ANALYSE
L’Ouest tempère-t-il ses critiques de la Chine ?
le 20 mars 2008 à 00h00
Contrastant nettement avec leur condamnation de la répression du mouvement de contestation de septembre dernier en Birmanie, l’attitude des puissances occidentales face aux troubles au Tibet pose la question d’un traitement privilégié réservé à la Chine sur fond d’intérêts économiques. C’est du moins l’avis des experts interrogés sur les réactions des capitales occidentales aux événements en cours depuis un peu plus d’une semaine dans l’ancienne théocratie himalayenne que la Chine occupe depuis 1950. « Une tendance existe à Washington pour faire une “exception chinoise” », avance John Tkacik, spécialiste de la Chine au sein du groupe de réflexion conservateur Heritage Foundation. « Lorsque des événements, pour lesquels nous clouerions au pilori la Birmanie, le Soudan ou l’Ouzbékistan, se produisent en Chine, nous préférons les ignorer », ajoute-t-il.
Les États-Unis et d’autres nations occidentales ont certes appelé à la retenue après la répression des manifestations antigouvernementales au Tibet. Mais leur réaction n’est pas allée au-delà. Corinna-Barbara Francis, spécialiste de la Chine pour Amnesty International, évoque « une réticence générale des gouvernements à s’élever contre les atteintes aux droits de l’homme impliquant la Chine ». « Cela s’explique largement par la perception récente d’une présence toute-puissante et influente de la Chine que je trouve pour ma part exagérée et allant au-delà de son influence économique réelle », dit-elle.
Avec une croissance annuelle supérieure à 10 % depuis 2003, la Chine est devenue la quatrième économie de la planète et pourrait détrôner à moyen terme les États-Unis. La voracité de son appareil industriel l’a conduite à conclure des accords d’approvisionnement en pétrole et métaux indispensables à la bonne marche de ses usines. La compagnie publique Aluminum Corp of China s’est ainsi associée le mois dernier au géant américain Alcoa pour investir 14 milliards de dollars dans le capital du groupe minier Rio Tinto.
La contestation tibétaine intervient en outre dans une période particulièrement délicate pour les économies industrialisées et la planète finance, secouées par la crise du crédit aux États-Unis et la chute du dollar. Avec des réserves en devises étrangères estimées à 1 500 milliards de dollars, dont une large part en bonds libellés en dollars, la Chine est un acteur essentiel du jeu qui se déroule actuellement. Si les Chinois cessaient d’acheter, le dollar dévisserait probablement plus encore.
L’interdépendance économique fonctionne néanmoins dans les deux sens et la Chine dépend des marchés nord-américains et européens pour écouler ses exportations, moteur de ses considérables excédents commerciaux (256 milliards de dollars d’excédents pour ce qui est de sa balance commerciale avec les États-Unis en 2007).
De cette interdépendance, certains tirent argument pour appeler Washington et les autres capitales occidentales à adopter une ligne plus dure à l’égard de Pékin.
Adrian Croft (Reuters)
Contrastant nettement avec leur condamnation de la répression du mouvement de contestation de septembre dernier en Birmanie, l’attitude des puissances occidentales face aux troubles au Tibet pose la question d’un traitement privilégié réservé à la Chine sur fond d’intérêts économiques. C’est du moins l’avis des experts interrogés sur les réactions des capitales occidentales aux événements en cours depuis un peu plus d’une semaine dans l’ancienne théocratie himalayenne que la Chine occupe depuis 1950. « Une tendance existe à Washington pour faire une “exception chinoise” », avance John Tkacik, spécialiste de la Chine au sein du groupe de réflexion conservateur Heritage Foundation. « Lorsque des événements, pour lesquels nous clouerions au pilori la Birmanie, le Soudan ou l’Ouzbékistan, se...
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