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Les enfants oubliés du Liban

Le jour se lève à peine, mais Ibrahim Khodr Arja est déjà au travail, les mains et le visage noirs de suie. Cet enfant de huit ans, comme des milliers d’autres au Liban, a abandonné l’école pour aider sa famille, rapporte Jocelyne Zablit dans un reportage de l’AFP. Dans le quartier de Bab el-Tebbané, à Tripoli, la plupart des garages ou des métallurgistes emploient des enfants. Dans un pays frappé par une grave crise économique, au moins 100 000 enfants, soit 1 sur 10 âgés de moins de 18 ans, travaillent, selon des chiffres officiels. Ils sont pour la plupart employés dans le secteur agricole ou comme mécaniciens. « La tranche qui va de 10 à 15 ans est la plus affectée, explique Nabil Watfa de l’Organisation internationale du travail à Beyrouth. Mais des enfants d’à peine 8 ans sont aussi obligés de travailler. » « En majorité des garçons, ils manipulent des produits chimiques dans les garages, les ateliers de métallurgie, la menuiserie et dans les fermes où ils sont exposés aux pesticides », ajoute M. Watfa. Généralement issus de familles pauvres et nombreuses des régions du Akkar et de Tripoli (Nord) ou du sud du Liban, ils ont dû quitter l’école publique où les conditions sont effroyables et les enfants sont livrés à eux-mêmes. Moustafa Yassine, 13 ans, a commencé il y a un an comme apprenti mécanicien. Il gagne 10 dollars par semaine, pour 10 heures de labeur, six jours sur sept. « Je ne suis pas fait pour aller à l’école, je préfère apprendre un métier pour aider ma famille et peut-être un jour ouvrir mon propre garage », explique timidement Moustafa, qui travaille lui aussi à Bab el-Tebbané. « Nous allons dans ces écoles qui ressemblent à des prisons et de nombreux enfants sont renvoyés ou abandonnent les cours parce que personne ne s’occupe d’eux », souligne Rabih Saifeddine Danach, 25 ans. Il travaille dans le garage de son père depuis l’âge de 15 ans. Son frère Ahmad, 14 ans, a travaillé comme forgeron pendant un an avant de rejoindre l’entreprise familiale. « Je travaille sept jours et mon père me donne 20 dollars par semaine, dit-il. Mais quand je serai grand et que j’aurai des enfants, je voudrais que mes enfants aillent à l’école, parce que c’est la seule chose qui vaille. » Iman Nouwayhid, professeur à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), a mené une étude sur la main-d’œuvre enfantine au Liban et conclu que les produits chimiques qu’ils manipulent affectent leur développement neurologique. « Les enfants qui sont exposés aux produits chimiques et aux dissolvants souvent utilisés pour dégraisser des pièces de voitures ou des outils réagissent moins bien que les enfants scolarisés », dit-il. Selon M. Watfa, bien que le Liban ait signé en 2001 la convention sur le travail des enfants de l’Organisation internationale du travail, il a été incapable de l’appliquer par manque de moyens. « À peine 91 inspecteurs s’efforcent d’appliquer les lois du travail sur tout le territoire libanais », fait remarquer Naha Challita, chef du département de la main-d’œuvre enfantine au ministère du Travail. « Nous essayons de dire aux gens que les enfants ont des droits, mais cela ne fait pas partie de leur mentalité », souligne la ministre des Affaires sociales Nayla Moawad. « Nous avons enregistré des progrès, mais nous avons des failles dans notre législation, de même que des problèmes s’agissant de la sensibilisation du public ». Selon des membres des services sociaux, si l’État ne s’attaque pas sérieusement à ce problème, de nombreux enfants peuvent être la cible de groupes extrémistes réputés pour recruter dans les milieux pauvres. « On prive ces enfants de leurs droits les plus élémentaires », insiste Fatima Odaymat, de la Fondation René Mouawad. « Nous constatons que les abus sexuels et physiques sont aussi devenus un problème important. Nous sommes en train de créer une nouvelle génération d’enfants qui ne connaissent aucune valeur et aucune limite », s’alarme-t-elle.
Le jour se lève à peine, mais Ibrahim Khodr Arja est déjà au travail, les mains et le visage noirs de suie. Cet enfant de huit ans, comme des milliers d’autres au Liban, a abandonné l’école pour aider sa famille, rapporte Jocelyne Zablit dans un reportage de l’AFP.
Dans le quartier de Bab el-Tebbané, à Tripoli, la plupart des garages ou des métallurgistes emploient des enfants.
Dans un pays frappé par une grave crise économique, au moins 100 000 enfants, soit 1 sur 10 âgés de moins de 18 ans, travaillent, selon des chiffres officiels. Ils sont pour la plupart employés dans le secteur agricole ou comme mécaniciens.
« La tranche qui va de 10 à 15 ans est la plus affectée, explique Nabil Watfa de l’Organisation internationale du travail à Beyrouth. Mais des enfants d’à peine 8 ans sont aussi obligés de...