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Actualités - Opinion

Les lecteurs ont voix au chapitre

Les restes du jour de l’An Premier janvier. Sept heures du matin. Beyrouth somnole. Les cœurs sont encore en fête, saouls de quelques heures d’insouciance volées au temps qui passe et aux angoisses d’un quotidien branlant… Les ruelles de la ville sont désertes, à l’ombre des beaux quartiers. Toute frêle, la soixantaine cassée, elle rase les murs en scrutant l’horizon, un sac en plastique vide au bout des doigts. Arrivée près d’une grande benne, elle jette des regards inquiets aux alentours puis s’enfonce prestement dans les déchets, avide et affolée, retirant énergiquement quelques infimes trésors d’une soirée où des restes prodigues s’amoncellent sur le trottoir. En un clin d’œil, elle disparaît, son maigre butin contre son cœur. Digne et fière, elle a faim, elle a soif, dans la plus totale des indifférences. Comme beaucoup d’autres d’ailleurs dans ce pays où l’on continue justement à occulter l’essentiel… « Honte à un pays où la dignité humaine est malmenée. » (Gibran Khalil Gibran) Parlons-en, des dignités, des droits de l’homme, du principe d’égalité, des libertés, de l’éducation, de la santé, du minimum vital, du respect de l’autre dans sa différence… Parlons-en ! Il y a tellement de révolutions sociales et culturelles à entreprendre dans ce pays, et nous sommes occupés quotidiennement à nous entretuer politiquement et publiquement. Tous ces jeunes, rentrés pour les vacances, ne vous ont-ils pas raconté l’extraordinaire essor économique et social des pays arabes frères alors que nous pataugeons à la traîne, stagnant, l’esprit torturé, bornés, clinquant sous vide… ? 2008 est là ! Il est temps de nous réveiller, de vider nos sacs- poubelle et de tout nettoyer. Maintenant. May SALHA Lettre d’un émigré Je suis émigré, depuis plus de 30 ans, loin de mon pays natal et loin des miens à cause de cette guerre entre les différentes factions au pouvoir au Liban. Je suis écœuré par ce qui se passe dans ce pauvre pays à cause des ingérences étrangères et du comportement de leurs partisans, écœuré par la politique qui impose le martyre aux citoyens. À quand l’entente entre tous les fils de mon pays qui prétendent tous le défendre pour le sauver de l’abîme qui l’attend au tournant ? J’espère que ce pauvre Liban réussira un jour, grâce à la bonne volonté de certains, à sortir la tête hors de l’eau et retrouvera sa dignité, son indépendance et sa liberté. À quand la prise de conscience des irresponsables et à quand leur prétendue appartenance à cette terre ? J’espère que c’est pour bientôt, ce Liban libre et digne de ce qu’il a toujours mérité d’être : une terre d’entente et d’accueil. Antoine BOUEZ Que mange-t-on ? Que mange-t-on ? Une question que se pose chaque Libanais à cause du taux de mortalité assez élevé, dû au cancer ou à un arrêt cardiaque touchant plusieurs tranches d’âge de notre société. Un seul conseil, vous dit-on : manger bio. Tout d’abord manger bio veut dire manger des aliments sains, produits le plus naturellement possible, et non pas empoisonnés chimiquement. Mais où trouver ces produits ? Nos supermarchés regorgent d’une variété de viande de bétail nourri à partir de plantes transgéniques – maïs ou soja. Et si la France, grâce à l’altermondialiste José Bové, a pu suspendre la culture du maïs MON810, la question du contrôle ne se pose même pas chez nos responsables, préoccupés et mobilisés par la politique. Tout est donc permis « importatable », sans considération du pays d’origine On trouve, à titre d’exemple, de plus en plus des fraises quatre saisons qui ne pourrissent plus, des melons, mais qui mûrissent ainsi moins vite, et enfin des tomates et des concombres qui se conservent mieux. Fini le temps du boucher du quartier qui vous fournissait la viande saine une ou deux fois par semaine, les légumes et fruits qu’on cueillait frais à chaque saison. Même nos fèves avaient un autre goût et n’étaient pas dans des boîtes de conserve. Plus choquant enfin, ces émissions télévisées qui, elles aussi, vous proposent des traitements à base de plantes avec des trucages de photos de cas guéris. Revenons aux sources et retenons ce fameux proverbe allemand : « Mieux vaut un paysan en bonne santé qu’un empereur malade. » Nazira A. SABBAGHA NDLR Dans le nombreux courrier que nous recevons quotidiennement, certaines lettres comportent des passages qui seraient difficilement publiables. Pour cette raison, et aussi afin de faire paraître le plus grand nombre possible de lettres, le journal se réserve le droit de n’en reproduire que les parties les plus significatives et d’en rectifier certains termes désobligeants. En outre, chaque missive doit comporter la signature (nom et prénom) de son auteur. Les lecteurs, nous en sommes certains, le comprendront, ce dont nous les remercions par avance.


Les restes du jour de l’An


Premier janvier. Sept heures du matin. Beyrouth somnole. Les cœurs sont encore en fête, saouls de quelques heures d’insouciance volées au temps qui passe et aux angoisses d’un quotidien branlant… Les ruelles de la ville sont désertes, à l’ombre des beaux quartiers. Toute frêle, la soixantaine cassée, elle rase les murs en scrutant l’horizon, un sac en plastique vide au bout des doigts. Arrivée près d’une grande benne, elle jette des regards inquiets aux alentours puis s’enfonce prestement dans les déchets, avide et affolée, retirant énergiquement quelques infimes trésors d’une soirée où des restes prodigues s’amoncellent sur le trottoir. En un clin d’œil, elle disparaît, son maigre butin contre son cœur. Digne et fière, elle a faim, elle a soif, dans la plus...