L’autruche elle-même se moquerait de nous : on s’étripe sur des chiffres, on se crêpe les cheveux à défaut du chignon, on s’insulte pour des vétilles… et la machine infernale continue son œuvre macabre, broie ce qui reste de décence, de simple bon sens.
Pauvre Amr Moussa empêtré dans des comptes, des calculs de boutiquier, entraîné dans le vacarme assourdissant d’analyses bêtes et méchantes brandies comme autant d’arguments convaincants. Un bêtisier devenu sport national qui lui fait prendre ses jambes à son cou à chacune de ses missions.
Pauvre diplomatie française confrontée à des réalités locales qui feraient perdre raison à Descartes, piégée par un double langage qui a propulsé le Quai d’Orsay sur une voie rapide et l’Élysée sur un chemin de traverse.
Dans les deux cas, un même résultat : des balbutiements, des reculades et des mea-culpa camouflés.
L’autruche elle-même se moquerait de nous, mais également l’ordonnateur de nos malheurs, le cerveau malade qui planifie, ourdit, exécute assassinats et attentats terroristes, les sous-traitants de la conspiration du silence, une omerta qu’on veut nous imposer à coups de voitures piégées, de balles mortelles.
Et pourtant les choses sont claires comme l’eau de roche, une eau qui nous vient directement du Barada et dans laquelle se sont noyées jusqu’à présent toutes les missions de bonne ou de mauvaise volonté.
Qu’on ne s’y trompe pas, qu’on ne s’y méprenne surtout pas : au Liban, l’arbre cache toujours la forêt et les dits ne sont que la face trompeuse d’une vérité bien tapie dans les non-dits.
Querelles ubuesques, ridicules, sur le partage du gâteau, sur la répartition des quotes-parts : tiers de blocage, tiers de garantie, 10-10-10, 13-10-7, 11-10-9. Kouchner y a perdu son latin et Moussa son arabe. Une perte de temps et de crédibilité alors que le jeu infernal se livre ailleurs.
Chronologie des étapes du crime : implosion du gouvernement, séquestration du centre-ville, verrouillage du Parlement, kidnapping de la présidence et, en finale, la méprisable guéguerre lancée contre Bkerké, le piège flagrant tendu à l’armée, le tout accompagné de messages explosifs, meurtriers, sanguinolents.
Questions à une livre : à qui profite le crime ? Qui a intérêt à voir le vide institutionnel s’installer, se perpétuer au Liban, à prouver à la communauté internationale que sans lui, sans sa bienveillante assistance, c’est le chaos garanti ?
Qui a intérêt à diluer dans l’oubli le crime originel, celui du 14 février 2005 ? Qui a une peur bleue d’un tribunal international qui maintiendra, de longs mois durant, des années durant, une épée de Damoclès au-dessus de sa tête ?
Qui se livre à des marchandages de vendeur de tapis, un bazar à ciel fermé où le Liban ne sert plus que de monnaie d’échange, un donnant-donnant que ne renierait pas le plus futé des mafiosi ?
Qui jouit de la complicité, de la protection de « l’ennemi historique » qu’il voue tous les jours aux gémonies, mais qu’il se dépêche de tranquilliser, les mêmes jours, par des messages envoyés en sous-main ?
Suivez mon regard : il n’est pas besoin de jumelles pour identifier, pour débusquer l’imposteur. Sa meilleure arme, son argument massue : l’épouvantail islamiste. « Moi parti, moi disparu, c’est la voie ouverte aux intégristes, à une rupture du statu quo sur le front avec Israël. » Et ça marche… et le bâton cède la place à la carotte, à la diplomatie du sourire mielleux et des bonnes manières.
Souriez Gibbs : entre-temps, à Gaza, le Hamas dame le pion à l’Autorité palestinienne et le Hezbollah, au Liban, multiplie les pieds de nez à l’adresse de l’État, promet à ses partisans de nouvelles « victoires divines ». La Syrie, elle, applaudit à tout rompre… Israël aussi, deux larrons en foire dansant en chœur sur les débris d’un projet national avorté, sur les décombres d’un pays ravagé par des guerres successives.
Pauvres démocraties occidentales dénudées, sans moyens face au cynisme de régimes pourris passés maîtres dans l’art du chantage, dans la pratique de la manipulation.
Infortunée Organisation des Nations unies qui voit ses résolutions régulièrement bafouées, ses appels à la raison méprisés par les mêmes régimes voyous.
Mais rassurons-nous : qu’il s’agisse de la Ligue arabe, de l’ONU ou de l’Union européenne, de Moubarak, des deux Abdallah, de Bush, Sarkozy et tutti quanti, tous ont promis de ne jamais nous lâcher, tous ont promis de ne jamais nous abandonner à notre sort.
Cela dure depuis 1975 : il est des amours qui restent irrémédiablement stériles.
Nagib AOUN
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Pauvre Amr Moussa empêtré dans des comptes, des calculs de boutiquier, entraîné dans le vacarme assourdissant d’analyses bêtes et méchantes brandies comme autant d’arguments convaincants. Un bêtisier devenu sport national qui lui fait prendre ses jambes à son cou à chacune de ses missions.
Pauvre diplomatie française confrontée à des réalités locales qui feraient perdre raison à Descartes, piégée par un double langage qui a propulsé le Quai d’Orsay sur une voie rapide et l’Élysée sur un chemin de traverse.
Dans les deux cas, un même...