Les combats entre miliciens chiites et troupes régulières ont fait des centaines de victimes en Irak, mais n’ont pu départager les deux grands rivaux d’une confrontation cruciale – et loin d’être close – pour l’avenir du pays.
Le Premier ministre Nouri al-Maliki et le chef radical Moqtada Sadr se sont bien gardés de crier victoire, après près d’une semaine d’affrontements qui ont porté à la surface les différends fondamentaux entre les deux hommes. M. Maliki, partisan d’une collaboration avec les États-Unis, représente un courant chiite conservateur dont les chefs ont forgé leur vision du monde en exil à l’étranger. Il a accusé les miliciens chiites d’être « pires qu’el-Qaëda ».
Moqtada Sadr, farouchement antiaméricain, est le tenant d’une idéologie populiste et socialisante ancrée dans le nationalisme d’une dynastie familiale qui s’est battue sur place contre Saddam Hussein. Les sadristes ont accusé le gouvernement d’être corrompu et ont demandé sa démission. Mais, dimanche, insistant sur son sens des responsabilités à l’égard des Irakiens et son désir de leur éviter un bain de sang, Moqtada Sadr a appelé ses hommes à arrêter les combats. M. Maliki a pris acte en saluant la « bonne initiative » de son jeune rival. Cet épilogue rapide est intervenu alors que le cours des opérations militaires lancées à Bassora (Sud) le 25 mars semblait d’autant plus indécis que les objectifs ont été, dès l’origine, difficiles à apprécier. M. Maliki a parlé d’en finir avec des « criminels » terrorisant les civils, se gardant bien de désigner comme cible l’Armée du mahdi. Il a toutefois donné une dimension capitale à ce coup de force en allant la superviser personnellement.
Dans le même temps, sur le terrain, des officiers ont clairement nommé la milice du jeune chef radical comme leur objectif et les zones visées sont connues pour en être des bastions. Les forces de sécurité irakiennes s’étaient même entraînées sous supervision britannique à ce qui ressemble plus à une reconquête de quartiers de Bassora qu’à un simple coup de filet. Dès les premières heures, l’opération de police annoncée a tourné à la bataille rangée, et des avions américains ont finalement dû intervenir en soutien des forces régulières irakiennes. Aucun bilan crédible n’est disponible des pertes dans les rangs des miliciens et des forces régulières, mais des images de télévision ont montré des véhicules blindés de la police et de l’armée détruits et calcinés.
Le déploiement de miliciens en armes dans les rues a également donné le sentiment qu’ils pouvaient agir librement, au moins dans le périmètre des secteurs dont ils sont traditionnellement les maîtres. Quant aux quartiers qui ont été la cible de l’opération lancée le 25 mars à Bassora, ils sont toujours contrôlés par des miliciens chiites, dont l’allégeance à Moqtada Sadr est plus forte que le respect du pouvoir fédéral. À Bagdad, la donne militaire n’a pas non plus évolué, puisque les grands bastions de l’Armée du mahdi restent aux mains des miliciens chiites et l’autorité de Moqtada Sadr y demeure incontestée.
Politiquement, le face-à-face entre Nouri al-Maliki et le jeune chef religieux les a renvoyés à leurs forces et faiblesses respectives. M. Maliki a mis en jeu sa crédibilité en prenant la direction des opérations, et il sort de cette entreprise en donnant l’impression d’une mission inachevée. Toutefois, il n’a pas à se soucier d’une perte de popularité dans la mesure où il n’a jamais véritablement réussi à convaincre les Irakiens qu’il était l’homme providentiel qui allait tirer le pays du chaos. Il peut également compter sur le soutien de ses alliés politiques traditionnels – l’Administration américaine, les Kurdes et les chiites conservateurs – qui n’ont pas d’autre option au poste de Premier ministre irakien. Pour Moqtada Sadr, il a de nouveau montré sa force en donnant le sentiment que ses combattants peuvent relever le défi d’une offensive qui les vise. Mais il a dû finalement les rappeler à l’ordre face à un coût humain croissant propre à entamer ce dont il est le plus jaloux, sa popularité dans les masses chiites.
Jacques CHARMELOT (AFP)
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Le Premier ministre Nouri al-Maliki et le chef radical Moqtada Sadr se sont bien gardés de crier victoire, après près d’une semaine d’affrontements qui ont porté à la surface les différends fondamentaux entre les deux hommes. M. Maliki, partisan d’une collaboration avec les États-Unis, représente un courant chiite conservateur dont les chefs ont forgé leur vision du monde en exil à l’étranger. Il a accusé les miliciens chiites d’être « pires qu’el-Qaëda ».
Moqtada Sadr, farouchement antiaméricain, est le tenant d’une idéologie populiste et socialisante ancrée...