Jamais autant qu’aujourd’hui la course à l’échalote américaine n’aura été celle des ressuscités. Vous en doutiez ? Le Texas et l’Ohio en ont fourni la preuve, mardi. Il y a peu, Hillary Clinton était donnée pour moribonde et s’apprêtait à recevoir l’extrême-onction des « moguls » du parti. Il y a peu, John McCain se battait le dos au mur contre un Mormon richissime et coriace, Mitt Romney, mais surtout contre le pasteur à la guitare Mike Huckabee. Bien avant, grièvement blessé, torturé, il avait manqué de peu de passer dans un monde supposé meilleur, au bout de sept années de captivité chez les peu accommodants combattants du Viêt-cong. Elle vient de rebondir ; il vient de prouver que les morts se portent très bien, merci. Rendez-vous le jour du débarquement au 1 600 Pennsylvania Avenue.
Englué à son image de « Mister Nice Guy », Barack Obama s’en est tenu, jusqu’à la veille des primaires de mardi, à ses appels au changement. Ses stratèges devront réviser leurs plans tant se sont multipliés contre lui les coups sous la ceinture. Exemple, une publicité négative à la télévision montrant un enfant endormi, une image accompagnée de la remarque suivante : « Votre vote décidera qui sera à la Maison-Blanche quand le téléphone sonnera à 3 heures du matin. » Subtile allusion à l’inexpérience un peu trop généreusement prêtée au sénateur de l’Illinois. Mais le faux pas de celui-ci – qui lui aurait coûté, aux dires des experts, les deux grands États qui étaient en jeu avant-hier –, c’est la révélation qu’il aurait pris contact avec des responsables canadiens pour contredire point par point ses déclarations précédentes hostiles au Nafta (North American Free Trade Agreement) dont l’application a pratiquement réduit à la ruine l’Ohio. L’intéressé a démenti, mais il était trop tard et le mal était déjà fait.
La campagne électorale, c’est désormais ça : un duel entre des fauves qui ne se font plus de cadeaux. L’ancienne First Lady, qui rêve de devenir la « First Female President », a rappelé un vieil adage électoral US : « As Ohio goes, so goes the nation », c’est-à-dire que c’est cet État qui donne le ton. En fait, cela reste à prouver. L’arithmétique lui est toujours hostile puisque son opposant tient toujours la corde et qu’il commence seulement à se faire les dents – qu’il a fort longues, par ailleurs. Jugement de David Gergen, ancien conseiller des Administrations Nixon, Reagan et Bill Clinton : « Il doit se décider à lancer des punchs », et donc à se faire violence, au risque de dissiper quelque peu ce halo de saint qui est son Trade Mark et partant de hérisser nombre de ses partisans.
La leçon à retenir de cette journée cruciale du 4 mars 2008 c’est que les deux ailes démocrates ne battent pas à l’unisson, il s’en faut. À elle les Hispaniques, les ménagères sexagénaires en bigoudis et bermuda et les syndicats ; à lui les Afro-Américains, les jeunes en général et en particulier les universitaires. Le tableau restera inchangé, même après les primaires, d’importance relativement mineure, du Wyoming, samedi, et celles du Mississippi, mardi, le gros morceau à venir étant représenté par la Pennsylvanie où se jouera un nouveau round le 22 avril et qui fournira un lot important de délégués à la convention du parti, fin août à Denver (Colorado).
Si le sénateur McCain est assuré d’obtenir l’investiture des siens – l’ultime acte s’étant joué hier soir avec son adoubement par George W. Bush –, ses deux collègues à la Chambre haute (et adversaires dans la course) devront prendre leur mal en patience avant d’être fixés sur leur sort en prévision du scrutin du 4 novembre. À cette date-là, il y aura une relève de la garde mais y aura-t-il vraiment changement, comme le souhaitent les nouvelles générations, et en quoi consistera-t-il ? Jusqu’à présent, tout le monde a promis de profonds bouleversements sans prendre la peine d’entrer dans les détails, alors même que l’ardoise que laissera l’actuel locataire de la Maison-Blanche ne cesse de s’allonger : héritage du 11-Septembre, lutte contre le terrorisme, horizon économique lourd de menaces, perte de prestige dans le monde, etc. Malgré ses affirmations du contraire, trop régulièrement assénées pour être sincères, et au vu de son maigre bilan, cette ennemie numéro un de la droite conservatrice qu’est « Billary » ne donne pas l’impression de devoir être une nouvelle Margaret Thatcher. Pas plus qu’Obama, une fois oublié son prêchi-prêcha purement électoral, ne parvient à convaincre de ses talents de redresseur de la barre alors que le navire menace de démâter à tout moment. Et que dire du républicain aux tons changeants, que certains voient mal, dans le bureau Ovale, s’escrimant contre les montagnes de problèmes nés avec le siècle ?
Bien sûr que le monde s’essouffle d’avoir trop longtemps couru après trop de chimères, et se retrouve en manque d’innovateurs, d’inspirateurs. Mais que dire de l’Amérique ?...
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jamais autant qu’aujourd’hui la course à l’échalote américaine n’aura été celle des ressuscités. Vous en doutiez ? Le Texas et l’Ohio en ont fourni la preuve, mardi. Il y a peu, Hillary Clinton était donnée pour moribonde et s’apprêtait à recevoir l’extrême-onction des « moguls » du parti. Il y a peu, John McCain se battait le dos au mur contre un Mormon richissime et coriace, Mitt Romney, mais surtout contre le pasteur à la guitare Mike Huckabee. Bien avant, grièvement blessé, torturé, il avait manqué de peu de passer dans un monde supposé meilleur, au bout de sept années de captivité chez les peu accommodants combattants du Viêt-cong. Elle vient de rebondir ; il vient de prouver que les morts se portent très bien, merci. Rendez-vous le jour du débarquement au 1 600 Pennsylvania Avenue.
Englué à...