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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB L’invité du soir

Les dirigeants baassistes ne sont pas exactement de grands naïfs, et les Libanais en ont amplement fait l’expérience. Et pourtant, il y a quelque chose d’étonnamment primaire dans tous ces pervers efforts que déploie Damas à la veille de son sommet arabe pour occulter, autant que possible, le fait libanais. Inviter le Liban sans l’inviter tout à fait : telle est en ce moment, pour la Syrie, la métaphysique question. Faute de poste restante, c’est au siège de la Ligue arabe au Caire que sera vraisemblablement déposé le fantomatique carton d’invitation syrien : l’usage en étant gracieusement laissé à la discrétion de ces gens de Beyrouth incapables du moindre sentiment de gratitude envers l’orgueilleuse capitale des Omeyyades. Si la courtoisie interétatique est loin d’être sauve, du moins le message y gagne-t-il en clarté, en sincérité même si l’on peut dire, quand bien même nous parviendrait-il par ricochet. Car ce n’est pas tant le gouvernement Siniora, mais toute autorité souverainiste libanaise que la Syrie se refuse à reconnaître. Et ce n’est pas la seule majorité actuelle qui est fictive, illusoire, artificielle aux yeux de Damas, mais bien cette entité libanaise cruellement découpée par le colonialisme dans le grand corps syrien (ou, si l’on préfère, le corps grandsyrien). Depuis trois quarts de siècle que cela dure, la question, toute la question, est là. Et il continuera d’en être ainsi hélas, aussi longtemps que Damas restera en mesure de manipuler impunément, à son profit exclusif, toutes ces contradictions libanaises que nous n’avons jamais pu, ou su, transcender. Qu’à son tour, la drôle d’invitation syrienne devienne matière à débat – et cela au sein d’un même camp, celui de la majorité – ne fait qu’illustrer la volonté de déstabilisation syrienne, mais aussi nos propres faiblesses. Faut-il renvoyer à l’expéditeur une aussi cavalière missive et donc se faire porter absent aux assises de Damas ? S’il faut finalement y aller, qui devra-t-il conduire une délégation libanaise traditionnellement coiffée par un président chrétien ? Et toute dérogation à la règle ne risquerait-elle pas d’être un grave précédent ? Ces interrogations qui ont circulé hier, qu’elles paraissent dérisoires pourtant, en regard des enjeux ! Pour commencer, et au plan purement symbolique, il serait grand temps que l’on prenne Damas à son jeu d’ombres chinoises, qu’une voix indépendante libanaise, qu’elle soit musulmane ou chrétienne, se fasse entendre avec force et sérénité au niveau arabe le plus haut : à plus forte raison si c’est dans la capitale de nos infortunes que se donne le concert. Mais surtout, c’est la première fois que le problème des relations syro-libanaises, longtemps tenu pour inexistant sous le commode prétexte qu’on avait affaire là à des rapports privilégiés, figure explicitement à l’ordre du jour de telles assises. C’est cette occasion rare qu’il s’agit maintenant de privilégier. Issa GORAIEB
Les dirigeants baassistes ne sont pas exactement de grands naïfs, et les Libanais en ont amplement fait l’expérience. Et pourtant, il y a quelque chose d’étonnamment primaire dans tous ces pervers efforts que déploie Damas à la veille de son sommet arabe pour occulter, autant que possible, le fait libanais. Inviter le Liban sans l’inviter tout à fait : telle est en ce moment, pour la Syrie, la métaphysique question.

Faute de poste restante, c’est au siège de la Ligue arabe au Caire que sera vraisemblablement déposé le fantomatique carton d’invitation syrien : l’usage en étant gracieusement laissé à la discrétion de ces gens de Beyrouth incapables du moindre sentiment de gratitude envers l’orgueilleuse capitale des Omeyyades. Si la courtoisie interétatique est loin d’être sauve, du moins le message y...