Les Américains ont une expression, éloquente dans sa concision, pour désigner ce genre d’opération : ils parlent de « smear campaign », ou campagne de calomnies. Un exercice de basse voltige dans lequel leurs politiciens sont passés maîtres. Avec le débat de lundi soir sur le campus de l’université d’État de Cleveland, le duel interdémocrate est entré dans sa phase la plus fangeuse, la plus décisive aussi puisque du choix qui en résultera dépend le nom du futur président. Que les délégués du parti de l’âne optent pour Hillary Clinton, et l’homme appelé à être aux commandes, le 20 janvier
2009, sera John McCain. La victoire paraît assurée si, au contraire, ils se prononcent pour Barack Obama, « ce maigrichon, avec un drôle de nom », ainsi qu’il se définit lui-même.
Les électeurs, eux, ont déjà fait leur choix. Ils sont pour le sénateur de l’Illinois dans leur grande majorité : 54 pour cent, contre 38 pour cent en faveur de la sénatrice de New York, selon un sondage New York Times-CBS News ; 51-39, d’après un Gallup. L’épouse de l’ancien président est condamnée à devoir l’emporter par une très large majorité lors des primaires de l’Ohio et du Texas, mardi prochain. Un objectif difficile à atteindre car il s’agira d’un scrutin à la proportionnelle et d’ailleurs, c’est son adversaire qui mène, pour l’instant, avec une légère avance, il est vrai. L’échec qui se profile à l’horizon explique l’agressivité dont elle fait de plus en plus montre ces derniers temps. Même les calculs savamment élaborés par son état-major ont eu un effet boomerang, ses attaques ayant été interprétées (à juste raison) comme traduisant son désarroi et sa frustration, deux sentiments mal vus dans un pays où il est important de revêtir l’armure du « winner » si on veut espérer l’être.
Il restait donc les coups sous la ceinture. L’un des premiers est venu sous la forme d’une photographie reproduite sur le blog polémique Drudge Report, représentant le candidat noir en habit traditionnel somalien, et coiffe assortie, prise lors d’un voyage à Mogadiscio, en 2006. Couplé avec le rappel systématique de son second prénom (Hussein), ce rappel des origines africaines d’Obama et de son identité musulmane est supposé effaroucher tous ceux qui voient en lui l’homme du changement. Un unificateur aussi, ainsi qu’il se définit lui-même, opposé à la figure la plus contestée du camp démocrate, qui divise plus qu’elle ne rapproche. Avant-hier, l’ex-First Lady n’a pu s’empêcher de décocher encore l’une de ses flèches acérées en direction de son opposant, le qualifiant de « novice qui aurait besoin, s’il était élu, d’un manuel de politique étrangère », un domaine où, comme tout un chacun n’est pas censé l’ignorer, elle a particulièrement brillé… par son absence. Au fil des semaines, l’avantage qu’elle avait pris s’est amenuisé, au point de disparaître, ne lui laissant qu’une légère avance dans les rangs des cinquantenaires du Midwest de race blanche. C’est bien trop mince pour espérer accéder à la Maison-Blanche, cette fois en locataire à plein temps. Même les Hispaniques, cette « garde prétorienne » de Bill Clinton qui les avait courtisés durant les huit années de son double mandat, commencent à être atteints par le virus d’une obamania qui prend des allures de véritable épidémie.
Un malheur n’arrivant jamais seul, McCain n’a pu résister à l’envie d’y aller de sa banderille, donnant à celle qui paraît en avoir besoin une leçon de probité politique. Il a désavoué l’animateur de radio conservateur Bill Cunningham qui avait décrit le candidat démocrate comme étant « un politicard » qui pourrait faire l’objet de poursuites pour des affaires de corruption, une accusation fort mal venue puisqu’elle pourrait s’appliquer à nombre d’hommes politiques qui slaloment dans les sphères sulfureuses de la capitale fédérale. Hillary Rodham, pour sa part, semble avoir les plus grandes peines à se défaire de son image de femme glacée, au sourire figé, trop proche des groupes d’influence pour éprouver quelque sentiment que ce soit, et surtout celui qui porte le doux nom de compassion.
On a tendance à l’oublier : trop de cœur à l’ouvrage tue parfois le cœur.
Christian MERVILLE
PS (qui n’a rien à voir, dirait Delfeil de Ton). – Dans la malencontreuse phrase de Nicolas Sarkozy lancée à la face de l’homme qui ne voulait pas lui serrer la main, on n’a voulu voir qu’une vulgarité mal venue. Je veux y voir l’indice d’une inquiétante impétuosité. Le président français, c’est évident, a foncé, sans voir le piège tendu. L’homme – campé bien en évidence dans la foule, une caméra braquée sur lui dont il ne pouvait ignorer la présence – n’avait qu’à ne pas serrer l’une des deux mains tendues, comme c’est le cas dans un bain de foule. Il a choisi l’injure. Et le chef de l’État a réagi. En hombre. Et l’on se prend à penser, avec quelque inquiétude, à ce qu’il aurait fait à la place de JFK lors de la crise des missiles soviétiques à Cuba…
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les Américains ont une expression, éloquente dans sa concision, pour désigner ce genre d’opération : ils parlent de « smear campaign », ou campagne de calomnies. Un exercice de basse voltige dans lequel leurs politiciens sont passés maîtres. Avec le débat de lundi soir sur le campus de l’université d’État de Cleveland, le duel interdémocrate est entré dans sa phase la plus fangeuse, la plus décisive aussi puisque du choix qui en résultera dépend le nom du futur président. Que les délégués du parti de l’âne optent pour Hillary Clinton, et l’homme appelé à être aux commandes, le 20 janvier
2009, sera John McCain. La victoire paraît assurée si, au contraire, ils se prononcent pour Barack Obama, « ce maigrichon, avec un drôle de nom », ainsi qu’il se définit lui-même.
Les électeurs, eux, ont...