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Les armes de l’espoir

En ces temps de morosité et de stagnation, on n’en appréciera que davantage ces deux notes d’espoir apparues hier : oh, rien que deux toutes petites notes, qui ne suffiront sans doute pas pour changer la face du monde, mais qui sonnent à point pour rompre la désespérante monotonie, l’étouffante sécheresse du discours politique. C’est dans l’émotion et le recueillement que la révolution du Cèdre célébrait hier son troisième anniversaire. Célébration, anniversaire : deux mots qui, au Liban, ont perdu hélas toute connotation festive, tant en effet le lourd tribut du sang vient sans cesse rappeler combien demeure longue et ardue la marche vers l’indépendance nouvelle. La contrepartie en est que le sacrifice des martyrs commande impérieusement aux vivants – et survivants – de se livrer avec honnêteté et courage à une double et salutaire démarche : révision et vision, voilà bien les deux facettes d’un même et salutaire programme, et il est fort heureux que le 14 Mars s’y soit enfin résolu. L’autocritique n’est guère courante dans notre pays où tout un chacun est convaincu de détenir la vérité absolue, et elle l’est encore moins dans cette région où il n’est d’autre vérité que celle du prince. Se remettre en question, admettre ses lacunes ou erreurs n’est pas signe de faiblesse pourtant, mais au contraire de sincérité, d’authenticité dans l’attachement aux objectifs déclarés. Mieux encore, cette même capacité d’autocritique, gage de crédibilité, ne pourra que s’imposer face à une concurrence qu’on n’a jamais vue s’interroger elle-même, et encore moins interpeller ses parrains étrangers. L’atout maître réside cependant dans la volonté du 14 Mars, conglomérat de forces politiques qu’unit la quête de souveraineté et d’indépendance, de se réaménager en bloc cohérent partageant aussi une même conception des rapports non plus libano-syriens seulement, mais interlibanais. Culture démocratique, culture de vie : c’est sur ce terrain que pourront être défaites toutes les idéologies importées, entreprises totalitaires, et sournoises révolutions armées, que pourra être démystifié ce culte du sacrifice et des guerres de mille ans dont ne tirent cyniquement parti que des pays tiers. Sur ce plan, le 14 Mars a vu juste. Reste toutefois à concrétiser tout cela. Non moins réconfortants sont les propos tenus à Dakar par le Premier ministre Fouad Siniora. Un Liban pluraliste qui, de tous les pays arabes, est le seul à avoir un président chrétien, et qui s’en trouve fort bien, un Liban n’aspirant qu’à vivre en paix et dans la dignité, un Liban réfractaire enfin aux meurtrières dérives des extrémistes et des fanatiques qui ont dévoyé les préceptes religieux : ce credo, c’est devant le sommet islamique réuni dans la capitale sénégalaise que le chef du gouvernement, un musulman libanais bon teint, a tenu à le réitérer hier. Non point évidemment qu’une telle exception présidentielle rend le Liban forcément meilleur. Elle le rend différent, c’est tout (et c’est quand même énorme !), elle le soustrait à une règle d’uniformité souvent prétexte à injustices et abus. Importante, la petite phrase de Siniora l’est, en outre, parce qu’elle oppose le plus cinglant des démentis aux insinuations d’une opposition acharnée à bloquer l’élection du président de consensus et qui trouve cependant moyen de reprocher au gouvernement de faire main basse sur les prérogatives présidentielles. C’est finalement une invitation de la main gauche, délivrée in absentia, remise par un vague fonctionnaire syrien à un ministre libanais traînant interminablement sa démission dans les couloirs du palais Bustros, qui a été adressée au chef du gouvernement pour prendre part au sommet de Damas. Des ridicules contorsions syriennes, de tout le mal qu’ils se seront donné pour exprimer le peu de cas qu’ils font de Siniora, on ne retiendra que l’essentiel : ce n’est pas Siniora mais les hôtes du prochain sommet que peut rendre tout petits tant d’application dans la mesquinerie. Issa GORAIEB
En ces temps de morosité et de stagnation, on n’en appréciera que davantage ces deux notes d’espoir apparues hier : oh, rien que deux toutes petites notes, qui ne suffiront sans doute pas pour changer la face du monde, mais qui sonnent à point pour rompre la désespérante monotonie, l’étouffante sécheresse du discours politique.
C’est dans l’émotion et le recueillement que la révolution du Cèdre célébrait hier son troisième anniversaire. Célébration, anniversaire : deux mots qui, au Liban, ont perdu hélas toute connotation festive, tant en effet le lourd tribut du sang vient sans cesse rappeler combien demeure longue et ardue la marche vers l’indépendance nouvelle. La contrepartie en est que le sacrifice des martyrs commande impérieusement aux vivants – et survivants – de se livrer avec honnêteté et...