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Actualités - Opinion

Arrêt sur images

La haine, le mépris, l’entêtement, une même obstination à foncer tout droit vers la catastrophe annoncée. Des rues qui bruissent de rumeurs, qui regorgent de têtes brûlées prêtes à en découdre pour un oui, pour un non ; des cellules de crise, des bureaux politiques qui échafaudent des combats à venir, des plans de défense invraisemblables ; un monde dément qui n’envisage l’avenir que par le feu et l’épée. Bienvenue au pays d’Ubu roi, au pays des illuminés, des fous furieux, où la vie n’est donnée que pour devenir l’antichambre de la mort, où les cimetières sont des passages obligés vers les félicités célestes. Que dire, qu’ajouter à tout ce qui a déjà été dit, à tout ce qui a déjà été écrit ? Que le Liban n’arrête pas de vivre dans le culte de la mort, dans la célébration du martyre, dans le souvenir d’hommes assassinés par des mains occultes ? Une émulation morbide, malsaine où chaque partie fait le décompte de ses pertes en vies humaines, où chaque groupe dresse ses propres martyrologes, des portraits, des stèles, des mausolées brandis, édifiés comme autant de défis, de points marqués contre l’autre, une surenchère effrayante qui met la vie quasiment entre parenthèses. Et en toile de fond, en accompagnement de ces rites sacrificiels, des discours pernicieux qui légitiment, par leurs incitations, leurs accusations, l’élimination, le meurtre de l’autre, cet autre hier partenaire essentiel loué, ménagé, aujourd’hui traître, scélérat, perfide collaborateur de l’ennemi. Que dire, qu’ajouter à ce qui a déjà été dit, déjà écrit ? Que le pays est brisé, cassé, fracturé, écartelé, un démembrement qui ne dit pas son nom, un supplice dont chacun escompte des dividendes, des morceaux de choix, des territoires taillés sur mesure ? Que par un étrange concours de circonstances, le 14 février a reflété cette brisure, un acte flagrant, consenti ou imposé peu importe, répercuté par des dizaines, des centaines de milliers de voix ? Arrêt sur images : Dans les rues, des marées humaines déferlent vers le centre-ville, vers la banlieue sud, deux mondes qui se côtoient, qui s’ignorent, deux mondes qui se tournent le dos, qui défendent des valeurs antagonistes. Qui a tort, qui a raison ? Où se trouve donc l’État juste, l’État arbitre ? Pris en otage, pardi ! Des administrations qui tournent au ralenti, quand elles n’hibernent pas, des ministères qui ne fonctionnent qu’au gré des états d’âme de leurs titulaires boudeurs, des députés qui font le pied de grue devant un Parlement fermé à double tour dont le patron s’amuse, depuis des mois, à jouer la fille de l’air ! Arrêt sur images : La nuit tombe sur Beyrouth, le venin a été craché tout au long de la journée : traîtres, criminels, agents stipendiés, c’est au choix. La nuit tombe sur Beyrouth et les voyous affûtent déjà leurs armes. Allez voir du côté de Basta, de Ras el-Nabeh, de Barbour, allez voir du côté des quartiers mixtes où chiites et sunnites ont de tout temps vécu en bonne entente. Les voyous y ont élu domicile, terrorisent tous les soirs les habitants, creusent les sillons de guerres fratricides, une guérilla urbaine au quotidien avec son lot de magasins saccagés, de voitures brûlées et une population qui vit la peur au ventre. Qui manipule qui ? Qui tire les ficelles ? Promis, juré, ce n’est pas nous, clament, en chœur, les mêmes bonzes qui ont distillé leur poison tout au long de la journée. S’en mordront-ils les doigts quand l’irréversible aura été commis, quand tout aura été trop tard ? Il y a lieu d’en douter : les chefs ne se trompent jamais. Arrêt sur images : La terre tremble, des familles entières, au Liban-Sud, campent en plein air, l’angoisse au cœur. Et si les prédictions se réalisaient, si un séisme destructeur venait à tout emporter ? Si, un jour, la nature se décidait à nous ramener à nos justes proportions, des fétus de paille face au déchaînement des éléments, une égalisation dans le malheur, que pensez-vous qu’il adviendra ? Les mêmes bonzes qui nous phagocytent, nous annihilent, poursuivront leurs sinistres prestations sur nos cadavres, sur les ruines de leurs fantasmes, les mêmes criminels commettront de nouveaux forfaits, puisant dans le désastre de meilleures raisons pour continuer leurs vains combats. Des chefs, des « références nationales » qui riront de nos misères le jour où l’étincelle aura mis le feu aux poudres. Nagib AOUN
La haine, le mépris, l’entêtement, une même obstination à foncer tout droit vers la catastrophe annoncée. Des rues qui bruissent de rumeurs, qui regorgent de têtes brûlées prêtes à en découdre pour un oui, pour un non ; des cellules de crise, des bureaux politiques qui échafaudent des combats à venir, des plans de défense invraisemblables ; un monde dément qui n’envisage l’avenir que par le feu et l’épée.
Bienvenue au pays d’Ubu roi, au pays des illuminés, des fous furieux, où la vie n’est donnée que pour devenir l’antichambre de la mort, où les cimetières sont des passages obligés vers les félicités célestes.
Que dire, qu’ajouter à tout ce qui a déjà été dit, à tout ce qui a déjà été écrit ? Que le Liban n’arrête pas de vivre dans le culte de la mort, dans la célébration du...