On peut, à la rigueur, admettre qu’en juillet 2006, la capture de deux de ses soldats n’ait été pour Israël qu’un faux prétexte pour lancer une offensive de longtemps préparée. Comme l’affirme le Hezbollah. Mais on ne croira jamais ce même parti quand il soutient avoir provoqué une guerre interne aux seules fins de maintenir Choucair dans ses fonctions et de faire annuler l’annulation de son réseau illégal de télécoms. Là aussi, il y a longue préméditation. Car il est clair que dans l’état de crise actuel, le gouvernement n’a pas vraiment les moyens de faire exécuter les deux décisions en question.
C’est donc un bien plus puissant mobile qui a poussé le Hezb à mettre le pays à feu et à sang. À rajouter un drame sanglant, destructeur, aux malheurs, à l’hémorragie socio-économique, enregistrés avec et après le lourd bilan de la susdite guerre de juillet.
L’enjeu saute aux yeux : frapper politiquement l’adversaire local, déjà affecté par les assassinats, pour lui arracher le pouvoir. Ou, à tout le moins, pour l’amener à accepter la réalité d’un État milicien dans l’État de droit.
Hassan Nasrallah ne l’a d’ailleurs pas caché. Le bras de fer véritable ne tourne ni autour de la présidentielle, ni du cabinet d’entente, ni de la loi électorale. Mais oppose son propre projet national-résistant, c’est bien le terme qu’il a employé, au programme-calendrier de l’Oncle Satan américain. En lançant cette menace à peine voilée : « Que celui qui souhaite se situer là, en face, le fasse ; et que celui qui aime se tenir à nos côtés y vienne. »
Inversant les rôles et la nue vérité, il soutient que la décision concernant le réseau de télécoms « a été prise pour servir les USA et Israël en allumant une guerre civile au Liban, et j’en défère les auteurs devant la justice ». ( !) En généralisant son fameux slogan sécateur relatif à l’arsenal : « La main qui se tend pour happer notre réseau, nous la couperons. »
Pour faire bonne mesure et en référence à l’officier Choucair, il précise qu’il est interdit de toucher à ceux qui ont aidé la Résistance, qu’il soient entrepreneurs, édiles ou fonctionnaires. Car cela équivaut à s’attaquer par la bande au tabou de l’armement hezbollahi.
Un autre Liban
Une brève conclusion, mais qui en dit long : « Nous sommes entrés, au Liban, dans une phase totalement nouvelle, après les décisions du gouvernement. Le Liban d’après la nuit sombre où elles furent adoptées ne sera plus le Liban d’avant cette séance. » Il n’est pas besoin de lire entre les lignes pour saisir que ce qui est désormais mis sur le tapis, c’est tout simplement la refondation du pays politique.
En pratique, le message signifie que, tout autant que lesdites décisions ministérielles, la 1701 et la 1559 sont enterrées pour de bon. Parce qu’elles rejoignent, sur le fond, les visées US d’un Grand Moyen-Orient. Et se heurtent de front au projet régional de l’Iran. D’ailleurs, Khamenei avait annoncé la couleur, il y a plus d’un an déjà. En affirmant que c’est au Liban qu’il allait mettre Washington en déroute.
Observateur averti, Johnny Abdo indiquait dès le 19 avril dernier disposer d’informations sur les graves retombées qu’auraient sous peu l’infiltration, le noyautage des services publics par le Hezbollah. En vue de les réduire à sa merci. Notamment dans le Metn, au Nord, au Sud, à Beyrouth et, à un moindre degré, au Chouf. Il évoquait de lourdes agressions contre l’État de droit ainsi que des menaces visant quiconque en parlerait. De manière à ce que les fonctionnaires réalisent bien qu’ils ne bénéficient d’aucune ombrelle de protection face aux hordes miliciennes, le Hezbollah en tête. Et qu’ils n’ont qu’à se soumettre. L’ambassadeur a souligné enfin que le putsch en marche allait se traduire par des actes débordant le cadre d’une simple révolte contre l’ordre public.
Johnny Abdo exclut toute agression contre la Syrie d’un Israël désireux, selon lui, de préserver le régime d’Assad. Mais il pense que l’armée israélienne affûte ses armes pour lancer une nouvelle guerre, une guerre éclair dit-il, contre le Liban. Afin d’obtenir de meilleurs résultats que la 1701 ne peut en donner.
Est-il besoin de rappeler, en appui à ces propos prémonitoires, que les officiels israéliens réagissent aux événements du Liban en notant qu’il devient plus facile, mieux justifié aux yeux de la légalité et de l’opinion internationales, d’attaquer ce pays, une fois qu’il est sous la coupe du Hezbollah ?
Faut-il, de même, répéter que le Hezb a commis une lourde faute en tournant son fusil, dit résistant, vers l’intérieur ? Une faute qu’il doit réparer sans tarder. En s’engageant, comme le lui demande le président Amine Gemayel, à ne plus y tomber. Et à lui préférer le dialogue.
Pour ne pas donner prise à Israël.
Émile KHOURY
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C’est donc un bien plus puissant mobile qui a poussé le Hezb à mettre le pays à feu et à sang. À rajouter un drame sanglant, destructeur, aux malheurs, à l’hémorragie socio-économique, enregistrés...