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LES LECTEURS JUGENT LA CRISE

Aux « dirigeants » de ce pauvre pays Ma révolte contre la situation actuelle, angoissante et énervante, est la cause principale pour laquelle j’ai décidé de rédiger cet article. J’aimerais bien commencer mon article par un remerciement pour ce que vous nous avez offert de beau et bien jusqu’à présent… Mais bon, nous ne sommes pas aussi ignorants pour reconnaître qu’il n’y a pas vraiment grand-chose ! Tout d’abord, j’aimerais bien vous remercier pour nous avoir mis dans ce pétrin malgré nous. Le Liban est un pays démocratique, j’aime bien vous le rappeler puisque vous tendez à l’oublier parfois. Mais qu’est-ce qu’un pays démocratique ? C’est un pays conforme à la démocratie : un régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui-même par l’intermédiaire de représentants interposés (démocratie représentative) dans le sens étymologique du terme (tout en restant dans des limites). C’est par le biais du peuple que vous aviez eu accès au pouvoir, si je ne me trompe pas. C’est aussi de la même sorte que vous pourriez être privés de ce poste. Bien sûr, chacun a son avis politique et son opinion personnelle, et tout ce qui peut être de plus égocentrique, mais le pays passe avant tout ! Vingt et un partis politiques pour 10 452 kilomètres carrés, c’est peut-être beaucoup. L’intervention de l’extérieur, l’Iran, la Syrie, les États-Unis, est flagrante. Pourquoi voudraient-ils toucher à ce pays qui tourne de travers ? La réponse est claire : c’est le meilleur pays qui puisse exister sur terre. Mais il faut juste le rappeler pour qu’on le laisse vivre un peu. Je voudrais demander à quelques politiciens de se contenter de leurs postes en tant que « responsables » et garder les autres postes aux gens spécialisés, c’est-à-dire que les critiques inutiles et évitables seraient recommandées de leur part parce qu’une étude de 3-4 ans en licence de journalisme ne peut pas être réduite à une réplique absurde. Ensuite, l’absence d’un président de la République libanaise est une honte nationale ! Ce qu’il faut faire est très simple : vous n’aviez qu’à laisser tomber le complexe de l’immensité, qui est votre spécialité, et vous auriez trouvé une réponse immédiate. De plus, je crois que l’heure d’une nouvelle mentalité est venue, une mentalité jeune. Laissez-nous la chance de guider ce pays (déjà que nous y excellons bien sûr mieux que vous) et puisque, tôt ou tard, vous devriez nous céder la place avec l’âge (à Dieu ne plaise). Je suis sûre et certaine que plusieurs personnes (jeunes ou âgées) partagent mon opinion ou presque. Je suis peut-être la seule jeune fille âgée de 17 ans qui aie eu la force et la chance de vous faire face en espérant vous avoir défini vos limites parce que ça suffit ! Les mots, on en a entendu… partagent mon opinion. Des maux, vous nous en avez causés. Il est temps de passer à l’action et d’agir patriotiquement en gardant l’opinion personnelle dans un coffre bien fermé… et penser à ce qui peut être un des pays arabes les plus privilégiés au lieu de voir Dubaï, l’Arabie saoudite ou tout autre pays arabe nous dépasser dans cette course vers l’avenir le plus beau, le plus réussi. Dans un an, j’aimerais bien poursuivre mes études universitaires dans mon pays et non pas rentrer dans la file des jeunes émigrés. Je ne voudrais pas laisser mon pays à des étrangers et je crois que plein de jeunes le pensent aussi. Donc agissez maintenant avant qu’il ne soit trop tard pour vous et pour nous. Si vous comptez entrer dans l’histoire et faire figure de héros, ma suggestion personnelle et très sincère est que vous preniez le premier avion ou bateau parce qu’on en a marre d’organiser notre vie selon votre envie de ruiner un pays, dont vous n’avez pas le monopole, et de nous changer notre mode de vie. Laissez-nous vivre ! Je suis sûre que vous ne comprenez pas le vrai sens du mot « vivre », je n’en suis pas vraiment choquée. Arrêtez d’agir comme des enfants de 3-4 ans qui s’accusent chacun de son côté ! Mûrissez un peu, c’est tout ce que je vous demande pour commencer. On vous a suffisamment écoutés et vous n’avez apporté à ce pays que la ruine et les mensonges débiles. Ce n’est pas de votre faute si vous vous considérez aussi importants, c’est la faute de ce peuple qui vous applaudit et vous suit alors que vous devriez être en train de le suivre. Il est temps de nous céder la place une fois pour toutes. On en a marre ! J’en ai marre ! Nour TUÉNI Élève de 1re au collège Notre-Dame de Jamhour P-S – Je comparerais le contenu d’un livre que j’ai lu pour mes études scolaires, intitulé « Rhinocéros » d’Eugène Ionesco, à la situation actuelle. Je le conseille à ceux qui seraient curieux de le lire et ils comprendront ce que je veux dire. Une erreur stratégique Les grands leaders de la Résistance peuvent être de très mauvais hommes d’État. Le plus en vue ces derniers temps est sans contexte Robert Mugabe qui, après avoir détruit toutes les potentialités du Zimbawbe, pousse la population vers la guerre civile. Sayyed Hassan Nasrallah ferait-il partie de cette catégorie ? On espérait qu’il réagirait d’une manière plus mesurée même si l’exécution des deux décisions – légitimes, il faut le dire – prises par le gouvernement Siniora aurait causé beaucoup de gêne à la Résistance. Une petite intervention auprès du ministre de la Défense, dont le patriotisme ne peut être mis en doute, aurait permis de trouver une solution qui arrangerait aussi bien la Résistance que l’État. À l’unanimité, les Libanais soutiennent la Résistance, malgré leur désaccord avec le Hezbollah en tant que parti. Mal conseillé par ses alliés locaux et poussé par la Syrie et l’Iran, il a commis une erreur stratégique, lui qui reprochait souvent à la majorité des erreurs tactiques qu’une bonne communication réparait facilement. En envahissant Beyrouth-Ouest, ou la totalité du Liban, croyait-il changer la donne politique ? De résistant à l’occupation israélienne, dont tous les Arabes et les musulmans étaient fiers, le Hezbollah devenait tout simplement une force d’occupation qui va légitimer une Résistance et c’est ainsi qu’on recrée la spirale de la violence entre les habitants d’un même pays. Qu’espérait-il ? – La démission du gouvernement légal, dont les membres, qu’ils soient tués, emprisonnés ou exilés, seraient restés aux yeux du monde entier les représentants légitimes du Liban. – L’occupation du Sérail en vue d’amener le général Michel Sleimane à prendre la direction d’un gouvernement intérimaire en oubliant que l’officier avait auparavant déclaré à la majorité parlementaire qu’il n’accepterait à aucun prix d’être élu par moins des deux tiers de l’Assemblée nationale. – La reprise, dans de meilleures conditions, du dialogue sur l’élection du président de la République, la formation d’un gouvernement d’union nationale et une nouvelle loi électorale. Là aussi, l’occupation de Beyrouth ne peut lui être d’aucune utilité puisque du parti résistant qui a obligé les Israéliens à quitter le sud du Liban en 2000 et a empêché son retour en 2006, il ne reste qu’une milice. Quel message voulaient véhiculer le Hezbollah et ses alliés à travers cette action violente qui était préparée de longue date contrairement à ce que le laisse supposer le discours de sayyed Nasrallah ? Les miliciens agissaient selon un plan d’opérations très précis, avec des échéanciers et des objectifs à atteindre (heure de déclenchement, ses différentes phases, les points sensibles et névralgiques à occuper ou à détruire, l’affectation des moyens les plus appropriés, la gestion de l’information). Aucun détail n’a été laissé au hasard et pourtant l’opération a été un fiasco. Contrairement à la victoire de 2006, cette fois-ci la victoire a été humaine, œuvre de gens qui croient en la démocratie et en les institutions encore fragiles et hésitantes de la jeune République. Ni Hariri dont la fortune familiale lui permettait de lever une puissante armée, ni Joumblatt et Geagea n’ont répondu violemment au déferlement des milices, se contentant de se mettre sous la protection de l’armée libanaise. Tout un symbole… Malgré le fait que je ne suis pas un Libanais, je réagis par solidarité et ma sympathie va vers eux, leurs familles, leurs sympathisants ainsi qu’à tous ceux qui croient en les institutions. Ce sont peut-être des utopistes ; je n’aurais certainement pas réagi de la même façon, mais ils ont vaincu la terreur et limité le carnage. Espérons que les autres leaders en tireront les enseignements. Mohamed BACHIR « La scène du crime » Lettre ouverte à Monsieur Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies Excellence, De tous les dangers qui menacent notre planète, le plus vicieux, le plus pernicieux mais le plus évitable est le danger humain. À tel point que l’on peut se demander comment la nature a pu concevoir elle-même son ennemi public numéro un : l’homme ! Peut-être a-t-elle cru, dans un fugace moment d’inattention ou de naïveté ou un pur moment de « hasard » et non de « nécessité », en sa bonté probable. Le strabisme politique nous a menés, à l’échelle mondiale, à des catastrophes dont le monde ne pourra que difficilement ou peut-être plus jamais se remettre. Crime après crime, guerre après guerre, massacre après massacre et génocide après génocide… Le tout au nom de je ne sais quel moment de génie, le tout au nom de je ne sais quel idéal. À l’aube des travaux du tribunal spécial pour le Liban, tous les Libanais se réjouissent de voir s’ériger un corps international de justice qui va œuvrer, espérons-le, à établir la vérité sur l’assassinat de notre regretté Premier ministre, martyr de tout le Liban, Rafic Hariri, ainsi que d’autres figures publiques et citoyens libanais ordinaires. Mais ce tribunal, comme son nom l’indique, ne pourrait-il pas, en passant, investiguer tous les crimes dont a fait objet et fait encore en ce moment le pays ? De prime abord, cela pourrait paraître naïf, mais en examinant soigneusement les choses, il n’échappera à aucun spécialiste du système juridique international que les maux dont souffre le Liban, en tout cas ceux qui relèvent de la justice, sont probablement interconnectés. Vous qui êtes entourés d’excellents juristes et d’éminents juges, ne pouvez-vous pas, Monsieur le Secrétaire général, par je ne sais quelle résolution qui porterait je ne sais quel numéro (permettez-moi de vous suggérer par exemple 10 452) et qui, bien sûr, aura été votée à l’unanimité, sans palabre ni concertation, leur demander, pour commencer leur investigation, au lieu d’une banlieue néerlandaise, de se diriger plutôt vers le Liban et le déclarer avec ses 10 452 kilomètres carrés « scène de crime » ? Nous, Libanais, nous nous engageons alors à financer l’achat du long ruban jaune ou de quelque autre couleur choisie, qui encerclera le territoire, lequel sera par la même occasion délimité et tracé. Qui a assassiné notre Premier ministre et nos autres héros, et pourquoi ? C’est exactement ce que veulent les Libanais : ils veulent connaître la vérité. Mais alors, toute la vérité. Nous voulons savoir… Où se trouvent les charniers de la guerre et de l’après-guerre, et qui en sont responsables non pas pour remuer le passé nauséabond, mais pour que reposent enfin en paix les âmes des défunts et pour que leurs proches puissent enfin faire le deuil. Même si notre peuple, dans sa grandeur et sa bonté, a pardonné. Nous voulons savoir… Qui permet que ces mêmes responsables se maintiennent en place comme de la mauvaise herbe ou des boulons rouillés, n’hésitant pas, à chaque instant, de nous donner des leçons et en même temps un peu de nausée, et pourquoi ? Serait-ce pour qu’ils recommencent ? Nous voulons savoir… Qui a intérêt, contrairement à ce que notre Constitution stipule, à ce que les vrais représentants du peuple, et en particulier les chrétiens puis les chiites, soient délibérément et systématiquement éloignés du centre de décision, marginalisés, dissociés de la participation à la gestion efficace et honnête du pays ? Nous voulons savoir… Qui a vidé le Trésor de ses deniers, surendetté le pays et qui entretient la corruption ? Qui appauvrit notre peuple et pourquoi ? Qui fait fuir notre jeunesse et notre matière grise, et pourquoi ? Nous voulons savoir… Qui achète nos terres et pourquoi ? Est-ce de cette manière que l’on dénigre et l’on renie le droit au retour pour nos frères palestiniens ? Nous voulons savoir… Qui cherche à faire voler en éclats la paix civile ? Nous voulons savoir… Qui mise sur un carnage entre chiites et sunnites ? Nous voulons savoir… Qui a honte de notre résistance, complote contre elle et contre ses leaders libanais, et par conséquent souille l’honneur du sang qui a coulé et des vies sacrifiées, qui veut vider cette résistance de sa substance et pourquoi ? Nous voulons savoir… Qui empêche que des relations saines et amicales se nouent avec la Syrie et pourquoi ? Et par conséquent pourquoi on ne nous ramène pas nos enfants oubliés, plus moisis que leurs cellules, dans les geôles de ce pays, censé être frère et ami ? Nous voulons savoir… Quel sort réserve-t-on à nos prisonniers en Israël ? Enfin, Monsieur le Secrétaire général, dites-le-nous une fois pour toutes car nous voulons savoir : au nom de quelle géostratégie ou idée lumineuse, de quel complot machiavélique ou de quel nouvel équilibre mondial veut-on sacrifier le Liban ? Nous voulons savoir… Fouad HAGE Bonjour au Liban Marié à une Libanaise, ayant vécu presque cinq ans au Liban où j’étais le chef du restaurant Le Chaudron toulousain à Tabaris. Je suis triste de voir encore une fois le pays dans cet état et vous apporte tout mon soutien. À très bientôt, j’espère Fabrice JOFFRE Message aux Libanais du 9 mai 2008 Bonjour à tous et toutes, amis et amies libanais au Liban et de par le monde, Alors que de nouveaux troubles se déroulent à Beyrouth depuis plusieurs jours, prions pour que vienne la paix de Dieu au Liban, c’est-à-dire non seulement l’absence de combats et le silence des armes, mais aussi la concorde et l’union de tous les Libanais pour servir ensemble Dieu et le Liban, en dehors de tous les intérêts particuliers ou partisans. Le proverbe français qui dit « La mariée est trop belle » s’applique tout à fait au Liban : certains n’attendent qu’un prétexte pour venir se saisir du Liban, comme on vole un fruit mûr sur un arbre, et nous savons tous que le voleur, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, proche ou lointain, n’est jamais un ami de Dieu, mais toujours un fils du diable. Les meilleurs amis du Liban, ce sont les Libanais eux-mêmes ! N’attendez de secours que de Dieu et de vous. Écoutez votre cœur, qui est grand, et votre âme, qui est belle, et travaillez tous ensemble à ce que la justice de l’amour l’emporte sur l’injustice de la division : tant de problèmes existent au Liban qu’une main ouverte pourrait résoudre alors qu’il y a tant de poings fermés ! Comment un pays où tous croient au Dieu unique peut-il être le lieu de tant de divisions ? Comment espérer croire être entendu de Dieu dans la prière si déjà l’on n’écoute pas ce qu’Il nous dit à travers notre prochain ? Certes, au Liban, le prochain est souvent différent et rarement semblable : raison de plus pour chercher d’abord ce qui unit plutôt que ce qui divise. Le meilleur moyen de défendre le Liban, ce ne sont pas les armes, c’est la concorde nationale et aimer son prochain simplement parce qu’il est libanais, avant tout parce qu’il est libanais. Il n’y a qu’un Liban, il appartient à tous les Libanais et n’est que pour les Libanais. Ne laissez donc personne venir se saisir du Liban comme s’il était une terre à prendre, car chaque fois que le Liban souffre, c’est le diable qui rit et les enfants qui pleurent. Que Dieu bénisse le Liban et protège chacun des Libanais ! Jean-Claude BAZIN Français de France, ami de Dieu et du Liban, ami de tous les Libanais Et nous voilà repartis... Qui aurait dit que les Libanais n’apprendront pas leur précédente leçon, qu’il fallait recommencer la partie encore une fois ? Le pays commençait enfin à se relever petit à petit, en attendant les touristes avec impatience. Mais quand on a collaboré avec des gens aussi têtus que les nôtres, la morale doit se dicter plus de cent fois avant d’être acquise. Maintenant, le Liban coule et a finalement touché le fond de la mer. Impossible de sauver les passagers, impossible de survivre puisque les mesures appropriées ne sont jamais respectées. Et les capitaines du navire sont toujours là, toujours les mêmes, toujours à se quereller. Raya Gaby TAMER Je pense à vous… Je pense à vous tous, mes amis, à vos projets de nouveau showroom, d’ouverture de plage, de voyage pour fêter un anniversaire, de lancement de livre, d’accouchement proche, et à tous ces projets pleins de vitalité et de créativité que vous poursuiviez malgré tous les dangers potentiels. Je pense à mes enfants et à tous leurs copains, que la peur et l’angoisse de la guerre va rattraper et miner une enfance et une adolescence comme elle a miné la nôtre. Je pense à tous ces écoliers à qui l’on a encore une fois fermé leur établissement pour mieux leur apprendre le langage des armes, de la bêtise et de l’obscurantisme. Je pense à moi et à mon mari qui travaillons d’arrache-pied, l’angoisse au cœur, toute l’année pour vivre et voir venir, l’épée de Damoclès toujours suspendue au-dessus de nos têtes. Je pense à tout ce que l’on va perdre. Je pense à mes collègues qui n’épargnent aucun effort, toute l’année, pour organiser et réussir de belles expositions et qui se retrouvent aujourd’hui devant un plan sur papier uniquement. Je pense à nous, les électeurs, qui, à la sortie de la guerre, avons continué à voter pour les mêmes noms, les mêmes égoïstes, les mêmes inutiles, les mêmes « losers », et je me demande pourquoi, pourquoi n’avoir pas agi plus consciemment ? Pourquoi suivre des gens qui nous ont déjà démontré l’énormité de leur incapacité à construire une nation ? Mais c’est trop tard d’écrire et de parler, me direz-vous. Alors, retrouvons nos toilettes et nos parkings pour nous réfugier contre la barbarie et l’ignorance tout en pensant à l’avenir de nos enfants – seul soleil qui brille pour nous – obligatoirement en dehors du pays. Mais pas notre avenir à nous parce que nous, c’est trop tard, nous ne pouvons plus partir refaire nos vies, à l’instar de ce que nous disaient nos parents en 1975, dans les abris. Myriam SHUMAN Nous n’avons pas les mêmes valeurs À vous compatriotes, collègues et parfois amis qui triomphez à chaque « victoire »… À vous qui avez étudié dans les meilleures universités d’Occident sans assimiler l’essence des sociétés de liberté : nous n’avons pas les mêmes valeurs ! À vous qui jubilez qu’on ait muselé une voix et cassé une plume antagoniste, et demain peut-être une autre voix, une autre plume ou un autre site Internet : nous n’avons pas les mêmes valeurs ! À vous qui avez banni de votre mémoire les plumes cassées des Gebran, Samir et tant d’autres : nous n’avons pas les mêmes valeurs ! À vous qui avez les doubles nationalités (jamais iranienne) et vos enfants à l’abri à l’étranger, et qui voyez d’un œil clément ce que subissent ici les enfants des autres : nous n’avons pas les mêmes valeurs ! À vous qui tabassez un pauvre percepteur d’EDL qui ne fait que son devoir et qui ne savez exprimer votre joie que par le staccato des mitraillettes : nous n’avons pas les mêmes valeurs ! À vous qui avez perdu tout esprit critique à l’encontre de vos leaders et condamnez tout pluralisme : nous n’avons pas les mêmes valeurs ! À vous qui bloquez la vie démocratique et faites l’apologie des hordes armées contre des concitoyens sans défense : nous n’avons pas les mêmes valeurs ! À vous qui légitimez l’usage de la force face à l’option qui sera toujours la nôtre de résistance pacifique : nous n’aurons jamais les mêmes valeurs ! Et, s’agissant de valeur, on parlera de la vôtre le jour où vous n’aurez plus votre arme braquée sur nos tempes. Dr D. MAHFOUD Munich Face à la passivité de l’armée devant les bandes armées et la capitulation totale du 14 Mars malgré leurs déclarations tonitruantes, comment ne pas penser à la capitulation des Alliés face au dictateur nazi lors de la conférence de Munich, en 1938 ? Comment également ne pas penser à la phrase lapidaire de Churchill à Chamberlain lors de son retour à Londres : « Entre le déshonneur et la guerre, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. » Mark DOUMET « Confession d’un masque » L’article en ligne de Ziyad Makhoul « Confession d’un masque » m’a vraiment touché au cœur. Chez moi à l’autre bout du monde, la liberté d’esprit et de mouvement que l’on prend pour acquise a soudain une valeur qui n’a aucun prix: un immobilier qu’on ne veut jamais laisser de côté. L’expérience de Ziyad est forte, crue. Il nous rappelle, que l’on soit dans un Liban en feu ou dans le confort et calme outre-mer, que la liberté est un droit et non un privilège qui peut être manipulé. Tiens bon. Gino BAGGIO Edmonton (Alberta), Canada Faire de l’obstructionnisme J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce qui suit en me demandant si ça vaut la peine d’écrire encore. Si ça vaut la peine de penser, de chercher à comprendre, de protester. De faire valoir nos droits. Non, ça ne vaut plus la peine, car la nouvelle république dans laquelle nous vivons ne comprend pas les mots, ne se soucie pas de l’opinion publique. C’est que la liberté d’expression ne fait guère partie de ses valeurs. La nuit du 8 au 9 mai était décisive en ce sens. La bataille est perdue. Les intégristes l’ont emporté. Félicitations et meilleurs vœux à l’opposition en ce jour de gloire. Vous avez réussi, en occupant, brûlant et vandalisant la capitale, à offrir à l’Iran une carte de négociations pour son dossier nucléaire avec l’Amérique. Je conseille par conséquent aux membres du gouvernement de démissionner. Oui, de démissionner, de se plier aux exigences du général Aoun, de relancer la balle dans le camp des putschistes. De rentrer chez eux, de ne s’occuper même plus des affaires courantes. De cesser de payer les salaires des fonctionnaires. De laisser tout le pays à l’opposition. De boycotter les séances parlementaires, de ne plus assurer le quorum pour l’élection présidentielle. De refuser de participer à n’importe quel futur gouvernement. De faire les obstructionnistes comme l’a fait l’opposition durant ces trois ans. De ne reconnaître aucune légalité issue de l’opposition. De camper sur la rue internationale de Masnaa. De rendre alors la vie impossible au nouveau régime pro-iranien. De commencer à construire une vraie armée libanaise, qui puisse protéger le citoyen libanais. Au moins quand il est à la maison, chez lui. Si ce qu’on appelle Résistance prétend protéger le peuple contre Israël, la question qui se pose serait de savoir qui protège le peuple de cette Résistance. Camille MOURANI Lettre à un monstre Le crime de Josef Fritzl, le père incestueux qui a séquestré, à Amstetten (Autriche), sa fille et lui a fait sept enfants, inspire à une lectrice la lettre ouverte suivante : M. Fritzl, je tenterai de trouver dans cette lettre les mots qui pourraient exprimer mon dégoût et la rage qui envahissent mon esprit. Vous êtes une honte pour votre pays. Essayer de trouver les raisons qui vous ont poussé à agir serait impossible. Serait-ce votre égoïsme, narcissisme ou plutôt vos désirs sexuels ? Vous êtes cruel et non dément, Monsieur, pour avoir manœuvré et planifié cette opération pendant si longtemps. Ce fut très ingénieux de construire ce « bunker » pour y enfermer votre fille. Votre fille, M. Fritzl, n’avez-vous donc pas honte ? Avez-vous le courage d’affronter Dieu après avoir abusé du plus beau cadeau qu’Il vous a envoyé ? Vous avez détruit une famille, et vous avez déçu votre femme, votre voisinage et votre pays. Vous avez dit, je cite : « Je suis désolé pour ma famille », avant d’avouer vos crimes… Votre famille ! Pour qui vous prenez-vous, Monsieur ? Les criminels comme vous n’ont que deux genres de familles : les rats et la prison. La prison, ce serait même vous gâter, et votre avocat ose plaider pour la démence ? Vous ferez mieux d’accepter votre sort et ne pas vous cacher derrière de prétendues maladies mentales comme le lâche que vous êtes. Votre avocat dit, et je cite : « Il n’est pas responsable de ce qu’il fait. Il regrette... » Trop tard, Monsieur, il fallait penser avant d’agir. Je crois que c’est l’éducation de base pour les enfants de 8-9 ans, et vous en manquez... Adieu, Monsieur, je vous souhaite vivement de brûler en enfer. Mais tout compte fait, je crois même que l’enfer n’accueillerait pas un être aussi démoniaque que vous. Teressa EID 16 ans - collège Notre-Dame de Jamhour Vivre Bagdad entre deux feux. Beyrouth, hésitant entre deux cieux. Jérusalem, vacillant entre deux camps. Les vents violents se sont effacés, le soleil luisant est arrivé, mais le dilemme ne fait que persister. Dans ce jeu fatal, cette rengaine mortelle ne cesse de bercer des landaus rougis par l’usure. Défiant le temps, le conflit s’éternise et s’entête à subsister malgré les larmes, malgré les cris, malgré les pleurs. Nous nous trouvons tous impuissants face à des fantômes qui hantent les artères de nos villes, qui logent dans nos cœurs usés. Lorsque même la nuit n’apporte plus de trêve, lorsque nos soirées dorées restent voilées, la vie devient absurde, la vie nous fait pleurer, la vie nous fait trembler, mais, malgré tout, la vie doit être préservée. Personne n’a le droit de la voler. Quelles que soient les circonstances, quelles que soient les raisons, une vie est une vie, un cadeau, la plus belle œuvre qui puisse exister. C’est une erreur parfaite, une coïncidence sublime. L’ôter, ce n’est pas criminel, c’est inhumain. Empêcher des yeux d’ange ou de diable de s’illuminer aux premières lueurs de l’aube, c’est défier ce Dieu même auquel on a tout donné. Alors, laissons le vent charrier les poussières d’antan, laissons le temps soulager les blessures de l’Orient, mais surtout, laissons ces armes qui abritent les âmes des trop nombreux revenants, qui transforment l’homme en un monstre répugnant, et vivons. Vivons pour les amours à venir, vivons pour le sourire d’un enfant, vivons pour respirer l’air du printemps, vivons pour vivre, tout simplement. Sabine SAADÉ Article paru le lundi 12 mai 2008
Aux « dirigeants » de ce pauvre pays

Ma révolte contre la situation actuelle, angoissante et énervante, est la cause principale pour laquelle j’ai décidé de rédiger cet article.
J’aimerais bien commencer mon article par un remerciement pour ce que vous nous avez offert de beau et bien jusqu’à présent… Mais bon, nous ne sommes pas aussi ignorants pour reconnaître qu’il n’y a pas vraiment grand-chose ! Tout d’abord, j’aimerais bien vous remercier pour nous avoir mis dans ce pétrin malgré nous. Le Liban est un pays démocratique, j’aime bien vous le rappeler puisque vous tendez à l’oublier parfois. Mais qu’est-ce qu’un pays démocratique ? C’est un pays conforme à la démocratie : un régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui-même par l’intermédiaire de...