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Actualités - Opinion

Berry s’apprête à remettre son habit de médiateur

Leader d’Amal, triumvir négociant de l’opposition. Président fermoir d’une Chambre introuvable. Conciliateur militant pour le consensus. De ces trois costumes, parfois endossés en même temps, l’un sur l’autre, le président Nabih Berry veut sortir le dernier du placard. Où il se trouve rangé depuis que Nasrallah lui a préféré Aoun pour traiter avec Hariri. Et que, parallèlement, Amr Moussa lui a ravi la vedette en tant que médiateur vedette. Le dépoussiérage printanier de l’habit ne se ferait cependant qu’après le sommet arabe. Pourquoi ? D’abord, parce que, techniquement, il subsiste une chance que les Syriens cèdent tout à coup. En permettant l’élection fixée au 25. Ensuite, parce qu’il faut s’assurer que le sommet n’a pas remis sur les rails l’initiative arabe. À travers un rabibochage saoudo-syrien. On sait, à ce propos, que Berry ne cesse pas de soutenir que la crise libanaise résulte essentiellement des tensions entre ceux qu’il dénomme les deux S, les Syriens et les Saoudiens. Et que, par conséquent, tout dénouement positif reste lié à une normalisation de leurs relations. Pour le moment, c’est toujours le blocage. Illustré par un détail protocolaire insolite : le carton d’invitation a été adressé au Liban non pas par le président de la République syrienne, mais par son chef de gouvernement, Naji Otari. Une façon de laisser entendre que le régime syrien ne reconnaît pas au cabinet Siniora sa qualité de président de la République libanaise par intérim. Raison de plus pour que le pouvoir local s’interroge sur l’opportunité de participer à la conférence. On sait qu’il a reporté sa décision à ce sujet, en attendant, lui aussi, le 25. Délai que le président Siniora met à profit pour des concertations avec les Arabes comme avec ses partenaires du 14 Mars. Un camp où, jusqu’à présent, les tenants du boycott, les ministres notamment, restent les plus nombreux. En faisant valoir qu’on ne saurait accréditer un hôte comme Bachar el-Assad. Dont le seul souci est de disqualifier la légalité libanaise, et c’est le moins qu’on puisse dire. Preuve en est que toutes les approches d’arrangement préalable sur le dossier libanais ont essuyé une sèche fin de non- recevoir de la part de Damas. Qu’il s’agisse des gestes discrets d’apaisement émanant du Caire ou même de Ryad. Ou qu’il s’agisse des efforts diplomatiques pressants déployés récemment par Qatar et par Oman. Sans compter les rebuffades infligées à l’infatigable secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Pas d’acquittement Ces réfractaires n’oublient pas de préciser qu’il ne faut pas délivrer quitus à un régime soupçonné des pires crimes contre le Liban. Ni donner l’impression que l’on admet qu’il joue un rôle positif, en le lavant de toutes les accusations, politiques ou autres, portées contre lui. Ne serait-ce qu’au sujet de son refus obstiné de régulariser les relations bilatérales par l’échange d’ambassadeurs et d’accepter un tracé des frontières. Sans parler de ses mots d’ordre de torpillage de la présidentielle. Sur un plan de prudence pratique, qu’ils ne chantent pas sur les toits, les loyalistes antiparticipation craignent qu’en prenant la parole au sommet, la délégation libanaise ne provoque une dangereuse exacerbation de la crise locale. Pourquoi ? Parce qu’elle serait obligée de dire les choses comme elles sont, de pointer du doigt l’obstructionnisme, ses commanditaires et ses exécutants du cru. Dont les réactions seraient violentes. Bien peu de loyalistes pensent comme le président Gemayel que l’État libre du Liban doit faire acte de présence pour faire entendre sa voix. D’autant qu’à tout prendre, la Ligue n’est pas la propriété du régime syrien. Pour leur part, les opposants, plus exactement les prosyriens d’entre eux, sont à fond pour la participation. Ce qui est un peu étrange, du moment qu’ils ne reconnaissent pas la légitimité, donc la représentativité, du gouvernement en place. Mais ce qui leur importe, c’est de blanchir Damas. L’argument de consommation locale qu’ils avancent est qu’il est temps de tourner la page de relations bilatérales houleuses. En se rendant au sommet, plaident-ils, le Liban officiel aurait fait un pas en avant vers la réconciliation avec la Syrie, qui lui en saurait gré et lui rendrait la pareille. Selon un député opposant, c’est le Liban qui perdrait en s’absentant, en se mettant de côté. Car les Arabes ne sauraient traiter son dossier et sa crise hors de sa présence. Mais, soulignons-le, cette position n’est pas partagée par les non-prosyriens déclarés. C’est-à-dire par les aounistes qui, eux, sont contre une participation libanaise qu’assurerait le cabinet Siniora. Retour pour finir à Berry. Il ne précise pas quel sens il entend donner à sa nouvelle initiative. Sans doute fondée sur les préceptes arabes. Et, probablement,sur un retour des médiateurs européens, Français en tête. Philippe ABI-AKL
Leader d’Amal, triumvir négociant de l’opposition. Président fermoir d’une Chambre introuvable. Conciliateur militant pour le consensus. De ces trois costumes, parfois endossés en même temps, l’un sur l’autre, le président Nabih Berry veut sortir le dernier du placard. Où il se trouve rangé depuis que Nasrallah lui a préféré Aoun pour traiter avec Hariri. Et que, parallèlement, Amr Moussa lui a ravi la vedette en tant que médiateur vedette. Le dépoussiérage printanier de l’habit ne se ferait cependant qu’après le sommet arabe. Pourquoi ? D’abord, parce que, techniquement, il subsiste une chance que les Syriens cèdent tout à coup. En permettant l’élection fixée au 25. Ensuite, parce qu’il faut s’assurer que le sommet n’a pas remis sur les rails l’initiative arabe. À travers un rabibochage...