Regard perdu et gorge nouée, le soldat américain Clifton Hicks ravive des souvenirs douloureux quand il raconte comment son unité en Irak s’est retrouvée prise dans une fusillade qui a fait plusieurs victimes civiles lors d’un mariage.
«Une patrouille en Humvee équipé de mitrailleuses était attaquée sur la gauche par deux ou trois insurgés », se souvient-il en témoignant devant l’organisation Iraq Veterans Against the War (IVAW), à la veille du cinquième anniversaire de l’attaque américaine contre l’Irak. « Des coups de feu ont alors retenti aussi sur la droite où se trouvaient des maisons. Le peloton a alors tiré dans les deux directions », a-t-il poursuivi.
Trois civils qui participaient à une fête de mariage ont alors été touchés. « Un vieil homme et une fillette de 10 ans ont été blessés, une petite fille de six ans tuée », raconte-t-il. « Elle a été tuée par des soldats à peine sortis de l’adolescence ! » s’indigne Clifton Hicks.
Après que son unité eut rapporté l’opération à ses supérieurs, l’ordre est arrivé : « Charlie Mike ! » ce qui, en jargon militaire américain, signifie : « La mission continue ! » « Nous avons tiré au milieu d’une fête de mariage, tuant et blessant plusieurs personnes et tout ce qu’on nous dit, c’est de continuer et d’oublier », déplore le soldat.
Pour commémorer à leur façon ce 5e anniversaire, plusieurs soldats ont dépeint les horreurs de la guerre d’Irak, décrivant les violences à l’encontre de civils ordonnées par leur supérieur, la corruption dans le pays, ou les raids mal préparés.
Bombarder un village avec ordres de « feu à volonté », c’est-à-dire carte blanche pour tirer sur tout ce qui peut paraître anormal : « Cela va à l’encontre des règles militaires qui veulent que “l’identification catégorique” d’une personne ou d’un lieu comme cible militaire précède les tirs », explique l’ancien marine Adam Kokesh.
Le soldat Steve Casey, lui, se souvient des mots de son supérieur à l’entrée d’un quartier résidentiel : « “Tout le monde est a priori hostile”, “Allez-y, tirs à volonté”, comme s’il déclarait l’ouverture de Jeux olympiques macabres ». « J’ai vu des soldats tirer sur des pare-brise ou le radiateur de voitures », raconte-t-il. La majorité des victimes de cette opération n’étaient pas 700 à 800 combattants ennemis, comme l’ont annoncé les officiels, mais « des civils cherchant à fuir le champ de bataille », assure-t-il.
« Je ne suis pas venu ici pour émettre des jugements sur mes camarades soldats, je suis ici pour condamner la guerre », déclare le soldat Clifton Hicks pour expliquer sa démarche.
Poitrine couverte de médailles, Luis Montalvan, ancien capitaine de 34 ans, a lui aussi rejoint le mouvement IVAW pour, dit-il, dénoncer les mensonges des officiers de haut rang et la corruption rampante qui règne en Irak. Ce vétéran, traité pour stress
post-traumatique, condamne très sévèrement l’Administration Bush qu’il accuse notamment de « crimes, de forfaiture et de mensonges » en Irak. Il appelle les Américains à « bien voter » en novembre, pour la présidentielle. « Votez pour le candidat qui pourra le plus sûrement nous sortir d’Irak », renchérit-il.
Karin ZEITVOGEL (AFP)
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«Une patrouille en Humvee équipé de mitrailleuses était attaquée sur la gauche par deux ou trois insurgés », se souvient-il en témoignant devant l’organisation Iraq Veterans Against the War (IVAW), à la veille du cinquième anniversaire de l’attaque américaine contre l’Irak. « Des coups de feu ont alors retenti aussi sur la droite où se trouvaient des maisons. Le peloton a alors tiré dans les deux directions », a-t-il poursuivi.
Trois civils qui participaient à une fête de mariage ont alors été touchés. « Un vieil homme et une fillette de 10 ans ont été blessés, une...