Dix-huitième semaine de 2008.
C’est trop facile. Même pas amusant. Ce n’est plus un bâton qu’il tend pour se faire taper sur les doigts : c’est sa potence qu’il dresse. Sauf que le dernier épisode en date d’un feuilleton commencé il y a bien trop longtemps – son soporifique suicide politique devant lequel continuent pourtant de s’extasier ses aficionados – bénéficie cette fois d’une mise en scène particulièrement cheap. Il doit y avoir un truc. Parce que rien ne semble amuser l’ex-militaire autant que ces espèces de hara-kiri ultramédiatisés et au snobisme atterrant ; ces espèces de bravades orales qu’il conçoit et délivre comme autant de supposées géniales provocations, mais qui ne sont, finalement, qu’un patchwork d’invraisemblables borborygmes – une monumentale gifle assénée à l’intelligence et à la patience de ses partisans (et des autres aussi, certes, mais c’est moins grave : les autres n’écoutent plus). Parce que affirmer aussi clairement, aussi fièrement que le chemin de Damas est pour lui chose très importante, qu’une visite, là-bas, lui serait très chère, alors même que ses compatriotes célèbrent le troisième anniversaire du retrait syrien ; alors même que la Syrie n’a jamais été aussi présente au Liban ; alors même que son pouvoir de nuisance n’a jamais atteint de tels degrés ; alors même que Damas n’a jamais autant refusé l’établissement de relations diplomatiques et le tracé des frontières avec Beyrouth ; alors même que le flou le plus total enveloppe le sort des prisonniers libanais en Syrie ; alors même que le régime de Damas reste le principal accusé présumé dans les interminables assassinats et tentatives d’assassinat qui secouent le Liban depuis octobre 2004 ; alors même que les intellectuels syriens continuent de croupir dans leurs trous à rats ; alors même que la famille Assad se vante de s’essuyer les pieds, chaque jour, sur la démocratie… Voilà la dernière annonce faite au monde à partir des collines bunkerisées de Rabieh. Voilà la dernière trouvaille née des brillants cerveaux du CPL pour permettre au chef de se singulariser, de mieux se faire remarquer, de bien trancher, de faire comprendre par A + B qu’il est indiscutablement le seul à même d’assainir les relations libano-syriennes. De ces volutes opiacées, de ce poujadisme effréné, ressortent une grande nausée et une certitude : celle qu’un seuil suprême de pathétique vient d’être atteint.
Une consolation pour Michel Aoun : lui, contrairement à son quasi-clone politique Nabih Berry, sait plus ou moins encore surprendre. Même dans le mauvais sens. Même petitement. Alors que ce pauvre président de la Chambre semble ne plus avoir que ses yeux pour pleurnicher – ou ses stations d’essence américaines à gérer. Piégé par tous, à commencer par ses propres bons soins ; ligoté de partout ; transformé par Damas et Téhéran en toy boy – même pas amusant ; privé de dessert par le souverain wahhabite : pas de visite à Riyad ; Nabih Berry, à qui plus aucun homme politique libanais ou presque ne fait confiance, voit s’évaporer dans un grand ricanement jaunâtre ses dernières (infimes) chances de stopper l’hémorragie, de stopper la dissolution pourtant définitivement programmée d’Amal dans le Hezbollah, de sauver une des plus terribles fins de carrière politique que le Liban ait connues. Pire encore : le n° 2 de l’État (!) sait qu’il ne peut pas éternellement miser sur le fait que les pôles du 14 Mars ont absolument besoin d’un interlocuteur modéré au sein de sa communauté – d’un coup de dés capable d’abolir tout hasard, d’un claquement de doigts, Hassan Nasrallah peut demander à occuper le poste (le ton conciliant, presque onctueux, de Mohammad Raad ces dernières 24 heures est parfaitement suspect…). Alors, Nabih Berry joue au météorologue de salon avec les journalistes, espère des climats politiques aussi cléments que ceux de ce doux mois marial, serre les dents contre ses prétendus alliés, contre ses adversaires pour lesquels il garde un peu d’aménité (on n’est vraiment trahi que par les siens…) ; mais à eux tous, il garde un chien de sa chienne. La vengeance est un plat qu’il leur servira glacé. Pathétique. Nauséeux – comme rarement.
P-S : le hasard, une coïncidence, a voulu que cette semaine parte un homme (politique) dont le parcours aurait pu/dû servir de leçon à bon nombre de ces fournisseurs en haut-le-cœur qui, toujours, tombent encore plus bas que bas. Un homme qui avait compris ses erreurs. Qui a eu le courage de les reconnaître. La force de faire primer, un jour, l’intérêt public sur les siens ; la fougue, celle de se battre contre des moulins à vent, des bulldozers. Un homme qui avait l’intelligence du cœur et de la tête. Qui avait œuvré, infatigablement, pour un Liban tel qu’il le concevait, tel qu’il l’espérait, tel qu’il le souhaitait : un Liban fort, souverain, libre, indépendant, juste ; un Liban où la loi serait la même pour tous et où elle s’instaurerait partout ; un Liban où l’État de droit serait le seul maître à bord ; un Liban tourné vers l’avenir, vers les autres, un Liban phare, un Liban souriant, chaleureux, pétillant. Un Liban à son image. Celle de cet homme – de Nadim Salem.
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C’est trop facile. Même pas amusant. Ce n’est plus un bâton qu’il tend pour se faire taper sur les doigts : c’est sa potence qu’il dresse. Sauf que le dernier épisode en date d’un feuilleton commencé il y a bien trop longtemps – son soporifique suicide politique devant lequel continuent pourtant de s’extasier ses aficionados – bénéficie cette fois d’une mise en scène particulièrement cheap. Il doit y avoir un truc. Parce que rien ne semble amuser l’ex-militaire autant que ces espèces de hara-kiri ultramédiatisés et au snobisme atterrant ; ces espèces de bravades orales qu’il conçoit et délivre comme autant de supposées géniales provocations, mais qui ne sont, finalement, qu’un patchwork d’invraisemblables borborygmes – une monumentale gifle assénée à...