Majorité et minorité affirment à l’unisson que le Liban ne doit plus servir de lice aux conflits extérieurs, internationaux ou régionaux. Elles n’ont donc, souligne un dignitaire religieux, qu’à s’entendre pour consacrer la neutralité de ce pays. En se détachant l’une de l’axe américain et l’autre de l’axe irano-syrien. En cessant de s’entraccuser de suivisme et d’assujettissement.
Malheureusement, observe cette personnalité, l’ancrage à des factions étrangères opposées reste un des traits les plus marquants de l’histoire libanaise. À plus d’une reprise, cette funeste habitude a causé le malheur de ce petit paradis perdu. En servant de combustible pour le choc d’intérêts contraires et de luttes d’influence épisodiques.
Il est arrivé que les Libanais aient, pour leur plus grand bien, un sursaut de conscience et de lucidité. Mais ils n’ont pas su continuer sur cette voie. Ainsi, après avoir été divisés, après la Grande Guerre de 14-18, entre la France et la Grande-Bretagne, ou au sujet de la fusion avec la Syrie, ils se sont retrouvés en 43 pour renvoyer dos à dos ces puissances et décider de n’opter ni pour l’Est ni pour l’Ouest. Et briguer puis briquer l’indépendance. Cet allant salvateur n’a cependant duré que jusqu’à l’émergence du nassérisme. De nouveau, une césure interne qui a produit les événements sanglants de 1958. La VIe Flotte US ayant pointé son nez, Nasser avait fini par composer. En s’accordant avec les Américains sur l’élection de Fouad Chéhab.
Le répit a duré une dizaine d’années. Il y a eu ensuite, conséquence de la défaite arabe de 67, l’irruption des fedayine palestiniens. Et la grande catastrophe d’une guerre intestine de 15 ans. Plus exactement de la série de guerres mettant en scène, à tour de rôle, de multiples protagonistes. Avec des épisodes et des motifs foisonnants que l’on a de la peine à se remémorer. Par exemple, les batailles entre Forces libanaises et Palestiniens, les hostilités entre l’Armée du Liban arabe et l’Armée du Liban-Sud, les affrontements entre Amal et les camps de Beyrouth, ou entre Amal et le PSP, le bras de fer entre Joumblatt et l’armée de Aoun, ou entre cette troupe et Geagea, le conflit de ce dernier avec Hobeika…
Résultats
Le tout ponctué de deux invasions israéliennes et d’interventions militaires syriennes tantôt contre les uns tantôt contre les autres. Ce qui finalement a permis à Damas, à travers un Taëf savamment tronqué, d’imposer sa tutelle pendant 15 autres années.
La donne a changé avec la chute du bloc soviétique. Mais un clou chasse l’autre. Une fois dissipés les miasmes de sa guerre contre Saddam, éliminé par les Américains, l’Iran khomeyniste s’est efforcé de se substituer à l’URSS en tant que contradicteur principal des USA dans la région. En prenant la tête d’une coalition radicale incluant la Syrie et le Hamas.
Du coup, les Libanais se retrouvent divisés entre partisans de Washington et fidèles du tandem Téhéran-Damas. Une séparation que justifient, sur le papier, des idéologies contraires. Mais que sous-tendent des objectifs, des intérêts purement internes. Ce qui revient à dire que, quelque part, les fractions libanaises agissent moins pour servir les Américains ou les Syro-Iraniens, que pour en obtenir l’aide contre leurs compatriotes. En acceptant d’en payer le prix. Aux dépens de l’intérêt national bien compris, dont les jouteurs étrangers se soucient comme de leur dernière chemise.
D’où le blocage et la crise. Il n’existe dès lors qu’une seule voie de dégagement : se détacher ensemble de tout lien avec l’extérieur. Mais est-ce que c’est possible ? Sans doute pas. Car il faudrait le consentement de tous. Or, si beaucoup seraient disposés à dire oui, ce n’est pas le cas du Hezbollah. Ce parti reste en effet organiquement, viscéralement, religieusement, attaché à l’Iran. En applaudissant des deux mains quand il entend Khamenei affirmer qu’il va défaire les Américains au Liban, pour les expulser de la région. Ou Ahmadinejad promettre d’éliminer le microbe israélien. Ou quand le chef des pasdarans soutient que le Hezb va détruire l’État hébreu. De même, le Hezb ne peut pas prendre ses distances avec un régime qui l’a toujours alimenté.
Et les loyalistes ? Leur recours à l’Occident, ils s’en seraient sans doute passé s’ils n’étaient acculés à la défensive par Damas et ses fidèles. En d’autres termes, l’initiative d’une indépendance désormais partagée revient au camp opposant. Il ne semble guère près d’y être prêt.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Majorité et minorité affirment à l’unisson que le Liban ne doit plus servir de lice aux conflits extérieurs, internationaux ou régionaux. Elles n’ont donc, souligne un dignitaire religieux, qu’à s’entendre pour consacrer la neutralité de ce pays. En se détachant l’une de l’axe américain et l’autre de l’axe irano-syrien. En cessant de s’entraccuser de suivisme et d’assujettissement.
Malheureusement, observe cette personnalité, l’ancrage à des factions étrangères opposées reste un des traits les plus marquants de l’histoire libanaise. À plus d’une reprise, cette funeste habitude a causé le malheur de ce petit paradis perdu. En servant de combustible pour le choc d’intérêts contraires et de luttes d’influence épisodiques.
Il est arrivé que les Libanais aient, pour leur plus grand bien, un...