Insulter est un art. Certains maîtrisent cet art, d’autres pas. Avec « Casse-toi pauvre con », Nicolas Sarkozy entre assurément dans la seconde catégorie. Le trait est certes concis, mais creux. Du président d’une grande puissance, l’on était en droit d’attendre mieux. Volant au secours du chef de l’État, certains politiciens ont tenté de minimiser l’affaire qualifiant le propos présidentiel de tout au plus de « viril ». Admettons. Il semblerait alors que, lors du Salon de l’agriculture, les neurones présidentiels baignaient dans la testostérone. D’autres proches de l’Élysée ont mis cet écart de langage sur le compte de l’agacement. Argument certes recevable aux vues des derniers sondages d’« impopularité » du président, mais qui n’excuse pas la banalité du propos.
L’erreur de Nicolas Sarkozy aura peut-être été de ne faire que dans la demi-mesure. Pas de micros, pas de caméras – le croyait-il du moins –, et on en profite pour lancer sa flèche. Quitte à faire dans le vulgaire, autant pousser le bouchon, faire feu en public, haut et fort. Autant faire du Poutine, le président qui veut « buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes », qui conseille à un journaliste pas assez révérencieux à son goût « d’aller se faire circoncire » et qui avertit les Américains que l’indépendance du Kosovo va leur « revenir dans la gueule comme un boomerang ».
Historiquement, Napoléon Bonaparte, sous les traits duquel Nicolas Sarkozy est d’ailleurs souvent caricaturé, a lui aussi flirté avec la maîtrise de l’insulte. En 1809, excédé par les trahisons de Talleyrand, Bonaparte lui assénait le célèbre « Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! » Devant l’impassibilité de Talleyrand, il ajoutait : « Vous ne m’aviez pas dit que le duc de San Carlos était l’amant de votre femme ? » Faux pas. Bonaparte tapait sous la ceinture. Faux pas d’autant plus dommageable que face à lui, se trouvait un maître de l’insulte. À la dernière attaque impériale, Talleyand para en effet le coup avec sarcasme : « En effet, sire, je n’avais pas pensé que ce rapport pût intéresser la gloire de Votre Majesté et la mienne. » Avant d’ajouter, en aparté : « Quel dommage qu’un aussi grand homme ait été aussi mal élevé. »
Dans le Panthéon des maîtres de l’insulte figure également en bonne place Jules Renard, qui gratifia un médisant d’une exquise sortie : « Vous ne direz jamais autant de mal de moi que j’en penserais de vous, si je pensais de vous. »
« L’insulte intelligente est la seule insulte », disait Victor Hugo. Nicolas Sarkozy devrait relire ses classiques.
Émilie SUEUR
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« Pauvre con » : le regret de Sarkozy dans la presse a été rajouté par l’Élysée
Le regret exprimé par Nicolas Sarkozy dans la presse, hier, sur l’incident du Salon de l’agriculture, où il a insulté un homme qui l’invectivait, a été rajouté par l’Élysée après l’entretien original, a indiqué hier le directeur adjoint de la rédaction du quotidien Le Parisien. La phrase de Nicolas Sarkozy : « J’aurais mieux fait de ne pas lui répondre » n’a « pas été prononcée devant nos lecteurs » qui ont rencontré le président dans la matinée à l’Élysée pour un Face aux lecteurs, a expliqué Jean-Baptiste de Montvalon sur la chaîne Canal Plus. Mais elle a été rajoutée par l’Élysée tardivement lundi soir, lorsque celui-ci a relu, comme c’est l’habitude en France, l’entretien original, a-t-il expliqué.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Insulter est un art. Certains maîtrisent cet art, d’autres pas. Avec « Casse-toi pauvre con », Nicolas Sarkozy entre assurément dans la seconde catégorie. Le trait est certes concis, mais creux. Du président d’une grande puissance, l’on était en droit d’attendre mieux. Volant au secours du chef de l’État, certains politiciens ont tenté de minimiser l’affaire qualifiant le propos présidentiel de tout au plus de « viril ». Admettons. Il semblerait alors que, lors du Salon de l’agriculture, les neurones présidentiels baignaient dans la testostérone. D’autres proches de l’Élysée ont mis cet écart de langage sur le compte de l’agacement. Argument certes recevable aux vues des derniers sondages d’« impopularité » du président, mais qui n’excuse pas la banalité du propos.
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