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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Fée(s) du logis

Dix-septième semaine de 2008. Il y a de l’hypocrisie chez les cadres du Hezbollah. Ou de la schizophrénie. Ou les deux. Nawwaf Moussaoui se moque du monde lorsqu’il décrète, au lendemain de la conférence de Koweït, nulles et non avenues, dangereuses même pour l’avenir du pays, toute prise de position et/ou toute décision qui ne bénéficieraient pas de l’aval de l’ensemble des Libanais. C’est effectivement coquet. Le rapt des institutions étatiques – élection présidentielle gelée, gouvernement amputé, Parlement verrouillé ? Tous les Libanais sont d’accord. Naturellement. L’asphyxie de l’hypercœur de la capitale, l’annexion d’un all man’s land absolu, le dynamitage du tourisme, de l’économie en général, le génocide d’une espèce de dolce vita ultramétissée, d’une exception régionale absolue ? Pareil : tout le monde est OK. La pérennité d’un sale privilège : la possession d’armes qui pourtant exclut le Hezb de facto du tissu social libanais et ravive constamment des feux tellement mal éteints ? Dans ce cas-là non plus, personne ne râle. Inoculer constamment tous les mégalovirus dans le corps de l’État, le gangrener, le dissoudre de l’intérieur en hypertrophiant constamment la mini-wilayet el-faqih ? Idem : l’ensemble des Libanais, comme aime à l’exiger le bon Nawwaf Moussaoui, applaudit. Sauf qu’à la limite, toutes ces tares, tous ces vices restent acceptables. Gérables. Curables et réversibles même, lorsqu’on les mesure à l’aune du dernier petit jeu carrément criminel de l’opposition en général (toute l’opposition : c’est-à-dire, aussi, le silencieux, donc complice, CPL) et du Hezb en particulier. Somptueux petit jeu : le patient, le minutieux travail de sape contre non seulement l’incarnation de la légalité internationale (la résolution 1701 de l’ONU), mais aussi, et surtout, la promesse concrète d’un peu de répit, un rachitique retour de prospérité dans un Liban-Sud agonisant : la Finul. Acceptables et gérables restent ces tentatives corollaires, annexes : celles visant l’armée et les FSI – le concept de sécurité et d’ordre dans l’absolu, que ce soit par le biais des groupuscules prosyriens comme à Nahr el-Bared, à travers les provocations de jeunes Libanais dans la rue (l’opposition, décidément, n’a jamais peur de jouer aux Gargamel d’opérettes), ou, tout récemment, par des mutineries de prisons… Acceptables et gérables parce que, pour l’instant, Michel Sleimane et Achraf Rifi, entre autres, font du (très) bon boulot. Que les leaders du 8 Mars savent parfaitement bien qu’en cessant d’assurer un tout petit minimum de couverture politique au général Sleimane et au colonel Rifi, c’est leur toute dernière carte qu’ils brûleraient. Alors que taper sur/dans la Finul, dont l’œuvre est au moins aussi urgente, aussi indispensable que celles de la troupe et des FSI, c’est bien plus facile. Tellement, que cette opposition, que plus aucun scrupule ne peut étrangler, s’en donne depuis quelques jours à langues rabattues. Effectivement : quoi de plus simple que d’accuser les boys de l’ONU – ce machin complètement contrôlé, disent-ils, par les Américains – de partialité en faveur d’Israël ? Quoi de plus simple que de tirer à boulets rouges sur Terjé Roed-Larsen ? Quoi de plus efficace que d’avoir de nouveau tout ce terrain de jeu rien qu’à eux, vidé de ces rabat-joie de Casques bleus, ces affreux Occidentaux qui pourtant boostent l’économie de la région, ne serait-ce qu’en achetant des sodas et des chocolats, bien mieux et bien plus intelligemment que tous les pétrodollars de Ali Khamenei… Quoi de plus efficace donc que ce sud du Litani sans Finul : l’Iran, la Syrie et Israël en rêvent, l’opposition libanaise, Hezb en tête, le fait. Au moment même, d’ailleurs, où tout bouge dans la maison Syrie, que ce soit au sein du cercle directement familial (mais où est donc Assef Chawkat) ou entre cousins germains : les relations n’ont jamais été aussi bonnes entre Damas et l’État hébreu, la drague aussi appuyée entre Ehud Olmert et Bachar el-Assad. Mais de cela, le Hezb se moque. Bien entendu. C’est tout de même assez inouï pour celles et ceux que le militaire, l’uniforme, l’ordre, le indibat – cette monstrueuse notion de discipline – rebute et terrifie : au Liban, ils en sont arrivés au point de les remercier jour et nuit de simplement exister, être là, travailler. C’est-à-dire faire le ménage – du mieux qu’ils peuvent et sachant que oui, ils peuvent bien mieux faire… Mais Michel Sleimane, Achraf Rifi et Claudio Graziano ne sont sans doute pas nés de la dernière pluie : même en étant bien plus royalistes que les rois, si ces (pseudo-)rois-là n’en veulent pas, tout reste à faire… Ziyad MAKHOUL
Dix-septième semaine de 2008.
Il y a de l’hypocrisie chez les cadres du Hezbollah. Ou de la schizophrénie. Ou les deux. Nawwaf Moussaoui se moque du monde lorsqu’il décrète, au lendemain de la conférence de Koweït, nulles et non avenues, dangereuses même pour l’avenir du pays, toute prise de position et/ou toute décision qui ne bénéficieraient pas de l’aval de l’ensemble des Libanais. C’est effectivement coquet. Le rapt des institutions étatiques – élection présidentielle gelée, gouvernement amputé, Parlement verrouillé ? Tous les Libanais sont d’accord. Naturellement. L’asphyxie de l’hypercœur de la capitale, l’annexion d’un all man’s land absolu, le dynamitage du tourisme, de l’économie en général, le génocide d’une espèce de dolce vita ultramétissée, d’une exception régionale...