercher, et puis suivre la flèche « Grotte de la Vierge miraculeuse de Notre-Dame des Seins » (Saydet el-Bzeiz), installée il y a juste quelques semaines. Incrustée dans un rocher depuis des centaines d’années, elle semble sereine, attendant les fidèles qui viennent tous les après-midi pour un moment de recueillement partagé ou plus, des miracles. Son histoire est simple, émouvante, comme toujours lorsqu’il s’agit de phénomènes extraordinaires qui touchent des gens très ordinaires, relatés avec détails et conviction, jamais expliqués ni prouvés, mais qu’importe ? La foi peut, il est vrai, soulever des montagnes, mettre en évidence des grottes qui deviennent miraculeuses. Elle peut donner à une simple chapelle une aura mystérieuse, un pouvoir surnaturel. Le reste… Le reste, sans commentaire, relève des émotions, de la croyance de chacun. De ce silence qui se dégage de la pierre. Il est lié à ces reliques, abandonnées par des miraculés dans tous les coins de la chapelle, comme des preuves indélébiles, des remerciements sincères. Il s’exprime à travers une humidité impressionnante, une « odeur de sainteté » qui se libère dès que l’on s’engouffre dans ce rocher miraculeux. Le plafond y est bas, les murs étroits, deux bancs, des photos de la Vierge, des fleurs déposées par des habitués, comme ils le font lorsqu’ils visitent un parent ou un ami, quelques cierges… Et puis cette présence impressionnante, presque étouffante, cette ferveur qui étreint l’âme en quête de sincérité. Le reste relève également des nombreux témoignages recueillis au cours de ces années. Curés, voisins, passants, ils s’accordent tous à confirmer que cette Vierge Marie est bien miraculeuse. Qu’elle a permis à des femmes de toutes religions, qui n’arrivaient pas à allaiter, d’avoir à nouveau du lait, d’où son surnom de Notre-Dame des Seins, Saydet el-Bzeiz. Qu’elle a rendu leur fertilité à certaines autres qui ne tombaient pas enceintes. Qu’elle a guéri le cancer du sein, et qu’enfin, lorsqu’elle fut placée dans une autre église pour le mois de mai, on l’aurait retrouvé dans le rocher, à sa place, le lendemain… Une origine romaine Même si son histoire reste floue et approximative, la plupart des fidèles affirment que le rocher remonte au temps des Romains. « C’était une simple petite grotte dans une pente. Il n’y avait même pas d’escaliers pour y accéder, raconte Steve Bozian, un habitant du quartier qui s’est longtemps chargé des soins et de l’installation électrique. Vers 1940, Youssef Chalhoub, un homme illettré, sans grande fortune, mais d’une grande foi, qui travaillait chez Ibrahim Sursock, s’était fixé comme mission de restaurer la grotte car, suite à de nombreuses prières, sa femme, stérile, a réussi à avoir 4 enfants. Il y a mis tout son temps et son argent, a installé un sol en marbre, fait un trou dans le rocher pour installer la photo de la vierge miraculeuse derrière une vitre. Il a peint, donné à ce rocher l’aspect amical d’une chapelle. » Puis un jour, raconte Steve, certains sont prêts à jurer que l’histoire ne ment pas, alors qu’il n’avait plus un sou, Youssef s’est agenouillé devant la Vierge, lui a parlé, car il ne priait pas mais dialoguait avec elle. Il lui aurait dit : « J’ai fini mon travail, reste le portail… Et je n’ai plus d’argent. » À peine avait-il rejoint la gare de Mar Mikhaël, en attendant son train, qu’il trouve une enveloppe, traînant à ses pieds. Elle contenait 100 livres qui ont permis… d’ériger un portail en fer. Depuis, chacun y met un peu d’attention et beaucoup d’amour. Les femmes du quartier, certains mécènes discrets qui améliorent l’état vétuste de la chapelle souffrant d’humidité excessive et de « dégâts des eaux ». Des bénévoles, modestes citoyens, qui l’ont remise sur pied après les quelques incendies qui l’ont ravagée. « Tout a brûlé sauf l’image de la Vierge », précisent-ils en chœur. Ces accidents de la nature n’ont en rien enlevé sa beauté au lieu, qui réside dans sa simplicité et sa force. Durant tout le mois de mai, et comme pour les autres Vierges Marie du pays, Notre-Dame des Prés, de la Forêt, de la Montagne, des Mers, de la Délivrance, de la Victoire, les femmes sont venues en groupe partager un moment de prière, ce dialogue intérieur qui lie les êtres et rassure les âmes pures. Dans cette chapelle minuscule, où le ciel est si bas qu’on pourrait le toucher, les chants se mêlent aux échos du silence. La chapelle devient alors immense, et la foi sans limites…

Elle est blottie dans un coin, loin des bruits et de la foule. Pour y arriver, il faut s’enfoncer dans les dédales de Mar Mikhaël, chercher, et puis suivre la flèche « Grotte de la Vierge miraculeuse de Notre-Dame des Seins » (Saydet el-Bzeiz), installée il y a juste quelques semaines. Incrustée dans un rocher depuis des centaines d’années, elle semble sereine, attendant les...