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Ground zero Ziyad MAKHOUL

Rira bien qui rira le dernier. Proverbe indémodable. L’équipe au pouvoir vient de se prendre une gifle monumentale. C’est ce qui se passe généralement lorsque l’on casse tous les records de bêtise. Parce que le 14 Mars est sans doute la majorité la plus sotte au monde. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que ce 14 Mars mérite davantage de patience et d’affection, comme un enfant un peu plus lent, plus gauche que les autres, mais bourré de bonnes intentions – quoi de plus juste, de plus noble effectivement que la volonté d’imposer le concept de l’État... Qu’il mérite plus d’indulgence aussi, même si son QI, qui souvent surpasse à peine celui d’un pois chiche, est parfois (co)responsable des plus mortels des débordements dans ce pays. Monumentale gifle donc, puisque, hormis cette ex-clause 3 devenue clause 5, hormis cette ouverture du dialogue autour de la consolidation de l’autorité de l’État libanais sur l’ensemble de son territoire, ainsi que sur les relations entre l’État et les différentes organisations présentes sur le territoire libanais (le Hezb n’est même pas nommément cité) de manière à garantir la sécurité de l’État et des citoyens ; hormis cet additif expliquant un peu piteusement que tous les points de l’accord ont la même valeur, l’opposition sort quasiment triomphante à l’issue de la médiation qatarie. Le gouvernement a certes fait prévaloir la sécurité des Libanais, l’arrêt des bains de sang sur son ego, celui de la majorité des Libanais, des défenseurs de l’État et de la démocratie, des amoureux du bon et du beau. Mais il a surtout légitimé le caprice – le pire : le choix des armes pour le camp qui en regorge, c’est-à-dire le Hezb et ses sbires, à chaque fois qu’une affirmation de l’État lui déplaît un tant soit peu. Et bien naïf serait celui qui se rassurerait avec la clause 5 du document panarabe. Plus encore : ce gouvernement, cette majorité se retrouvent comme une cruche. Non seulement l’annexion du no man’s land downtown continue, mais les priorités sont inversées : au lieu de les précéder, de les garantir, l’élection de Michel Sleimane (hier presque honni par le Hezbollah, aujourd’hui encensé) va intervenir en dernier point. Sans oublier cette colère inouïe des partisans du 14 Mars à l’encontre de leurs leaders ; saine, évidente, légitime, cette colère reste cependant conjoncturelle. Intelligente : rien au monde ne fera basculer ces loyalistes, ces amoureux du beau et du bon. Au contraire, même. Aussi enragés soient-ils, ce qu’ils ont vu et entendu pendant une semaine a dynamité la moindre chance, même la plus virtuelle, de les voir rejoindre l’opposition. Revient ainsi à cette majorité, avant les prochaines législatives, l’urgente, l’incontournable et l’herculéenne mission de regagner leur confiance. Elle peut compter sur quelque chose, sur le fait que, parfois, la vie reste décidément bien faite. La (donc monumentale) gifle qui a secoué le 14 Mars et ses partisans a d’excellentes chances de se retourner, sur le long terme, contre ceux qui n’ont eu aucun scrupule à l’asséner. Les signaux sont là – patents, formels. Démasqué, aux armes totalement désacralisées, le Hezbollah aura réussi le malheureux, le criminel exploit d’exacerber la solidarité communautaire, à y catalyser même une certaine xénophobie. Idem dans l’espace arabe : les réactions populaires en Égypte, en Jordanie, en Arabie saoudite, notamment, sont éloquentes et n’ont besoin d’aucun commentaire. Plus grave : le Hezbollah, mais seulement le sait-il, ou acceptera-t-il de le voir, qui s’escrimait, masochiste, à gommer trait par trait, durant ces trois dernières années, tout ce qu’il avait réussi à acquérir après l’an 2000, a repris vite et sûrement le chemin des années 80. Dans le sens, surtout, de sa rechiitisation – et ce ne sont ni les balbutiements du tandem Arslane-Wahhab ni ceux de Michel Aoun qui pourraient lui redonner une dimension, une portée, une crédibilité nationales que seul le parti de Dieu peut espérer récupérer après de longs, d’impératifs mea culpa/mise au point. Un revival 80’s dans le sens du réenfermement du Hezb dans le très étriqué cagibi sectaire : une tendance valable pour tous, absolument tous, mais que Walid Joumblatt, Samir Geagea et Saad Hariri et les autres auront réussi à inverser, à dynamiter, en se fédérant, en se regroupant au sein d’un 14 Mars placentaire, transcommunautaire, de Qaa jusqu’à Chebaa, qui les chapeaute et qui, en principe, les oblige. À tout malheur quelque chose de bon ? En attendant que puissent être récoltés les dividendes de cette deuxième guerre civile – laquelle, jusqu’à nouvel ordre, n’aura duré qu’une semaine –, c’est au très proaméricain/prosyrien/pro-israélien/pro-iranien/profrançais/etc. Qatar que revient l’insigne honneur d’accueillir sur son territoire les leaders libanais. Pour, et les wahhabites s’étranglent, un Taëf II – pas un autre Taëf, non, bien sûr que non, juste un Taëf bis. Pour essayer de recommencer, de réécrire une blanche page… Les clins d’œil de l’histoire, cette gueuse, sont parfois d’une infinie ironie : quoi de mieux finalement que Doha, somme de toutes les influences étrangères, pour réunir les prosyro-iraniens et les pro-occidentaux que continue encore, encore ? de relier cette appartenance à une terre maudite – le Liban.
Rira bien qui rira le dernier.
Proverbe indémodable.

L’équipe au pouvoir vient de se prendre une gifle monumentale. C’est ce qui se passe généralement lorsque l’on casse tous les records de bêtise. Parce que le 14 Mars est sans doute la majorité la plus sotte au monde. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que ce 14 Mars mérite davantage de patience et d’affection, comme un enfant un peu plus lent, plus gauche que les autres, mais bourré de bonnes intentions – quoi de plus juste, de plus noble effectivement que la volonté d’imposer le concept de l’État... Qu’il mérite plus d’indulgence aussi, même si son QI, qui souvent surpasse à peine celui d’un pois chiche, est parfois (co)responsable des plus mortels des débordements dans ce pays. Monumentale gifle donc, puisque, hormis cette ex-clause 3...