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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Réapprendre la paix

Parce que l’accord de Doha constitue une réelle et effective sortie de crise, parce que toute réunion de famille(s) est autant de gagné sur la discorde et le chaos, nous voulons tous croire que le Liban assoiffé de normalité ne vient pas seulement de s’assurer un bel été, des plages et des hôtels bondés, un centre-ville de Beyrouth regorgeant à nouveau de promeneurs, mais que pour la suite on verra bien. Nous le voulons de toutes nos forces, oui, car il est grand temps que vive ce pays autrement qu’au jour le jour et au goutte à goutte. Autant ardente néanmoins est la soif générale d’ouverture, de bonne volonté et d’optimisme, autant prudence et vigilance restent de rigueur. Car une fois de plus, ce ne sont pas les seules intentions locales qui attendent d’être mises à l’épreuve. Fallait-il absolument que les chefs libanais se retrouvent hors de leur pays, soumis à une sévère diète verbale et médiatique, pour que survienne enfin l’heureux épilogue de vingt mois de stagnation, de stérile choc des volontés, de flirt poussé avec le désastre ? Et n’y a-t-il eu vraiment ni vainqueur ni vaincu à Doha comme s’en félicitent les médiateurs arabes, comme le veut une longue tradition de ruptures fracassantes suivies de précaires raccommodages ? Tout bilan des pertes et profits ne pourrait être qu’illusoire, car circonstanciel, dans l’attente des autres étapes du processus. Il est indéniable ainsi que le 14 Mars a opéré une spectaculaire reculade, pour ce qui est de la minorité de blocage concédée à l’opposition au sein du futur gouvernement. En revanche, et pour s’en tenir au comportement strictement civil et politique, les ministres contestataires ne pourront plus déserter l’organe exécutif à leur guise ou s’employer à obstruer l’action gouvernementale. Reste à savoir cependant si ce véritable droit de veto que vient de s’assurer le 8 Mars ne vaut que pour la situation présente – et dans le contexte précis d’un cabinet d’union nationale – ou s’il est appelé à faire précédent, à devenir un acquis inaliénable. Et cela quel que soit le résultat de futures consultations populaires, quelque considérable que soit, le cas échéant, le rapport de force entre les deux grandes formations du pays. C’est là que la démocratie dite consensuelle risquerait d’enterrer à jamais le concept élémentaire de majorité gouvernante et de minorité opposante. Ce que l’opposition gagne au plan de l’exercice normal du pouvoir (activité des plus légitimes qui, au demeurant, ne lui a jamais été déniée), elle le perd largement, cependant, au niveau de la situation de fait, du statut, dans sa perception arabe autant que locale. Car non seulement est contracté par toutes les parties l’engagement solennel de ne jamais recourir à la force à des fins intérieures, mais le Hezbollah, longtemps adulé, sacralisé, pratiquement déclaré intouchable, est formellement dessaisi, pour la toute première fois, de la qualité de mouvement de résistance. Ce parti se trouve ravalé en effet, dans le texte officiel de l’accord de Doha, au rang de simple organisation armée : l’une parmi toutes ces autres dont la relation avec l’État fera l’objet de discussions ultérieures, dans le double souci de la sécurité publique et de l’extension de l’autorité légale sur la totalité du territoire. Que ce débat proprement vital doive se dérouler sous le parrainage du chef de l’État, appelé à être élu dimanche, est un puissant indice de retour à la normale. On peut s’étonner que ce président de consensus dont on attend tant de prestations ne se soit vu offrir que la part congrue – trois ministres sur trente – dans le prochain gouvernement : modeste capital susceptible toutefois de grossir à la faveur des législatives de 2009, comme le veut une prosaïque et solide tradition de ralliements au pouvoir en place. Force est de constater tout de même que dans cette démocratie en panne qu’est de longue date déjà le Liban, c’est un commandant de l’armée qui succède à un autre commandant, alors qu’un ancien tenant du titre s’était mis, lui aussi, sur les rangs... En définitive, c’est un carnet de route pour la stabilité et la paix qui a été convenu à Doha : une voie impliquant nécessairement la soumission de toutes les parties à la loi institutionnelle. Or pour parfaire ce réapprentissage, pour surtout le mettre à l’abri des manigances, violences et subversions étrangères, en un mot pour régler son lourd contentieux avec le régime baassiste de Damas, le Liban va continuer d’avoir besoin de la sollicitude arabe, comme l’a souligné hier, avec la plus grande dignité, le Premier ministre Fouad Siniora. À l’heure où elle en est à révéler au grand jour ses pourparlers avec Israël, et où elle œuvre à récupérer le moindre arpent de terre du Golan, la Syrie ne doit plus être admise à nier contre l’évidence, contre le droit des nations, sa frontière – toutes ses frontières, matérielles soient-elles ou politiques – avec son voisin libanais. Issa GORAIEB
Parce que l’accord de Doha constitue une réelle et effective sortie de crise, parce que toute réunion de famille(s) est autant de gagné sur la discorde et le
chaos, nous voulons tous croire que le Liban assoiffé de normalité ne vient pas seulement de s’assurer un bel été, des plages et des hôtels bondés, un centre-ville de Beyrouth regorgeant à nouveau de promeneurs, mais que pour la suite on verra bien. Nous le voulons de toutes nos forces, oui, car il est grand temps que vive ce pays autrement qu’au jour le jour et au goutte à goutte. Autant ardente néanmoins est la soif générale d’ouverture, de bonne volonté et d’optimisme, autant prudence et vigilance restent de rigueur. Car une fois de plus, ce ne sont pas les seules intentions locales qui attendent d’être mises à l’épreuve.

Fallait-il absolument...