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Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Lutte antiterroriste : les Américains devraient lire Sun Tzu

La stratégie antiterroriste américaine néglige trop souvent, dans sa lutte contre el-Qaëda, le précepte du légendaire chef de guerre chinois Sun Tzu : « Connais ton ennemi », regrettent des experts. Par méconnaissance de l’adversaire, ignorance de sa nature, de ses buts, de ses forces et de ses faiblesses, elle se condamne à l’échec, assurent-ils. Pour Bruce Hoffman, l’un des meilleurs spécialistes américains, professeur à la Georgetown University de Washington, « les efforts de l’armée et des services de renseignements américains ne visent presque uniquement qu’à éliminer des chefs militants ou à protéger les forces US, pas à comprendre l’ennemi ». « C’est une erreur monumentale : non seulement parce que les stratégies de décapitation ont rarement marché pour contrer la mobilisation terroriste ou les insurrections, mais aussi parce la capacité d’el-Qaëda à continuer la lutte est fondée sur sa capacité à attirer de nouvelles recrues ». « Faute de connaître notre ennemi (...) nous nous privons de la base même d’une stratégie antiterroriste efficace, celle qui permet de prévenir les attaques », ajoute-t-il. En utilisant l’appellation « membre d’el-Qaëda » à tort et à travers, en Irak ou ailleurs, pour qualifier des suspects arrêtés ou des hommes en armes tués, les forces américaines ou occidentales créent et entretiennent une confusion dont elles sont, en fait, les premières victimes, préviennent ces experts. Ainsi, le Français Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po et auteur du livre Les frontières du jihad, assure que « le décompte des cadavres comme critère d’efficacité, c’est un peu comme Guantanamo : on fait du chiffre, on mélange des membres, voire des cadres d’el-Qaëda avec des gens qui ont vaguement quelque chose à voir avec el-Qaëda, ou alors rien du tout, ou carrément des civils ». « Et à ce moment là, les frappes aériennes et les éliminations physiques non seulement ne servent à rien, mais sont aussi contre-productives. Elles intensifient le recrutement au lieu d’affaiblir l’organisation. » « Le problème, ajoute-t-il, c’est la tendance de toutes les administrations ou organisations à quantifier » pour « montrer qu’on progresse, qu’on liquide... » Le « décompte des cadavres » (« body count ») est un piège tendu par el-Qaëda dans lequel les États-Unis « sont tombés », estime pour sa part Fawaz Gerges, chercheur américain d’origine libanaise, spécialiste des relations internationales et du Moyen-Orient au Sarah Lawrence College de New York. « On ne peut pas remporter cette guerre sur le champ de bataille, car il n’existe pas. Plus vous utilisez la force militaire, plus vous perdez la guerre des idées et de la propagande contre el-Qaëda ». « En Irak, notamment, nous sommes tombés dans le piège, avons fourni à Ben Laden des munitions idéologiques. Aujourd’hui le sentiment chez les musulmans du monde entier, un sentiment très ancré, c’est que la guerre en Irak n’est pas menée contre el-Qaëda mais contre l’islam. » Selon M. Gerges, toutefois, la prise de conscience a commencé « même au sein de l’Administration américaine » et « il y a une nouvelle appréciation selon laquelle la guerre de Bush contre el-Qaëda n’a pas été seulement inefficace, mais contre-productive ». Dans son fameux traité L’art de la guerre, écrit au Ve siècle avant J.-C., le général chinois Sun Tzu écrivait : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales. Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. » Michel MOUTOT/AFP
La stratégie antiterroriste américaine néglige trop souvent, dans sa lutte contre el-Qaëda, le précepte du légendaire chef de guerre chinois Sun Tzu : « Connais ton ennemi », regrettent des experts. Par méconnaissance de l’adversaire, ignorance de sa nature, de ses buts, de ses forces et de ses faiblesses, elle se condamne à l’échec, assurent-ils.
Pour Bruce Hoffman, l’un des meilleurs spécialistes américains, professeur à la Georgetown University de Washington, « les efforts de l’armée et des services de renseignements américains ne visent presque uniquement qu’à éliminer des chefs militants ou à protéger les forces US, pas à comprendre l’ennemi ». « C’est une erreur monumentale : non seulement parce que les stratégies de décapitation ont rarement marché pour contrer la mobilisation terroriste...