À un petit mois du sommet qu’il organise, le régime syrien ne semble toujours pas avoir choisi. Entre assurer la tenue de la rencontre, à travers la présidentielle libanaise. Et continuer à bloquer cette échéance, pour tenter de tirer un profit maximal de son chantage. Les responsables syriens alternent les confidences ou déclarations allant dans un sens ou dans l’autre. Moallem a certes affirmé que la Syrie ne sacrifiera pas ses intérêts, entendre au Liban, pour le sommet. Mais c’était il y a plusieurs jours, à la suite d’un échange de propos acrimonieux avec son homologue saoudien, l’émir Fayçal. Par la suite, soufflant le chaud et le froid, les responsables syriens ont laissé entendre à leurs visiteurs libanais tantôt qu’il fallait garder le même cap de durcissement, et tantôt qu’il était préférable de composer. Peut-être pour rebondir ensuite et tout saboter de nouveau avec l’histoire de la formation d’un cabinet dit d’union.
En tout cas, au stade actuel, les indicateurs restent bien au rouge. C’est-à-dire que Damas n’a télécommandé aucune décrispation, mais recommandé au contraire une escalade des surenchères politiques. Pour aggraver la paralysie qui frappe l’État de droit libanais, via le vide institutionnel ainsi qu’en portant des coups sévères à son ossature sécuritaire de stabilité. Le double but restant de contrer le tribunal international et de récupérer la tutelle.
Sur le papier, souligne un ministre, Assad a établi, dès le retrait de ses troupes, un plan de démolition par le vide et par la déstabilisation sécuritaire, pour ramasser le Liban une fois qu’il serait à terre. Divers épisodes se sont succédé, dont le retrait des ministres, le sit-in, les troubles, les attentats, les assassinats, la fermeture du Parlement. Dans ce cadre, il a été prévu dès le départ qu’il n’y aurait pas de présidentielle avant que le pouvoir ne change de mains. D’où les tentatives de faire sauter Siniora au bénéfice d’un cabinet dit d’union avec tiers de blocage. Ou encore la proposition d’un gouvernement de transition, éventuellement neutre, pour organiser des législatives anticipées. Après quoi la nouvelle majorité, entendre l’opposition actuelle, élirait un président évidemment proche de Damas.
Rivalité
Mais rien n’y a fait, le 14 Mars a tenu bon. En riposte, Assad annonçait de nouveau la couleur en octobre dernier. Il déclarait en effet : « Tout au long de l’histoire, des parties libanaises ont voulu lier leur sort à l’extérieur, exposant ainsi leur pays à tous les vents. Car il se retrouvait de la sorte connecté aux conflits régionaux, son destin dépendant de leur déroulement. Ces confrontations régionales ne vont sans doute pas prendre fin dans un proche avenir. Ce qui signifie que le Liban ne connaîtra pas la stabilité de sitôt. » Traduction : en avant pour la déstabilisation tous azimuts.
De son côté, Chareh affirmait en janvier 2006 que « la lutte va se poursuivre au Liban tant que certains recherchent une tutelle internationale. Il n’est donc pas possible de voir un Liban indépendant et uni prendre corps ». Précisant sa pensée et ciblant l’adversaire, Chareh accusait Ryad d’intervenir contre Damas au Liban. Rajoutant cette délicate attention : « Nous avions envoyé des troupes en 91 pour libérer le Koweït. C’est là une dette que les Saoudiens ont contractée à notre égard et nous ne leur avons jamais réclamé de la rembourser. » Concluant que « les relations avec l’Arabie saoudite se ressentent d’un excès de personnalisation ».
Aujourd’hui encore plus qu’hier, ces relations sont tendues, et c’est la scène libanaise qui s’en ressent. Cependant, les choses peuvent s’arranger à l’occasion du sommet. Pour peu que Damas le veuille, ce qui n’est pas sûr du tout.
Émile KHOURY
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