L’effet boomerang, vous connaissez ? Le Liban en est désormais le dispensateur, le réflecteur après en avoir longtemps été le récipiendaire. Juste retour de manivelle, il se retrouve aujourd’hui non au rang de spectateur, ce serait trop beau, mais d’empêcheur de tourner en rond.
Victime, des décennies durant, de la guerre des autres sur son territoire, guerre qui ne l’exonère nullement de ses propres responsabilités, voilà le Liban qui leur renvoie, à présent, la corde à défaut de l’ascenseur.
Il a toujours été dit qu’un jour ou l’autre, tôt ou tard, la crise libanaise explosera à la figure des tireurs de ficelles, de ceux qui ont laissé faire, les Judas et faux messies accourus au chevet du moribond.
C’est maintenant chose faite, et c’est toute la région qui est désormais malade du Liban, qui se grippe à la moindre poussée de fièvre à Beyrouth, au plus petit incident intercommunautaire à Basta ou à Dahié ; c’est la planète entière qui angoisse, qui prend peur à chaque attentat terroriste au pays du Cèdre, à chaque incident frontalier avec Israël ou attaque contre les unités de la Finul.
Longtemps caisse de résonance de tous les conflits du Proche et du Moyen-Orient, le Liban, aujourd’hui, est arrivé à saturation et les messages qui lui parviennent, explosifs, séditieux ou empoisonnés, sont automatiquement renvoyés à l’expéditeur.
À trop flirter avec le feu, on se brûle inévitablement les doigts, et à trop souvent mettre les uns ou les autres en jeu, on les met nécessairement en joue. Un jeu de mots pour dire que les choses ne peuvent plus rester en l’état et que l’implosion du Liban entraînera, ipso facto, tous les pays de la région dans l’engrenage de la violence, des discordes, de la « fitna » tant redoutée.
Un engrenage auquel a contribué le régime syrien en plaçant toutes ses billes dans le camp iranien, en s’acoquinant avec des pouvoirs et des groupuscules peu fréquentables, en adoptant des positions carrément hostiles et insultantes à l’égard de l’Arabie saoudite, enfin et surtout, en entretenant les divisions politiques et forcément communautaires au Liban.
Mais à trop tirer sur la corde, elle se casse, et la Syrie se retrouve maintenant ostracisée, quasiment mise sous surveillance par la communauté internationale et, cerise sur le gâteau, boudée par son environnement immédiat, le sommet arabe, qu’elle appelle de tous ses vœux, le premier à se tenir à Damas, risquant fort bien de se transformer en panier de crabes, en déversoir de toutes les inimitiés interarabes. Une gifle dont elle se passerait bien alors que se rapproche l’heure de vérité, celle du tribunal international.
Récapitulatif : au départ, il y a l’Iran, et ses ambitions hégémoniques et nucléaires ; au départ, il y a le Hezbollah chiite et la place prépondérante qu’il s’est octroyée sur l’échiquier libanais ; et à l’arrivée, il y a la Syrie qui n’a pas digéré sa déroute de 2005, sa « mise en accusation » dans l’affaire Hariri et dans tous les attentats qui ont précédé et suivi le crime central.
Mais la nuisance fondamentale, celle qui pourrait ouvrir les portes de l’enfer, est d’une tout autre nature, et la Syrie elle-même ne pourrait, à la longue, en réchapper.
Ne tournons pas autour du pot : la haine, celle qui a été attisée, au fil des mois, par des discours irresponsables, criminels, s’est incrustée dans les cœurs et dans les esprits, s’est traduite au Liban et, par ricochet, dans les autres pays arabes par de véritables cassures au niveau de la rue sunnito-chiite. Une exacerbation des sentiments et des allégeances communautaires qui s’est manifestée avec virulence dans certains émirats du Golfe après l’assassinat de Imad Moghniyé, honoré par les uns, houspillé par les autres.
Et en toile de fond, parce qu’un malheur n’arrive jamais seul, la lente agonie de Gaza, une tragédie sans nom, une dérive effroyable, un « one-man-show » israélien sur les décombres de l’unité palestinienne, de la cohésion arabe : le Hamas d’un côté, l’Autorité de l’autre et, au milieu, une population meurtrie, flouée par ses chefs, sacrifiée sur l’autel des intérêts antagonistes et parfois complices.
Et des maisons, des camps palestiniens s’élève un même cri à l’adresse du Hezbollah : « Bombardez Tel-Aviv. » Hassan Nasrallah n’a-t-il pas menacé Israël, il y a tout juste deux semaines, d’une guerre ouverte ?
Iran, Liban, Syrie, Palestine : la quadrature du cercle, un quadruple sac de nœuds. Et à quelques encablures, comme pour dire « N’oubliez pas qu’on est là », le USS Cole exhibe ses biceps.
Entre-temps, les Saoudiens quittent le Liban, les Koweïtiens ne s’y aventurent plus, et Iraniens, Syriens et Israéliens, à l’unisson (bizarre !), poursuivent leurs manœuvres, leurs provocations du bord du gouffre.
L’effet boomerang, vous connaissez ? Vous ne tarderez probablement pas à en suivre, à en disséquer les conséquences !
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’effet boomerang, vous connaissez ? Le Liban en est désormais le dispensateur, le réflecteur après en avoir longtemps été le récipiendaire. Juste retour de manivelle, il se retrouve aujourd’hui non au rang de spectateur, ce serait trop beau, mais d’empêcheur de tourner en rond.
Victime, des décennies durant, de la guerre des autres sur son territoire, guerre qui ne l’exonère nullement de ses propres responsabilités, voilà le Liban qui leur renvoie, à présent, la corde à défaut de l’ascenseur.
Il a toujours été dit qu’un jour ou l’autre, tôt ou tard, la crise libanaise explosera à la figure des tireurs de ficelles, de ceux qui ont laissé faire, les Judas et faux messies accourus au chevet du moribond.
C’est maintenant chose faite, et c’est toute la région qui est désormais malade du Liban, qui...