Neuvième semaine de 2008.
Ou bien, ou bien : ou bien le Pentagone est atteint de sottise carabinée ou bien il est des desseins terriblement bien cachés et que l’Administration Bush se fera un plaisir fou de dévoiler dans les quelques semaines à venir. Ou bien les deux à la fois. Parce que, aucunement gênés par le fantôme honteux du New Jersey, les États-Unis n’ont rien trouvé de mieux que la flamboyante image du destroyer USS Cole fendant les eaux internationales en face du Liban pour répondre aux sinistres déclarations de guerres ouvertes/préventives de Hassan Nasrallah, pour montrer à Bachar el-Assad qu’ils sont carrément au bout de leur patience, pour paver la voie à la visite du Conquistador Mahmoud Ahmadinejad en Irak après-demain dimanche et/ou pour rassurer leurs amis israéliens. À moins que ce bâtiment de guerre ne soit qu’un écran de fumée, un piège à cons pour détourner l’attention, éviter que des yeux par trop curieux ne devinent d’autres manœuvres, plus TNT celles-là, plus concrètes, ailleurs, dans d’autres eaux. Ou dans d’autres cieux…
Sans doute aucun, une réponse, ou une ébauche, sera donnée au monde un jour ou l’autre. Sauf qu’en attendant, les États-Unis, qui la jouent inhabituellement franco avec le Liban depuis 2005, qui semblent avoir mis un terme, du moins pour l’instant, à leur penchant maladif pour les magouilles au détriment du Liban, ces États-Unis-là ont fait passer à Fouad Siniora une nuit de cauchemars et de sueurs froides, et ont offert à l’opposition libanaise en général et au Hezbollah en particulier, sur un plateau en or massif, de quoi pousser des cris d’orfraie jusqu’à s’en casser les cordes vocales.
Cette opposition pourra continuer à hurler à la supercherie et à la mise en scène pendant des jours et des nuits, la convocation très officielle au Sérail de Michelle Sisson, qui vit là un petit baptême du feu dont elle se serait probablement passée, et les affirmations catégoriques et un tantinet énervées d’un Premier ministre qui aurait naturellement préféré que les Américains lui demandent son avis avant d’envoyer l’USS Cole, viennent simplement et naturellement s’incrire dans le cadre, dèjà bien rempli depuis son arrivée au pouvoir, notamment depuis la guerre de juillet, des actions de Fouad Siniora-homme d’État. Sur son tableau de chasse. Des sources diplomatiques bien informées et toutes tendances confondues rapportent depuis plus de 36 heures l’irritation du Premier ministre, sa stupéfaction et sa déception ; il n’empêche, eût-il été au courant que sa réaction aurait été parfaite, celle, encore une fois, de l’homme d’État en lequel cet ancien Rafic Hariri’s shadow s’est transfiguré.
Et c’est bien cela qui rend fou le Hezbollah. Dont les députés, et c’est de bonne guerre, s’en sont donnés à cœur joie pour se répandre en ignominies sur Fouad Siniora et son gouvernement. Tous les masques sont tombés et quelle que soit l’intensité de leurs démentis, ils ne sont que des outils entre les mains des Américains : qu’est-ce qu’il aurait été intéressant de voir Hussein Hajj Hassan, que la bonne foi n’étouffera décidément jamais, critiquer un jour publiquement une action, une position ou une décision prise par l’un ou l’autre de ses alliés syrien et iranien. Ou les deux, surtout que les occasions n’ont jamais manqué. Mais non : cela n’existe qu’en démocratie, un système totalement antinomique jusqu’à nouvel ordre avec le cahier des charges/de route du Hezb. Lequel doit être certainement ravi, en outre, que ce quelque chose, venu de la mer, une inspiration divine, ait relégué la crise politique proprement dite, les réunion quadripartites, les contradictions, exigences et autres mensonges de l’opposition, aux huitièmes plans.
Mais le Hezb n’a pas peur du ridicule. Parce qu’au lieu de se jeter sur cette histoire (le navire de guerre est à 65 km des côtes libanaises !) comme la misère sur le peuple, ou une chambrée de prisonniers longue durée sur un poster géant de Haïfa Wehbé, persuadés qu’il vont réussir à générer un tsunami politique alors que ce n’est qu’une minitempête dans un dé à coudre, le parti de Dieu aurait été bien plus inspiré, entre mille autres exemples, de sursauter à la lecture, dans le Haaretz, de cette rencontre, ces derniers jours dans la capitale américaine, entre l’ancien directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, Alon Liel, et l’ambassadeur syrien à Washington, Imad Moustapha. Hussein Hajj Hassan et ses colistiers auraient pourtant eu de la matière, largement de quoi s’éclater : les deux hommes ont surtout planché sur le document rédigé, entre 2004 et 2006, par Liel lui-même et le Syro-Américain Abe Souleimane, proche parmi les proches de la famille Assad. Un document qui évoque un possible accord de paix entre ces deux pays ennemis, mais dont la collusion au détriment du Liban n’a pourtant jamais faibli, qui parle même dans les détails d’une zone tampon démilitarisée sur le plateau du Golan et qui comprendrait, entre autres, un Parc de la Paix pour touristes assoiffés d’exotismes en tous genres.
Mais non. Le Hezbollah se moque royalement de tout cela. D’une possible, inévitable même, paix entre la Syrie et l’État hébreu. Le Hezbollah se moque presque tout autant que tous les USS Cole du monde patrouillent au large du Liban. Ce qui compte, pour le Hezbollah, c’est de dynamiter le système politique libanais et de le remplacer par une espèce de charia politique, tissée à sa mesure.
Ziyad MAKHOUL
PS : Sacré Nabih Berry. Qu’est-ce que ne ferait pas le pauvre président de la Chambre pour essayer de se distinguer du Hezbollah, pour mettre un frein à sa dissolution, et celle de son mouvement, dans le creuset acido-sulfuré du parti de Dieu. Les tirs insensés, notamment de dizaines de RPG, qui ont précédé, accompagné et suivi son intervention télévisée d’hier étaient mille fois plus violents et plus nourris que ceux que l’on doit aux partisans de Hassan Nasrallah et de Saad Hariri réunis. Et dire que Nabih Berry s’était fendu d’un communiqué appelant ses partisans à… ne pas tirer. C’est inouï à quel point les leaders d’ici, Nabih Berry en tête, n’apprendront jamais à cesser de prendre leurs compatriotes pour des blaireaux. À ce niveau-là, il doit diablement s’inquiéter : la fusion avec le Hezb est absolument réussie…
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Ou bien, ou bien : ou bien le Pentagone est atteint de sottise carabinée ou bien il est des desseins terriblement bien cachés et que l’Administration Bush se fera un plaisir fou de dévoiler dans les quelques semaines à venir. Ou bien les deux à la fois. Parce que, aucunement gênés par le fantôme honteux du New Jersey, les États-Unis n’ont rien trouvé de mieux que la flamboyante image du destroyer USS Cole fendant les eaux internationales en face du Liban pour répondre aux sinistres déclarations de guerres ouvertes/préventives de Hassan Nasrallah, pour montrer à Bachar el-Assad qu’ils sont carrément au bout de leur patience, pour paver la voie à la visite du Conquistador Mahmoud Ahmadinejad en Irak après-demain dimanche et/ou pour rassurer leurs amis israéliens. À moins que ce bâtiment...