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Actualités - Opinion

Va où te porte le rêve de l’histoire

Divine comédie dantesque. Comédie humaine balzacienne. Tragédie shakespearienne. L’histoire, pour ne pas l’appeler par son nom. À dormir debout. Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur. Vices et vis sans fin. Qui tourne sur elle-même, comme l’univers, interminablement. Entre guerre et paix, espace si peu épais. Secrète-t-elle, histoire secrète, des dénouements heureux que, sous d’autres couleurs de cartes, elle se dément, d’un dément nouveau débordement. L’enfer toujours recommencé. Avec des plages de purgatoire d’une vingtaine, d’une trentaine d’années. 1870, 1918, 1945, 1990, quatre vraies-fausses fins pour la grande guerre, chaude ou froide, du monde contemporain. Qui n’a même pas eu le temps de souffler avant de se voir brusquement, brutalement, propulsé dans le dur, dans le sournois conflit du terrorisme. Et, par ricochet dans le mortel, le potentiellement mortel, conflit des religions, resurgi du fond des âges ténébreux. « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », prédisait Malraux. Qui avait raison et tort en même temps. En effet, ce n’est pas parce qu’il n’aurait pas été religieux que ce siècle risque de marquer l’apocalypse de l’humanité, mais le contraire. Car elle ne peut mieux se détruire qu’en se laissant miner, diviser, déchirer au plus profond de son essence même, de sa raison d’être. De l’esprit. Malade. Heureusement, on n’en est encore qu’au prologue, au stade du risque. Bien cerné ou calculé, comme les assureurs si bien nommés le savent, il peut être aisément placé sous contrôle efficace. Et même constituer un progrès certain contre la régression de l’espèce vers l’animalité et le matérialisme consumériste. La haine fondatrice Cela parce que, en situant la lutte des races – de quoi d’autre s’agit-il au fond ? – dans le corral du spirituel, les fanatiques aident en fait les religions à se populariser, à se faire mieux connaître. À mieux se connaître aussi les unes les autres. Comme le montrent ces forums œcuméniques du Vatican comme de La Mecque, les retentissantes visites au pape de Abdallah d’Arabie, du dalaï-lama ou du grand rabbin de Jérusalem. Chacun, beaucoup, qu’il y croit vraiment ou non, se trouve incité aujourd’hui, grâce à divers Ben Laden, à rejoindre sa communauté spirituelle dans ses valeurs et ses combats. Vue, à travers le regard grégaire propre à la plupart des organismes vivants, comme le groupe d’appartenance, d’identité majeure, sinon principale. Il est heureux que cette attraction s’exerce en direction d’enseignements généralement, globalement, promoteurs de paix, d’élévation, de fraternité humaine. Mais dont nul n’oublie, ne l’oublions pas, que la défense de soi, de sa vie, de sa vérité multiforme, en tant que créature de la (ou des) divinité(s), est un devoir sacré. Dans les Livres, personne, nulle part, à aucun moment, personne n’est autorisé à contribuer, consciemment ou non, à son suicide. Ce péché impardonnable contre l’Esprit, selon les adeptes du culte le plus paisible, le moins permissif de violence(s), le christianisme. Dès lors, c’est dans la continuité, dans la lignée, que s’inscrit la nature de tout homme que l’esprit transcende. Instinct naturel, animal, de conservation de l’espèce ? Sans doute, mais aux yeux de toutes les pédagogies religieuses, comme de plusieurs dialectiques philosophiques, ce n’est là que le départ physique vers l’immatériel, le supranaturel. Le paradis, le nirvana. Retour au pays Simplifions, remettons les pieds sur terre. Promise à qui ? À toi, à moi, au Hezbollah, à Barak, Ehud ou Obama ? À nous tous, sans doute, si chacun reste bien sur le lopin abrahamique qui lui est légalement loué. À lui et aux siens, pour la durée de son existence commune ici-bas. Aux siens. Quand tu dis, je pense à mes enfants, tu cites aussitôt à comparaître, à tes côtés, tes ancêtres et les leurs. Pour faire face ensemble à la fatalité, pour forger un destin qui n’en est pas toujours synonyme. Quelle meilleure arme de lutte que la mémoire collective ? Tu le sais bien, toi mon frère arménien génocidé en Cilicie. Moi par contre, persécuté au Hijaz pour ma foi, rebondissant de refuge en refuge, transitant longtemps par le Hauran avant d’ancrer mes repères dans le repaire d’un Zahlé que les monts protègent, je commence à glisser dans l’oubli. À cause d’un sentiment trompeur, volatile, de supériorité sécurisante face à un environnement plutôt paysan. De même, et plus gravement encore côté déconnexion, pour certains autres frères de foi. Pourtant tenus à une défensive moins passive que la mienne ne peut l’être. Car ils sont moins répandus en Orient, moins arabiquement intégrés ou admis que ne le souhaite Mgr Laham. Fils de la sakhra salutaire, ils ne savent plus s’y accrocher solidement. Et confondent coexistence et fusion. Avec autrui. L’enfer, selon Sartre. Surtout quand les disparités d’identité, de formation, d’éducation, de milieu en somme, sont si prononcées. Ces égarés, quels sont leurs motifs ? Souvent, la haine de tel parti. Lui-même peu défendable en ses ripostes, ses distanciations. Un mobile diviseur commun, réciproque, constant et ravageur. Animant parfois les plus purs, les plus pacifiques d’entre nous. Comme ces figures de proue que certain Arafat adoubait jadis. Le Liban, ton Liban et le mien, a réchappé à la guerre des autres. Il ne survivrait pas à un conflit entre ses vrais fils. Oublieux de l’histoire. Jean ISSA
Divine comédie dantesque. Comédie humaine balzacienne. Tragédie shakespearienne. L’histoire, pour ne pas l’appeler par son nom. À dormir debout. Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur.
Vices et vis sans fin. Qui tourne sur elle-même, comme l’univers, interminablement. Entre guerre et paix, espace si peu épais. Secrète-t-elle, histoire secrète, des dénouements heureux que, sous d’autres couleurs de cartes, elle se dément, d’un dément nouveau débordement. L’enfer toujours recommencé. Avec des plages de purgatoire d’une vingtaine, d’une trentaine d’années. 1870, 1918, 1945, 1990, quatre vraies-fausses fins pour la grande guerre, chaude ou froide, du monde contemporain.
Qui n’a même pas eu le temps de souffler avant de se voir brusquement, brutalement, propulsé dans le dur, dans le sournois...