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Actualités - Opinion

LE POINT L’autre Nouveau Monde

Élections, que d’inepties on peut proférer en votre nom… La dernière en date, on la doit à Hillary Clinton, à la veille des primaires du Potomac. « Cette campagne est difficile, je le reconnais. Mais il est bon d’avoir un tel problème », a-t-elle dit devant un parterre de femmes noires à Washington qui n’en sont toujours pas revenues. Mais dans les situations difficiles, il faut savoir faire feu de tout bois et transformer les défaites en autant de victoires. Eh oui, force est de le reconnaître, ces derniers jours n’ont pas été particulièrement heureux pour la sénatrice de New York. Elle a perdu d’affilée huit consultations et vu le nombre de personnes présentes à ses meetings fondre comme neige au soleil. Côté finances, les contributeurs ne donnent pas l’impression d’être aussi généreux que par le passé au point qu’elle a dû puiser dans sa cassette personnelle pour combler un trou de 5 millions de dollars. Plus grave : il y a quatre jours, elle décidait de se séparer de Patti Solis Doyle, sa directrice de campagne – aussitôt remplacée par Maggie Williams – puis, quarante-huit heures plus tard, de l’adjoint de celle-ci, Mike Henry, coupable de lui avoir conseillé de renoncer à concourir dans l’Iowa, le 4 janvier dernier. Désastreux pour le moral des troupes, le changement d’attelage en pleine course. En face, Barack Obama affiche une insolente santé. Il vient d’enlever les États du Maryland et de la Virginie ainsi que la capitale fédérale, prenant pour la première fois le lead devant son adversaire. Une triple victoire d’autant plus significative que le sénateur de l’Illinois a obtenu, il fallait s’y attendre, 88 à 89 pour cent des votes noirs mais aussi ceux d’une majorité de Blancs et d’indépendants qui formaient jusque-là le gros des troupes clintoniennes. À l’évidence, l’appel au changement passe bien, au point qu’un homme a lancé à l’adresse des journalistes, à sa sortie de l’isoloir : « Je viens de voter pour le prochain président des États-Unis. » On n’en est pas encore là, il s’en faut. Mais de plus en plus la compétition au sein du Parti démocrate prend des allures de pré-présidentielle à deux dans laquelle l’ancienne First Lady est loin d’avoir le vent en poupe. L’épouse du prédécesseur de George W. Bush à la Maison-Blanche a cherché à atténuer la portée de la désastreuse décade qu’elle vient de vivre, donnant à entendre qu’elle se consacrait à la prochaine phase, appelée à se dérouler dans l’Ohio, le Texas, le Vermont et Rhode Island, le 4 mars, qui seront suivis par la Pennsylvanie, le 22 avril. Au sein de son équipe, des voix se sont élevées pour estimer qu’il sera alors trop tard, qu’en tout état de cause l’erreur aura été de considérer que la partie serait jouée dès le 5 février, lors du Super Tuesday, enfin que l’élan pris par Obama est devenu quasi irrésistible car les partisans qui, c’est connu, volent au-devant de la victoire, vont désormais se tourner vers lui. Ceux-là ont interprété comme un premier signe de faiblesse la main tendue à l’ancien candidat John Edwards, un geste resté sans conséquence réelle puisque l’ex-colistier de John Kerry à la présidentielle de 2004 s’apprête à rencontrer aussi l’autre candidat. Tout porte à croire que l’écart qui a commencé à se creuser est appelé à s’élargir le 19 février, date du « caucus » de Hawaii, une citadelle imprenable où Obama est né, et du Wisconsin que son escarcelle s’apprête, selon toute probabilité, à accueillir. Dans l’autre camp, John McCain poursuit son bonhomme de chemin, moins affecté que ne semblent le croire les médias par la présence du pasteur-guitariste Mike Huckabee, héros des chrétiens évangéliques, difficilement battu mardi mais grand perdant quand même, les républicains ayant opté pour le principe du « winner takes all ». Il lui reste à convaincre l’aile conservatrice, mission facile aussitôt qu’il aura achevé de déblayer le terrain, en faisant pour cela les concessions nécessaires. Déjà l’arithmétique électorale lui est favorable, avec un total de 797 délégués contre 242 à son adversaire. Ce n’est pas suffisant pour l’emporter lors de la convention du Grand Old Party ; c’est déjà assez pour faire réfléchir les ultras et infléchir le choix des derniers hésitants. Obama-McCain, une affiche de rêve pour beaucoup d’Américains, du jamais-vu depuis vingt-huit ans : la jeunesse contre l’âge, la volonté de changement contre l’expérience, deux conceptions diamétralement opposées de la mission impartie par la Providence, l’homme de la rue en est convaincu, à l’unique superpuissance mondiale. On pourrait multiplier à l’infini l’énumération des contrastes avec, au bout du compte cette image frappante : la nouvelle majorité opposée à l’ancienne caste. Et cette perspective qui affole déjà les états-majors des deux grands partis : en 2050, les Wasp formeront une minorité, face aux Hispaniques, aux Noirs, aux Asiatiques. Christian MERVILLE
Élections, que d’inepties on peut proférer en votre nom… La dernière en date, on la doit à Hillary Clinton, à la veille des primaires du Potomac. « Cette campagne est difficile, je le reconnais. Mais il est bon d’avoir un tel problème », a-t-elle dit devant un parterre de femmes noires à Washington qui n’en sont toujours pas revenues. Mais dans les situations difficiles, il faut savoir faire feu de tout bois et transformer les défaites en autant de victoires. Eh oui, force est de le reconnaître, ces derniers jours n’ont pas été particulièrement heureux pour la sénatrice de New York. Elle a perdu d’affilée huit consultations et vu le nombre de personnes présentes à ses meetings fondre comme neige au soleil. Côté finances, les contributeurs ne donnent pas l’impression d’être aussi généreux que par le...