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Actualités - Opinion

Vieillir ensemble. Ou pas

C’est une jolie concomitance de (deux) volets, ça : ce cordon ombilical qui relie l’élection présidentielle au Liban (et donc la réussite de la médiation Moussa) à la tenue, en bonne et due forme, du sommet arabe censé avoir lieu le 29 mars à Damas reste, jusqu’à nouvel ordre, une belle, une inédite surprise. D’ordinaire tellement compassés, sirupeux, frileux, embourbés dans leurs mille et une contradictions, soucieux de mille et une apparences à préserver coûte que coûte – d’ordinaire tellement… orientaux, plusieurs dirigeants arabes, Abdallah ben Abdel-Aziz et Hosni Moubarak en tête, semblent être en train de se transcender. Même prise individuellement ou à deux, au cours de différents entretiens bilatéraux, c’est-à-dire pas encore émanant officiellement de la Ligue arabe, la décision, sa maturation, sa gestation sont impressionnantes, tellement elles tranchent avec ce que l’on connaît des Arabes. Appeler un chat un chat ; demander publiquement à la Syrie de faire pression sur ses alliés libanais, Hezbollah d’abord, bien sûr, afin que Michel Sleimane soit propulsé à Baabda ; faire la tournée des grands et des petits ducs pour que la communauté internationale continue de peser sur le régime baassiste ; multiplier les rencontres interarabes (mais que faire du Qatar et de l’Algérie…) afin d’assurer un boycottage maximal, ou, même, le transfert dans une autre capitale des assises de la Ligue et articuler pratiquement haut et fort cette détermination à bouder très sérieusement le sommet de Damas : voilà des signes joliment annonciateurs d’un changement sinon drastique, du moins tonitruant, dans la conception et l’agencement des relations arabo-syriennes présentes et à venir. Il est indubitable qu’il y aura, en cas de non-élection de Michel Sleimane le 11 mars (et tout porte à croire, naturellement, que cela ne se fera pas), un avant et un après-sommet arabe de 2008 : que ce soit par rapport à cette mise en quarantaine concrète, pour la première fois, d’un pays de la Ligue, ou, conséquence corollaire, au niveau de l’évolution de l’axe syro-iranien – de l’iranisation de la Syrie. Et si ce ne sera pas dans la forme, ce sera certainement dans le fond, quelque chose va changer, bouger, au sein de la Ligue arabe dans les mois à venir. Et comme une bonne nouvelle ne vient pratiquement jamais seule, l’échec du plan arabe devrait nécessairement (urgemment ?) avoir, aussi, des répercussions positives à l’intérieur. Au Liban. Si les pôles du 14 Mars veulent être conséquents avec eux-mêmes et avec ce public qui s’est déplacé en masse, entre autres, pour répondre à leur appel, le 14 février dernier, il est impératif que la majorité rebondisse sur la mort clinique de la médiation Moussa et prenne, à son tour, une initiative – une vraie, une retentissante initiative, 100 % made in Lebanon. Il est vrai que le choix n’est pas très large ; il n’y a plus que deux options puisque la pérennité du statu quo est totalement inacceptable ; sauf qu’il est intéressant, ce choix : élire Michel Sleimane à la majorité simple des voix, ou bien bétonner et blinder le gouvernement Siniora. La première éventualité n’est pas très faisable : elle dépend évidemment de l’acceptation du principal intéressé, mais cette porte (malheureusement) ouverte à tous les débordements, tous les chaos, reste surtout la dernière carte à abattre. C’est la seconde option qui pétille : rien ne doit empêcher la majorité de redistribuer le portefeuille de feu Pierre Gemayel (en laissant les Kataëb désigner son remplaçant) et d’accepter la démission du toujours lahoudien Yaacoub Sarraf (à la place duquel s’installerait un deuxième ministre FL). Surtout que les ministres chiites démissionnaires oscillent entre une insensée schizophrénie et quelques sursauts, toujours bienvenus, de conscience. Le dernier en date, Trad Hamadé, ayant décidé, pour des raisons pour le moins fallacieuses et ambiguës, de conjuguer démission avec expédition des affaires courantes, dans l’intérêt des citoyens. Cette abnégation l’honore sans aucun doute, et il ne devrait trouver aucun inconvénient, ni lui ni ses partenaires au sein du 8 Mars, à ce que la majorité renforce l’action gouvernementale dans l’exact même intérêt des citoyens. Surtout que ce 8 Mars risque d’entrer dans les annales de l’histoire : c’est la seule opposition au monde qui pourrait permettre à la même équipe au pouvoir de passer des années entières en poste. Refuser l’élection de Michel Sleimane, c’est non seulement continuer à vampiriser tous azimuts les institutions, mais c’est surtout hypothéquer toutes les échéances à venir, à commencer par les législatives de 2009. C’est effectivement brillant : reste à voir si le cabinet Siniora battra le record du Parlement de 1972, qui était resté inchangé pendant 20 ans pleins. À l’époque, c’était à cause d’une guerre civile intercommunautaire ; aujourd’hui, c’est aussi à cause d’une guerre civile. Intracommunautaire, et, jusqu’à nouvel ordre, blanche. Ziyad MAKHOUL
C’est une jolie concomitance de (deux) volets, ça : ce cordon ombilical qui relie l’élection présidentielle au Liban (et donc la réussite de la médiation Moussa) à la tenue, en bonne et due forme, du sommet arabe censé avoir lieu le 29 mars à Damas reste, jusqu’à nouvel ordre, une belle, une inédite surprise.
D’ordinaire tellement compassés, sirupeux, frileux, embourbés dans leurs mille et une contradictions, soucieux de mille et une apparences à préserver coûte que coûte – d’ordinaire tellement… orientaux, plusieurs dirigeants arabes, Abdallah ben Abdel-Aziz et Hosni Moubarak en tête, semblent être en train de se transcender. Même prise individuellement ou à deux, au cours de différents entretiens bilatéraux, c’est-à-dire pas encore émanant officiellement de la Ligue arabe, la décision, sa...