Dernier score préélectoral en date : Barack Obama et Hillary Clinton sont presque à égalité si l’on tient compte de l’inévitable marge d’erreur inhérente à tout sondage (47-44 %), devancés tous deux par John McCain. On dit merci qui ? Merci à ce Parti démocrate à nul autre pareil dès lors qu’il s’agit de scier la branche sur laquelle se tiennent en équilibre instable ses deux vedettes. Mieux vaudrait ne pas s’apesantir sur les extraits de sermons dans lesquels l’inénarrable pasteur Jeremiah Wright Jr. en appelle à Dieu pour damner l’Amérique, qui passent en boucle, depuis le début de la semaine, sur les chaînes de télévision et les stations de radio. Et puisqu’on en est aux invocations au Tout-Puissant, puisse-t-Il préserver le sénateur de l’Illinois de ses amis, en espérant que ses ennemis, il les connaît.
Il n’est pas exagéré de dire qu’avec cette malencontreuse affaire, la course à la présidence a pris un nouveau départ, inattendu, qui risque de fausser les véritables enjeux : menace d’un effondrement économique entraînant avec lui celui de nations bien plus fragiles, dégradation progressive de l’image (vraie ou fausse) que le reste du monde se faisait de l’Amérique ; consécration de ce melting pot (ou salad bowl, peu importe) qui faisait la fierté du pays et un modèle pour d’autres nations. Tout cela parce qu’un prédicateur en mal d’inspiration a voué aux gémonies sa patrie, coupable à ses yeux de traiter ses Noirs « comme moins que des êtres humains ». Seulement voilà : ledit pasteur a marié le couple Obama et baptisé leurs deux filles ; de plus, des années durant, ses sermons ont été suivis religieusement (c’est le cas de le dire) par le candidat. Circonstance aggravante, son nom figurait jusqu’à vendredi dernier sur la liste des conseillers spirituels de ce dernier, même si, à l’annonce officielle de l’entrée en course, le 20 février 2007, il n’avait pas été retenu pour prononcer la traditionnelle invocation. Du coup, certains relèvent l’absence du Star Spangled en pin sur le revers du veston. D’autres se souviennent aussi que l’un des ouvrages écrits par le sénateur avait pour titre The Audacity of Hope, repris d’un sermon du prédicateur, et notent que c’est seulement lundi qu’il a conclu son discours à Monaca, en Pennsylvanie, par un tonitruant : « God bless you and God bless America. » De quoi émouvoir les bonnes âmes qui se découvrent encore plus patriotes et bigotes qu’elles ne s’imaginaient, même au lendemain du 11-Septembre.
Il y avait déjà Hillary Clinton, la femme que même les siens « adorent haïr », celle qui a le don de hérisser la majorité de ses concitoyens avec son aspect lisse et son sourire en pilotage automatique. Et maintenant deux diviseurs… Décidément, c’est deux de trop. Du coup, les républicains se reprennent à espérer un troisième mandat, en novembre prochain. Les stratèges du Grand Old Party constatent, on imagine avec quelle jubilation, que 100 000 des leurs ont voté pour Hillary lors des primaires de l’Ohio ; ils étaient 119 000 au Texas et 38 000 dans le Mississippi. Non point par amour pour l’ex-First Lady mais pour contribuer à prolonger la lutte intestine et parce que, lors de la finale, elle serait plus facile à battre. Par anti-obamisme aussi – mais cela, rares sont ceux qui veulent l’admettre en public – puisque Mme Clinton, mieux que son adversaire démocrate, mobilise les opposants. Malgré ces handicaps, l’intéressée continue d’évoquer son « expérience » des affaires publiques. Elle met ainsi en avant ses trente-cinq ans, dit-elle, au service des Américains, sa présence au sein de la commission sénatoriale des forces armées et les 82 pays visités à ce jour. À cette dernière aune, autant mettre en avant un pilote de ligne ou encore un capitaine au long cours… D’ailleurs, on prête à son adversaire ce mot cruel : « Si je comprends bien, elle a été présidente pendant huit ans, sauf pour ce qui ne marchait pas. »
Désordre et confusion dans un camp, confiance retrouvée dans l’autre camp. Pourtant, rien encore n’est dit, il s’en faut. Certes, le nombre d’indécis diminue au fil des jours mais pour autant la ligne de partage entre les deux partis reste à déterminer de manière rigoureuse ; une tâche qui pourrait prendre les mois qui nous séparent du jour J, les chances fluctuant au gré des événements. Ainsi, l’affaire Wright continuera pour quelque temps à représenter un boulet aux pieds d’Obama, alors que le discours triomphaliste, hier, de George W. Bush à l’occasion du cinquième anniversaire de la guerre d’Irak, aura été un baume supplémentaire (et provisoire ?) au cœur du sénateur de l’Arizona. Car tout de même, 3 900 GI tués, 500 milliards de dollars dépensés, une Qaëda qui étend maintenant ses tentacules aux quatre coins du monde, il n’y a pas là de quoi pavoiser.
Au contraire et le sujet mériterait d’être abordé enfin, non plus seulement pour afficher un peu glorieux palmarès mais en profondeur. Comme vient de le faire Barack Obama pour la couleur de sa peau.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dernier score préélectoral en date : Barack Obama et Hillary Clinton sont presque à égalité si l’on tient compte de l’inévitable marge d’erreur inhérente à tout sondage (47-44 %), devancés tous deux par John McCain. On dit merci qui ? Merci à ce Parti démocrate à nul autre pareil dès lors qu’il s’agit de scier la branche sur laquelle se tiennent en équilibre instable ses deux vedettes. Mieux vaudrait ne pas s’apesantir sur les extraits de sermons dans lesquels l’inénarrable pasteur Jeremiah Wright Jr. en appelle à Dieu pour damner l’Amérique, qui passent en boucle, depuis le début de la semaine, sur les chaînes de télévision et les stations de radio. Et puisqu’on en est aux invocations au Tout-Puissant, puisse-t-Il préserver le sénateur de l’Illinois de ses amis, en espérant que ses ennemis, il...