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Actualités - Opinion

Dominique Chevallier, in memoriam

L’homme qui a si intimement compris le destin d’une terre méditerranéenne, mariant la montagne et la mer, et d’un pays unissant des êtres de toutes croyances, l’érudit qui a consacré sa thèse à «?La Société du Mont-Liban, à l’époque de la révolution industrielle en Europe?», ouvrage devenu la référence par excellence sur ce sujet depuis sa publication en 1971, l’honnête homme dans la tradition du siècle des Lumières et de l’universalisme français, à la langue claire et élégante dans ses écrits comme dans ses cours magistraux à la Sorbonne, l’ami du Liban dans les heures claires ou sombres qu’il a traversées et traverse encore, Dominique Chevallier nous a quittés hier. Depuis 1957, l’année de stage au Centre d’études de l’arabe moderne (Cepam) à Bickfaya, où il a amélioré sa pratique de l’arabe contemporain en compagnie d’autres arabisants, sous l’ombre tutélaire de Jacques Berque, jusqu’à ses articles des dernières années sur la situation du Liban réunis dans un livre qu’il a encore eu le temps de tenir entre ses mains la semaine passée, c’est un demi-siècle d’une relation forte et lucide avec un Liban qu’il a aimé et de liens avec des universitaires qu’il a formés et qui sont aujourd’hui à leur tour des guides et des consciences en éveil. Si je n’ai pas été son étudiant, j’ai pourtant eu le privilège, à son invitation comme bien d’autres – économistes, hommes politiques, écrivains, diplomates –, d’animer un de ses «?fameux séminaires du mardi?» qu’il a dirigés de 1971 à 1997 à l’Université Paris IV-Sorbonne. J’ai ainsi pu être le témoin de la qualité des débats sur les problèmes et les questionnements de l’histoire du monde arabe et musulman contemporain. Il savait, avec sa pensée toujours vive et mâtinée d’humour, souligner l’essentiel sans perdre le sens de la dérision des choses. Ceux qui ont suivi ses cours à la Sorbonne sur l’histoire de l’islam contemporain ont pu apprécier sa démarche scientifique et sa liberté à l’égard de tout ce qui pouvait par l’idéologie limiter la connaissance. Retenons, parmi ses écrits, ces paroles tirées de?Renouvellements du monde arabe?1952-1982, qui prennent aujourd’hui à plus d’un titre valeur de symbole?: «?Travailler à la compréhension réciproque pour se tolérer, pour se rencontrer, poursuivre ensemble la recherche du bien commun?… Face à un passé si présent, si chargé de certitudes aléatoires, chacun de nous assume ses propres valeurs pour donner sa plénitude à notre responsabilité commune d’intellectuels et d’universitaires.» Gérard KHOURY Écrivain, historien
L’homme qui a si intimement compris le destin d’une terre méditerranéenne, mariant la montagne et la mer, et d’un pays unissant des êtres de toutes croyances, l’érudit qui a consacré sa thèse à «?La Société du Mont-Liban, à l’époque de la révolution industrielle en Europe?», ouvrage devenu la référence par excellence sur ce sujet depuis sa publication en 1971, l’honnête homme dans la tradition du siècle des Lumières et de l’universalisme français, à la langue claire et élégante dans ses écrits comme dans ses cours magistraux à la Sorbonne, l’ami du Liban dans les heures claires ou sombres qu’il a traversées et traverse encore, Dominique Chevallier nous a quittés hier.
Depuis 1957, l’année de stage au Centre d’études de l’arabe moderne (Cepam) à Bickfaya, où il a amélioré sa...