Nous sommes une poignée de ces femmes qui ont décidé de marcher le 13 avril 2008 de Mar Mikhaël jusqu’au centre-ville.
Nous ne sommes ni des handicapées de guerre, ni des mères de disparus, ni des membres d’ONG et cette manifestation, «?menée?» par Offre-Joie (comme vous le dites dans vos lignes du lundi 14 avril), c’est par L’Orient-Le Jour du mardi 8 avril que nous avons appris son existence.
Nous nous sommes mobilisées ce 13 avril comme nous l’avons toujours fait – avant, pendant et après cette odieuse guerre commencée le 13 avril 1975 –, chaque fois qu’il s’est agi d’exprimer de façon non violente et surtout non partisane notre vrai attachement à ce pays et aux valeurs auxquelles nous croyons.
Nous avons tenu à dire le sens que nous donnons à une présence consentie et convaincue sur la terre du Liban, message et non simple territoire?; à dire surtout aux jeunes et moins jeunes que les habitants d’un pays peuvent donner une forme concrète à leurs valeurs, les matérialiser et les implanter s’ils y croient vraiment, malgré la déliquescence, la corruption et la tiédeur de la société dans laquelle ils vivent. Que c’est aux habitants d’une terre de contribuer à construire les institutions dont ils ont besoin pour vivre et qu’ils peuvent y arriver?!
Nous avons été désagréablement surprises en lisant L’Orient-Le Jour du lundi 14 avril. Participation timide, disiez-vous. Nous qui avons participé à la marche dès Mar Mikhaël, nous pensons qu’elle a regroupé davantage que quelques centaines de personnes. Vingt centaines peut-être, qui, pour la plupart, ne sont pas restées au centre-ville pour suivre l’événement qui se déroulait sur le podium érigé pour l’occasion. Toutes les chaînes de TV locales allaient le retransmettre en direct.
Il y avait là le dernier des Mohicans ou une poignée d’irréductibles, qu’importe?! N’est-il pas bon pour un journaliste de rappeler au grand public que les changements dans l’histoire des hommes ont toujours commencé par être le rêve et la volonté de quelques-uns pour devenir la réalité transformée de tous??
Dans une société civile en perte de repères, dans ce nœud gordien que vit le Liban depuis plus de trois ans, l’un des rôles des médias ne serait-il pas de tirer au clair les lignes de force de tout mouvement honnête qui s’amorce et de toute cause juste qui se manifeste et de les accompagner positivement??
La dernière initiative de 42 ONG réunies est tout à l’honneur de leurs leaders et de leurs membres. Elle est courageuse, pacifique et à contre-courant. Elle a certainement exigé un travail dans l’ombre et de longue haleine. Si elle avait pu bénéficier d’une couverture médiatique quotidienne et substantielle tout au long d’une semaine au moins, ne pensez-vous pas que beaucoup plus de Libanais seraient sortis de l’ombre pour dire tout haut ce qu’ils espèrent tout bas?: 13 avril, plus jamais ça?!
Cette marche du 13 avril n’était pas un quelconque happening. Les médias auraient pu et auraient dû aider tous les Libanais de bonne volonté à prendre conscience de son enjeu?: un appel à la société civile à ne pas s’enliser dans sa démission, toutes communautés confondues?; à exprimer – sans rien craindre – son refus de la guerre et de ses parrains?; à retrouver confiance en son pouvoir de changer quelque chose.
Les médias ne peuvent pas occulter les réalités. Et vous nous le rappelez. Notre population est de plus en plus découragée, défaitiste et moutonnière. On ne peut mettre sur un pied d’égalité un meeting politique partisan – que vous croquez si bien – et l’expression civile de personnes de tous bords, portant dans leurs corps, leurs têtes et leurs cœurs les blessures de 33 avrils et la béance d’un État dont nous sommes tous orphelins.
Les débuts sont toujours difficiles et il faut du temps pour la moindre chose?! Quand les Libanais émigrés jouissent des structures huilées de leurs pays d’adoption se doutent-ils du prix, de la patience, du dévouement et de la volonté désintéressée qui y ont mené??
Juger bruyant, fugitif et chargé d’illusions un essai d’inscrire dans la durée une action citoyenne, n’est-ce pas sacrifier à la fatalité?
Françoise DÉLIFER, Katia J. GHOSN et Nelly STEPHAN
NDLR .- La tâche de la presse consiste dans un premier temps à annoncer l’événement à venir, en lui assurant tout le «?battage?» médiatique adéquat, dans un second temps à en rendre compte fidèlement. Cette double mission, nous estimons nous en être acquittés. Ainsi, ce journal a consacré à la marche, le 5 avril, une information, puis le 8 du même mois un long article comportant une interview de M. Melhem Khalaf ainsi que la photo du logo. À plusieurs reprises, nous avons en outre publié ce même logo sous forme d’encarts publicitaires gracieux. Des responsables d’Offre-Joie sont entrés en contact avec nous, le lundi 14 avril, pour nous remercier et souligner la pertinence de l’observation concernant le nombre de participants. Que les Libanais ne se soient pas mobilisés comme il convenait pour l’occasion est déplorable certes?; en faire assumer aux journaux la responsabilité, même partielle, l’est tout autant. Nous comprenons la déception de tous ceux et celles, pleins d’ardeur et de bonne volonté, qui se sont donné corps et âme à cette exaltante mission. Lassitude, désespoir? Il reste que, cette fois, les masses n’ont pax suivi, hélas!...
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Nous ne sommes ni des handicapées de guerre, ni des mères de disparus, ni des membres d’ONG et cette manifestation, «?menée?» par Offre-Joie (comme vous le dites dans vos lignes du lundi 14 avril), c’est par L’Orient-Le Jour du mardi 8 avril que nous avons appris son existence.
Nous nous sommes mobilisées ce 13 avril comme nous l’avons toujours fait – avant, pendant et après cette odieuse guerre commencée le 13 avril 1975 –, chaque fois qu’il s’est agi d’exprimer de façon non violente et surtout non partisane notre vrai attachement à ce pays et aux valeurs auxquelles nous croyons.
Nous avons tenu à dire le sens que nous donnons à une présence consentie et convaincue sur la terre...