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Actualités - Opinion

Prétextes Ziyad MAKHOUL

À force de fréquenter son meilleur ennemi, à force de le connaître, les risques de mimétisme, de surenchère même, se multiplient inconsidérément. Fouad Siniora – cet homme est un somptueux extraterrestre : Ce qui se passe à Beyrouth, même l’ennemi israélien n’avait pas osé le faire. Qu’est-ce qui différencie aujourd’hui dans la pratique, c’est-à-dire sur le terrain, le Hezbollah d’Israël ? Le casse du siècle démarré par le parti de Dieu à la suite des deux décisions prises par le gouvernement Siniora ressemble étrangement, dans sa disproportion, dans sa brutalité, dans sa vastitude, à la réplique animale de l’État hébreu contre le Liban quelques heures à peine après le rapt par le même Hezb de deux troufions israéliens. Comme les Israéliens en 2006, le Hezbollah cherchait un motif, une excuse. Il l’attendait. Il le guettait. Il l’a eu. C’est malheureux. Mais c’est comme ça. Parce qu’il ne s’agit pas/plus d’un putsch en bonne et due forme, comme on en voit encore dans quelques bananeraies. Il ne s’agit évidemment pas de rééquilibrage – rééquilibrer quoi, d’ailleurs, quand le pouvoir de l’opposition libanaise est énorme : gouvernement tronqué, Parlement verrouillé, palais présidentiel vide ad vitam, économie et tourisme décimés, etc. ? Il ne peut pas s’agir non plus de vengeance personnelle, de caprice ; un Néron libanais, dans cette patrie définitive pour (presque) tout le monde : voilà quelque chose d’assez impensable. Même si, jour après jour, ces impensables se concrétisent à une vitesse inouïe. De quoi s’agit-il alors ? De dynamiter, psychologiquement et politiquement, Saad Hariri et Walid Joumblatt, le Courant du futur et le PSP – leur donner une sacrée leçon ? Penser, une seconde, que leurs partisans, tétanisés par la peur, changeraient de bord, retourneraient leurs vestes, est une hérésie – Hassan Nasrallah est bien trop intelligent pour avoir parié sur cela. Surtout que le toujours imprévisible Omar Karamé a lâché sa bombe politique : Que personne n’oublie que je suis sunnite. Surtout que le toujours impeccable Nagib Mikati n’a pas failli à sa réputation. Sans compter le toujours second couteau Talal Arslane, qui, une fois passée la brève ivresse du pouvoir bu cul sec, s’est vite retrouvé confronté à une double réalité : sa louable druzitude – quoi qu’il arrive, et sa faible popularité – quoi qu’il arrive. En un mot : le Hezbollah aura centuplé le sentiment et les crispations sectaires et donné aux extrémistes, notamment sunnites, de quoi se lécher les babines et se frotter les mains. De quoi s’agit-il alors ? De transformer la moitié du Liban en une extension téhéranienne, en un Persepolis bigger than life où la démocratie est remplacée par le bon plaisir du prince, où l’acceptation de l’autre se dissout dans l’infinie arrogance de l’analphabète prépubère bardé d’armes, où la lumière devient obscurité, où la seule loi qui primera sera celle de la jungle ? De paver la voie à l’autre moitié en tentant d’arslaniser Michel Aoun – c’est-à-dire de pousser à la réédition du crime de 89-90, à la fitna christiano-chrétienne, puis poser le bon général, qui en frétille d’avance, en chef des Pasdaran des zones est ? De ruiner la troupe, dernière institution encore (vaguement) debout – comme l’opposition, bravement soutenue par la famille Assad, essaie de le faire depuis des mois et des mois ? De pousser le gouvernement Siniora à la démission – soit, et après ? Ils pensent vraiment qu’une faction peut gouverner seule ce pays ? Ils n’en voient pas la vanité chaque jour ? De quoi s’agit-il alors ? De rebooster Moqtada Sadr ? De négocier le dossier du nucléaire iranien ? De redessiner la carte du Moyen-Orient, en répondant du tac au tac au vœu américain ou, dixit Sélim Sayegh, en exécutant très fidèlement le plan Ben Gourion ? D’offrir aux ayatollahs une résidence secondaire avec vue imprenable sur la mer (Méditerranée) ? En attendant qu’une ou plusieurs réponses soient données, un constat, une évidence s’imposent – loin de tout vœu pieu, loin de toute illusion : au véritable et tonitruant triomphe militaire de l’opposition vient se coller, gluante, visqueuse, sangsue, l’impressionnante, l’indélébile preuve de sa débâcle politique. De son incapacité à faire de la politique – que seule peut compenser, visiblement, cette boulimie d’armes, de sang, d’annexion, de muscles : on le voit avec Israël, dans les territoires palestiniens. Face à une majorité bourrée de bonnes intentions, mais qui souffre d’une maladresse, d’une sottise, et, encore une fois, d’un manque de tout affolants, l’opposition en général et le Hezbollah en particulier se sont embarqués pour un drôle de voyage – qui mieux que les leaders du Hezb savent pourtant combien l’humiliation peut mener loin : la communauté chiite, pour l’avoir si injustement vécue à travers l’histoire, aurait dû être la première à penser à ses conséquences. À prévoir ses débordements. Ses inconsciences. À ne pas l’infliger aux autres. Reste cet infime espoir – mais le Liban n’est pas Israël : celui, vite, d’un Winograd. Pour tout le monde, bien sûr. À commencer par les pyromanes.
À force de fréquenter son meilleur ennemi, à force de le connaître, les risques de mimétisme, de surenchère même, se multiplient inconsidérément.
Fouad Siniora – cet homme est un somptueux extraterrestre : Ce qui se passe à Beyrouth, même l’ennemi israélien n’avait pas osé le faire.
Qu’est-ce qui différencie aujourd’hui dans la pratique, c’est-à-dire sur le terrain, le Hezbollah d’Israël ? Le casse du siècle démarré par le parti de Dieu à la suite des deux décisions prises par le gouvernement Siniora ressemble étrangement, dans sa disproportion, dans sa brutalité, dans sa vastitude, à la réplique animale de l’État hébreu contre le Liban quelques heures à peine après le rapt par le même Hezb de deux troufions israéliens.
Comme les Israéliens en 2006, le Hezbollah cherchait un motif,...