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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Bas les armes, citoyens … Michel TOUMA

Dans l’une des rares déclarations qu’il a faites quelques jours avant son accession à la magistrature suprême, le général Michel Sleimane a souligné, fort à propos, qu’un seul homme ne pouvait sauver à lui seul le pays, ajoutant qu’une telle tâche incombe à toutes les parties concernées. Certes. Mais en politique, comme en affaires, comme dans le monde du travail, ou aussi dans les rapports personnels, un seul être peut très souvent faire toute la différence. D’entrée de jeu, le nouveau locataire de Baabda bénéficie d’un capital confiance sans précédent au triple plan local, arabe et international. Le large et prestigieux éventail de dirigeants étrangers qui ont fait le déplacement pour être présents hier à la séance d’investiture en dit long sur la portée que représente dans le contexte présent une telle élection. Mais des questions fondamentales s’imposent d’emblée : troisième commandant en chef de l’armée à être porté à la présidence de la République, le général Sleimane suivra-t-il la voie de Fouad Chehab ou celle d’Émile Lahoud ? Engagera-t-il le pays sur la voie salutaire de l’édification d’un État de droit, dans toute l’acception du terme, ou optera-t-il pour un alignement déstabilisateur sur le Hezbollah ? Misera-t-il son action sur un renforcement des institutions étatiques, quelle que soit la nature des obstacles, ou se contentera-t-il de gérer simplement une crise larvée qui mine l’État dans son essence ? Il ne s’agit évidemment pas pour le président de la République d’adopter une attitude conflictuelle à l’égard du Hezbollah en tant que parti politique (et non politico-militaire) représentatif d’une large faction de la communauté chiite. Loin de là. Cela reviendrait pour lui à se départir de son rôle de chef de l’État, donc d’arbitre et de rassembleur. Mais fort des atouts qu’il a acquis lors des longues années passées à Yarzé, le président Michel Sleimane devra mettre toute sa sagesse dans la balance afin de relever LE principal défi auquel il sera rapidement confronté : celui de l’armement du Hezbollah. Car les événements sanglants du début du mois de mai ont apporté la preuve par quatre qu’il ne saurait y avoir un État et une armée dignes de ce nom et garants des intérêts de tous les Libanais en présence d’un parti qui exerce en permanence un chantage milicien (doublé d’un terrorisme intellectuel) à l’encontre non seulement de ses adversaires politiques, mais aussi – et c’est le plus grave – à l’encontre du gouvernement et des institutions étatiques dans leur ensemble. En tant que commandant en chef de l’armée, le général Sleimane a incontestablement vécu ces derniers jours une amère expérience à cet égard. Une expérience dont les retombées ont d’ailleurs été explicitement évoquées, avec beaucoup de courage, dans le discours d’investiture, hier. L’assaut contre Beyrouth et l’attaque (heureusement avortée) contre la montagne druze ont confirmé, malheureusement dans le sang, que l’arsenal du Hezbollah a une fonction essentiellement interne s’inscrivant dans le sillage d’un objectif final transnational que s’est fixé le parti chiite, à savoir : entraîner le pays, par la force des armes, dans des choix géostratégiques régionaux que ne partagent visiblement pas de vastes composantes de la population, et qui sont, de surcroît, aux antipodes de la nature pluraliste, de la vocation humaniste, du message du pays du Cèdre. De par leur essence, ces choix que le Hezbollah tente d’imposer ne peuvent prévaloir qu’au détriment d’un État efficace et souverain, véritablement représentatif de la mosaïque et des spécificités libanaises, dans toutes leurs diversités et leurs dimensions. C’est précisément dans cette optique que l’accord de Doha revêt une portée et une importance particulières, voire (peut-être) historiques, que nombre de Libanais n’ont pas su percevoir. Bien au-delà des considérations en rapport avec le profil de la prochaine équipe ministérielle ou du découpage électoral, l’intérêt exceptionnel de ce document réside dans le fait qu’il comporte un engagement écrit, solennel et signé de la part de la Ligue arabe à suivre pas à pas et parrainer le processus de rétablissement de la souveraineté nationale, en insistant sur la primauté de l’autorité sécuritaire et militaire de l’État central, autorité qui devrait s’exercer sur tous les Libanais et les résidents. Aucune mention de la « Résistance », ni de près ni de loin, dans le document de Doha, mais bien au contraire les clauses sur la primauté de l’autorité militaire et sécuritaire de l’État sont exprimées en des termes tranchés et clairs qui ne portent à aucune équivoque. Il ne s’agit là, à l’évidence, que d’un engagement écrit et moral qui pourrait être relégué aux oubliettes, comme de nombreux autres engagements arabes et internationaux. Sauf que ce forcing de la Ligue intervient dans un contexte historique particulier marqué par une vive réaction arabe (et internationale) à l’offensive politico-militaire de l’Iran – sur fond de tensions communautaires – en direction du monde arabe et des rives de la Méditerranée. C’est dire que d’entrée de jeu, le président Michel Sleimane bénéficie d’importants atouts et d’un vaste soutien étranger visant à stimuler l’entreprise d’édification d’un État central fort, souverain et capable de s’imposer aux forces de facto. Le défi que le nouveau chef de l’État devra relever sera précisément de capitaliser sur un tel appui afin d’imposer et de faire respecter l’autorité des institutions étatiques. À défaut, il sera contraint de gérer simplement la crise, de gérer les rapports entre un État impuissant, quasi paralysé, et le « mini-État » du Hezbollah, armé jusqu’aux dents, bénéficiant d’une infrastructure concurrente à celle du gouvernement et placée au service d’un projet transcendant largement le cadre libanais. Soulever en ce début de mandat, porteur de grands espoirs, le problème épineux de l’arsenal du Hezbollah et des débordements miliciens ne constitue nullement une attitude obstructionniste, mais reflète bien au contraire une volonté sincère d’accorder la priorité absolue à une reconstruction sereine de la maison libanaise. Ce qui implique le refus catégorique de retourner les armes vers l’intérieur, comme l’a souligné sans détours, et sur un ton ferme, le président Michel Sleimane dans son discours d’investiture. Le rejet des armées parallèles et des mini-États ancrés sur des projets régionaux ainsi que l’obstination à édifier un État fort et souverain devraient être la ligne directrice du nouveau mandat s’il désire être à la hauteur des espoirs fondés en lui. En clair, les Libanais se trouvent aujourd’hui plus que jamais, avec l’élection du nouveau président, face à l’alternative suivante : mettre de côté le langage des armes et soutenir le projet de vie, le projet d’édification de l’État et d’une société ouverte sur le monde, tournée vers un avenir prospère ; ou s’engager avec le Hezbollah (et ses alliés) sur la voie d’une société guerrière au service d’un axe régional peu soucieux de la sauvegarde de la vocation et du pluralisme libanais. Tel sera aussi, dans une large mesure, l’enjeu véritable des prochaines élections législatives du printemps 2009. Aux Libanais, donc, de choisir. À condition qu’ils puissent le faire librement, loin de l’intimidation milicienne, du terrorisme intellectuel et de la manipulation médiatique.
Dans l’une des rares déclarations qu’il a faites quelques jours avant son accession à la magistrature suprême, le général Michel Sleimane a souligné, fort à propos, qu’un seul homme ne pouvait sauver à lui seul le pays, ajoutant qu’une telle tâche incombe à toutes les parties concernées. Certes. Mais en politique, comme en affaires, comme dans le monde du travail, ou aussi dans les rapports personnels, un seul être peut très souvent faire toute la différence.
D’entrée de jeu, le nouveau locataire de Baabda bénéficie d’un capital confiance sans précédent au triple plan local, arabe et international. Le large et prestigieux éventail de dirigeants étrangers qui ont fait le déplacement pour être présents hier à la séance d’investiture en dit long sur la portée que représente dans le contexte...