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L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Assurances sans polices

Tronqué, difforme, vraiment, le gouvernement libanais, comme se plaisent à l’ânonner à longueur de journée Damas et ses protégés locaux ? Par un juste retour des choses – car en raison, très précisément, d’une crise libanaise qu’elle s’ingénie à perpétuer – c’est la plus tronquée, la plus chétive, la plus rachitique des conférences au sommet arabes que la Syrie va avoir le douteux privilège d’accueillir le week-end prochain. On ne versera pas trop de larmes sur ces assises qui auront lieu en l’absence de ces deux ténors du monde arabe que sont le roi d’Arabie saoudite et le président d’Égypte, qui s’y feront représenter à des degrés divers. En l’absence aussi – totale, intégrale celle-là – d’un Liban toujours privé de président et qui n’a plus rien à attendre d’un sommet se présentant sous de si mauvais auspices, et dans un tel déploiement de mauvaise foi de la part du pays-hôte. Car ni la Syrie ne s’est ralliée, dans les faits, au projet de règlement de la Ligue arabe, centré sur l’élection immédiate d’un président de consensus libanais. Et ni les pays modérés arabes ne jugent utile de poursuivre plus longtemps les discussions, en faisant aux Syriens ce cadeau aussi gratuit qu’improductif que serait un sommet se déroulant dans les règles. Envolés tous les minces espoirs nourris durant l’avant-sommet, voici déjà venir donc l’après-sommet, avec la foule d’incertitudes, d’interrogations anxieuses que suscite une situation de blocage qui, de libanaise qu’elle était, semble s’être étendue à notre environnement arabe. Et c’est pour nous rasséréner, pour tenter de calmer nos appréhensions que deux leaders de l’opposition ont, coup sur coup, pris la parole ces derniers jours. Il reste qu’en matière de baume sur le cœur, ils auraient pu trouver mieux. Ainsi Hassan Nasrallah continue d’exclure avec la plus grande vigueur toute possibilité d’affrontement interne et il faut, bien sûr, lui en savoir gré. L’ennui cependant, c’est que le formidable arsenal du Hezbollah ne dit rien de la sorte, lui, même s’il est lourdement présent dans toutes les consciences ; la seule chose qu’il dit à mots couverts, ce sont ces pétarades d’armes de petit et de moyen calibre saluant avec défi chacune des apparitions du sayyed ou alors de son allié Nabih Berry et qui constituent autant de scandaleuses atteintes à la sécurité des citoyens, comme à leur tranquillité. Nasrallah, pour sa part, est tranquille. Pas plus que d’une confrontation interlibanaise il ne veut d’une nouvelle guerre avec l’ennemi israélien : non point qu’il n’en ait pas les moyens, compte tenu en effet de l’énorme stock de missiles qu’il détient, mais il ne se lancera dans une telle entreprise qu’au moment de son choix. Pour l’heure, il se soucie seulement de faire payer cher à Israël la mort de son compagnon Imad Moghniyé, assassiné le mois dernier en plein Damas, un point c’est tout. Reste qu’il faut invariablement être deux pour ne pas faire la guerre. L’État hébreu est déjà sur le qui-vive et les scénarios catastrophe les plus épouvantables circulent dans la presse de Tel-Aviv, comme pour préparer la population à l’éventualité d’une conflagration d’envergure. Voilà dès lors réunis tous les ingrédients ou presque d’une guerre préventive comme en affectionne Israël : une guerre qu’on n’avait pas voulue, comme il nous fut confié après la tempête de l’été 2006... Nullement ébranlé par la déroute du sommet, le président de l’Assemblée, quant à lui, vient de ressortir de son chapeau un lapin passablement pelé : à savoir cette conférence du dialogue national, par lui-même convoquée, par lui-même enterrée et qu’il voudrait maintenant réunir à nouveau. Tout au long des derniers mois pourtant, Nabih Berry n’a cessé de répéter que toute solution au Liban tenait à une entente entre les deux S (Syriens et Saoudiens). Le constat ne manquait pas d’un certain courage. Car enfin, si c’est là présumer que le 14 Mars n’est qu’un ramassis de coquins à la solde du royaume wahhabite, c’est reconnaître surtout – aveu des plus inattendus – que l’opposition à son tour n’est guère davantage qu’un pion syrien. Dès lors, et face à une si totale impasse arabe, pourquoi battre le rappel d’une telle constellation de robots si ce n’est pour meubler en vains conciliabules les semaines nous séparant encore de la énième tentative d’élection présidentielle ? Vivement, des explications. Sans langue de bois, pour changer. Et sans barouds d’accompagnement, ce qui serait encore mieux. Issa GORAIEB
Tronqué, difforme, vraiment, le gouvernement libanais, comme se plaisent à l’ânonner à longueur de journée Damas et ses protégés locaux ? Par un juste retour des choses – car en raison, très précisément, d’une crise libanaise qu’elle s’ingénie à perpétuer – c’est la plus tronquée, la plus chétive, la plus rachitique des conférences au sommet arabes que la Syrie va avoir le douteux privilège d’accueillir le week-end prochain.

On ne versera pas trop de larmes sur ces assises qui auront lieu en l’absence de ces deux ténors du monde arabe que sont le roi d’Arabie saoudite et le président d’Égypte, qui s’y feront représenter à des degrés divers. En l’absence aussi – totale, intégrale celle-là – d’un Liban toujours privé de président et qui n’a plus rien à attendre d’un sommet...