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Actualités - Opinion

Le point L’ombre du Kosovo

Les Serbes n’aiment pas les doubles voies, estimant sans doute qu’entre l’une et l’autre, ils risqueraient de perdre leur âme. L’erreur majeure du radical Tomislav Nikolic aura consisté à proposer, s’il venait à être élu, de lorgner en direction à la fois de la Russie et de l’Union européenne, ce qui, on en conviendra, aurait posé un sérieux problème de strabisme politique mais aussi économique. Aussi ses concitoyens ont-ils opté pour la solution la moins compliquée, proposée par le président sortant Boris Tadic. Ce sera donc le rêve des 27, un choix salué d’inélégante manière par José Manuel Barroso, qui y a vu « une victoire de la démocratie ». Comme si une défaite de l’actuel chef de l’État aurait sonné le glas de toutes les libertés. Certes dans le camp adverse, si l’on affichait des préférences marquées pour l’ancien protecteur, et même pour la lointaine Chine, on ne manquait pas non plus une occasion de souligner son engagement en faveur du Vieux Continent. Entre les deux hommes, par ailleurs unis dans une même opposition à l’indépendance du Kosovo, reste une différence de taille concernant le sort des criminels de guerre de l’ère Milosevic – comme Radovan Karadzic et Ratko Mladic –, le président élu s’engageant à hâter les recherches pour les retrouver, son adversaire se montrant plutôt disposé à une mansuétude que les moines Cyrille et Méthode auraient vue d’un œil favorable. Soucieuse de voir la campagne électorale prendre une tournure favorable à son partisan le plus acharné, l’UE n’avait pas hésité, une semaine avant le deuxième tour de scrutin, à jeter tout son poids dans la balance et à appeler les Serbes à « oublier leur passé nationaliste » pour se tourner résolument vers l’avenir. Le conseil, semble-t-il, a été suivi, même si l’écart entre les deux prétendants à la magistrature suprême est minime, même si la décision finale a dû se jouer à l’occasion d’un deuxième tour très serré, même si au premier tour c’est Nikolic – le numéro deux de Milosevic dans les années 1998-1999, au plus fort d’un pilonnage par l’artillerie atlantique qui avait duré 78 jours… – qui caracolait en tête. Au coup de pouce européen, sans doute faudrait-il ajouter le fait que tout au long des semaines passées, n’a cessé de planer sur la campagne, comme une redoutable épée de Damoclès, l’ombre de Vojislav Seselj, le chef du Parti radical, actuellement jugé à La Haye. Deux casseroles, c’est au moins une de trop, et Nikolic a dû se résoudre à voir le poste lui échapper pour la quatrième fois, puisqu’il avait déjà échoué lors de la finale de 2004. Il a été lâché dimanche par les concurrents malheureux lors du premier tour, qui se sont prononcés tous en faveur du président sortant. Il restera à celui-ci à cueillir les premiers fruits (européens) de sa victoire. Pour peu que tout se passe suivant un scénario soigneusement élaboré, Belgrade devra signer dans quarante-huit heures avec l’UE un accord intérimaire prévoyant divers avantages : dialogue politique, libéralisation des visas, coopération en matière d’enseignement, etc. Suivra un accord d’association et de stabilisation qui constituera un pas ultime vers l’adhésion au grand pacte atlantique dans la décennie à venir. Entre-temps, il faudra, pour le prochain gouvernement, régler le problème du Kosovo, une enclave administrée depuis 1999 par les Nations unies et dont l’indépendance, qui semble inéluctable, représenterait un arrachement pour les 10 millions de Serbes et un drame pour leurs concitoyens (ils sont près de 120 000) restés dans la province après plusieurs vagues d’exodes. C’est que cette région, albanophone à 88 pour cent, passe pour être le berceau de leur culture, de leur religion et surtout de leur identité nationale. Le plan Ahtisaari, du nom de l’envoyé social onusien, élaboré en avril dernier, prévoit une période transitoire de 120 jours suivant la proclamation de l’indépendance pour élaborer une Constitution et une législation protégeant les droits de la minorité serbe. Cette dernière promesse paraît bien vague et plutôt incomplète si l’on songe qu’il existe aussi des groupes turcs, tziganes et croates qui attendent d’être fixés sur leur sort. Un scénario catastrophe veut que, dès l’officialisation de la partition, tout ce monde-là proclamera son autonomie, barricades à l’appui pour délimiter les nouvelles frontières, malgré tous les efforts des 16 000 Casques bleus présents sur le terrain. Les plus optimistes, mais ils ne sont pas nombreux, veulent croire que l’on n’en viendra pas à de telles extrémités, pour peu que l’organisation internationale manœuvre avec doigté. Et pourvu que Moscou sache freiner ses ardeurs slaves. À ce jour, Vladimir Poutine a su accorder la priorité à son grandiose projet d’oléoduc de plusieurs milliards de dollars, passant par la Serbie et censé alimenter l’Europe. Et destiné aussi à accroître la dépendance énergétique du continent à l’égard de la Russie. Ce qui revient à constater que ce qui est bon pour Gazprom… Christian MERVILLE
Les Serbes n’aiment pas les doubles voies, estimant sans doute qu’entre l’une et l’autre, ils risqueraient de perdre leur âme. L’erreur majeure du radical Tomislav Nikolic aura consisté à proposer, s’il venait à être élu, de lorgner en direction à la fois de la Russie et de l’Union européenne, ce qui, on en conviendra, aurait posé un sérieux problème de strabisme politique mais aussi économique. Aussi ses concitoyens ont-ils opté pour la solution la moins compliquée, proposée par le président sortant Boris Tadic. Ce sera donc le rêve des 27, un choix salué d’inélégante manière par José Manuel Barroso, qui y a vu « une victoire de la démocratie ». Comme si une défaite de l’actuel chef de l’État aurait sonné le glas de toutes les libertés.
Certes dans le camp adverse, si l’on affichait...