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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Armes d’érosion massive

Une armée régulière est-elle censée se justifier face à chaque critique, à chaque insinuation ou franche accusation émanant de medias partisans ou de personnages politiques ? Est-elle vraiment tenue de rendre coup pour coup, un peu à la manière d’un Émile Lahoud meublant son reliquat de mandat présidentiel de répliques à ses détracteurs ? Comment diable, en revanche, la Grande Muette pourrait-elle ignorer ou feindre d’ignorer les intenses barrages d’artillerie dont elle est soudain devenue l’objet de même que son commandant ? Son silence ne risquerait-il pas alors de passer pour un signe de faiblesse, pour un aveu de gêne, sinon de culpabilité ? Tel est l’épineux dilemme auquel se trouve confronté, depuis quelque temps, le général Michel Sleimane, déchiré entre le souci de promouvoir, par le dialogue et la conciliation, sa candidature consensuelle à la magistrature suprême et celui, non moins impérieux, de défendre l’honneur et la dignité, mais aussi l’unité, la cohésion et la sécurité de la troupe. D’autant plus délicate et ardue est la tâche que les artilleurs d’en face ne répugnent guère à faire feu de tout bois même s’ils usent surtout, en ce moment, de deux méthodes de tir différentes. De deux types de munitions. Le tir direct a du moins le trouble mérite d’annoncer clairement la couleur. Et les sanglants incidents de dimanche dernier dans la banlieue sud-est de Beyrouth n’auront été que la triste occasion de voir se confirmer en toutes lettres le peu d’enthousiasme manifesté dès le premier instant par l’opposition pour la candidature Sleimane. Pour s’être refusé au statut de simple réceptionnaire des exigences et conditions souvent rédhibitoires du 8 Mars, le général suscitait déjà des réserves que ne parvenait guère à camoufler le ralliement de rigueur au principe d’un consensus. Que le sang ait coulé ce dimanche-là ne pouvait que susciter des torrents de salive révélatrice : le commandant doit des explications, sinon des excuses ; quant au consensus, il a probablement vécu... Considérablement plus pervers toutefois sont les tirs du second type, car ils n’ont pas pour cible la seule personne de Michel Sleimane, mais en réalité, et bien que leurs auteurs s’en défendent, l’institution militaire tout entière. Il n’existe aucune sorte de contentieux avec l’armée, nous assurent ainsi ces spécialistes de l’intoxication. Le seul problème, veulent-ils faire accroire, ce sont tous ces officiers déloyaux et œuvrant pour le compte de forces occultes qui ont délibérément fait tirer sur une foule de manifestants pacifiques : lesquels, à en croire ces tonitruants et irresponsables orateurs, n’avaient fait en somme qu’incendier quelques pneus sur la chaussée, qu’attaquer les soldats à coups de pierres, que chercher à leur arracher leurs armes individuelles et à arraisonner leurs blindés ! D’autant plus choquante est cette accusation de félonie que les meneurs, agitateurs et provocateurs continuent de trouver refuge dans des sanctuaires bien connus. D’autant plus pernicieuse est surtout cette même accusation qu’elle propage dans tous les sens, et à tous les niveaux, les vapeurs mortelles de la suspicion. Parler en effet d’officiers échappant à l’autorité de leur commandement, c’est d’abord accuser de négligence – ou carrément alors d’incapacité – ce même commandement, que l’on assure respecter par ailleurs. C’est ensuite dénier d’avance à l’armée toute gestion crédible du dossier sécuritaire, aussi longtemps qu’elle n’aura pas entrepris d’épurer ses rangs : exigence des plus rassurantes quand on sait la menace de recours permanent à la rue brandie par l’opposition. Reste le plus grave : poser de la sorte le problème des doubles obédiences au sein de la hiérarchie militaire – et cela dans un pays où les tensions intercommunautaires ont largement dépassé la cote d’alerte –, c’est appeler, en retour, des interrogations, des mises en question du même genre. C’est donner le dernier coup de pioche dans la seule institution libanaise encore debout. Issa GORAIEB
Une armée régulière est-elle censée se justifier face à chaque critique, à chaque insinuation ou franche accusation émanant de medias partisans ou de personnages politiques ? Est-elle vraiment tenue de rendre coup pour coup, un peu à la manière d’un Émile Lahoud meublant son reliquat de mandat présidentiel de répliques à ses détracteurs ?

Comment diable, en revanche, la Grande Muette pourrait-elle ignorer ou feindre d’ignorer les intenses barrages d’artillerie dont elle est soudain devenue l’objet de même que son commandant ? Son silence ne risquerait-il pas alors de passer pour un signe de faiblesse, pour un aveu de gêne, sinon de culpabilité ?

Tel est l’épineux dilemme auquel se trouve confronté, depuis quelque temps, le général Michel Sleimane, déchiré entre le souci de promouvoir, par le...