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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Question(s) de confiance

L’église d’à côté ne produit pas de miracles, s’il faut en croire un vieux dicton libanais. De fait, c’est dans l’oasis de Taëf, en Arabie saoudite, que voyait le jour, en 1989, au bout d’interminables palabres, l’accord qui devait servir de cadre à la Constitution de l’après-guerre. Et dans la foulée de la percée (proprement miraculeuse, elle) enregistrée par les médiateurs de la Ligue arabe, c’est à Doha que sont actuellement réunis ces chefs libanais qui, depuis plus d’un an que cela dure, n’ont pas trouvé moyen de se retrouver sous le même toit, autour de la même table, dans leur propre pays. S’il y a bien en ce moment sortie de crise, encore faut-il cependant qu’elle ne mène pas, à la longue, à un cul-de-sac. Car on n’aurait rien fait en réalité, si, par malheur, et au fil des ambiguïtés, la solution appelée à émerger devait porter en elle les ingrédients d’un retour en crise. Pour exceptionnellement importants que soient ainsi les thèmes pratiques du débat – du gouvernement d’union au scrutin présidentiel, en passant par la future loi électorale –, c’est à la réintroduction dans nos mœurs de la culture démocratique que devrait aller la priorité. Le plus urgent et nécessaire, c’est qu’une fois rétabli, le dialogue se poursuive qu’il pleuve ou qu’il vente, sans autre atout, maître argument ou moyen de pression autorisé que le soutien civique, pacifiquement exprimé, des citoyens. L’important, c’est que ce dialogue se poursuive dans le strict respect des règles du jeu, qu’il se poursuive là où il le faut, et seulement où il le faut : non point dans la rue, non point dans quelque capitale étrangère, mais à travers les institutions, au sein du Conseil des ministres, sous la coupole du Parlement, ou encore, dans les cas les plus graves, au palais présidentiel de Baabda. Cette dernière option est solennellement retenue d’ailleurs, pour la suite immédiate des discussions de fond, qui porteront notamment sur la scabreuse relation entre l’État et une guérilla funestement fourvoyée dans les tensions internes. Elle promet de redonner poids et consistance à une fonction présidentielle rabotée par l’accord de Taëf, sciée par une application malhonnête du même accord et qui ne reposait plus, tout au long de l’ère de l’occupation, que sur l’appui tantôt mesuré et tantôt massif, outrecuidant, du régime syrien. Disposant d’un quota substantiel de fidèles au sein du Conseil des ministres, le chef de l’État sera désormais en mesure, donc, d’assumer le rôle d’arbitre qui lui revient, et cela en faisant pencher d’un côté ou de l’autre les plateaux de la balance. La démarche n’a pas fait que des heureux. Laissé en plan par le Hezbollah, soucieux néanmoins de préserver jusqu’au bout ses chances, le général Michel Aoun insistait, hier encore, pour que ne soit mentionnée qu’en blanc la personne du président consensuel. Pour sa part, Nabih Berry se trouve enfin dessaisi, au profit du chef de l’État, d’un rôle qui lui allait bien mal et ne pouvait, de toute manière, faire plus longtemps illusion : président d’une Assemblée nationale dont il n’aura été que le très zélé saboteur, ses ardeurs partisanes n’en faisaient guère de surcroît le plus adéquat des modérateurs du dialogue national. C’est dire que physiquement absent du conclave de Doha, le général Michel Sleimane en est incontestablement la véritable vedette. C’est dire aussi que si la première des priorités en ce moment est le rétablissement de la confiance entre les parties libanaises, le commandant de l’armée n’échappe pas lui-même à ce genre de questionnements. C’est à travers sa personne et sous sa garantie en effet que devront être échangés les gages de bonne foi que commande la situation actuelle. Car ce sont deux mythes de taille, deux utopies que la folle équipée du Hezbollah a fait voler en éclats. Le premier est celui d’une intégration en douceur dans le jeu politique libanais – en douceur, c’est-à-dire dans le respect des traditions démocratiques – d’un parti théocratique, ostensiblement pro-iranien et résolument guerrier tel que celui-ci. Le second de ces mythes est celui d’une intégration de la guérilla aux forces régulières libanaises, dans le cadre d’une stratégie de défense unanimement cautionnée : pour qui veut voir à la lumière de l’éruption du 8 mai, c’est la milice qui entreprendrait d’absorber, de phagocyter l’armée, et non l’inverse. L’État dans l’État ne serait autre, alors... que l’État. Reste à souligner que si le futur président doit être le dépositaire de toutes les confiances, il est tenu, en tout premier lieu, de réaffirmer la sienne propre dans la troupe qu’il a charge de commander : et cela ne serait-ce que pour regagner celle de tous ceux, simples citoyens et chefs politiques, qu’a atterrés la gestion sécuritaire des derniers jours de folle violence. Pas plus que l’armée n’a vocation de guerre civile, elle n’est faite pour assister en spectatrice aux inexpiables violences de ce meurtrier mois de mai. Issa GORAIEB
L’église d’à côté ne produit pas de miracles, s’il faut en croire un vieux dicton libanais. De fait, c’est dans l’oasis de Taëf, en Arabie saoudite, que voyait le jour, en 1989, au bout d’interminables palabres, l’accord qui devait servir de cadre à la Constitution de l’après-guerre. Et dans la foulée de la percée (proprement miraculeuse, elle) enregistrée par les médiateurs de la Ligue arabe, c’est à Doha que sont actuellement réunis ces chefs libanais qui, depuis plus d’un an que cela dure, n’ont pas trouvé moyen de se retrouver sous le même toit, autour de la même table, dans leur propre pays.

S’il y a bien en ce moment sortie de crise, encore faut-il cependant qu’elle ne mène pas, à la longue, à un cul-de-sac. Car on n’aurait rien fait en réalité, si, par malheur, et au fil des...