L’élection du président de la République aura-t-elle enfin lieu lors de la prochaine séance parlementaire prévue à cette fin ? C’est la question majeure qui continue de tarauder les Libanais, qui n’ont toujours pas obtenu de réponses, notamment au lendemain de la dernière réunion ministérielle arabe laquelle n’a pas réussi à trancher le dilemme autour de l’interprétation de l’initiative arabe.
L’opinion attendait en outre des ministres arabes des Affaires étrangères qu’ils dissocient entre le processus de l’élection du chef de l’État – en l’occurrence le général Michel Sleimane – de la question de l’entente préalable sur la composition du gouvernement, de manière à désarmer ceux qui cherchent à faire obstruction en leur retirant le prétexte des divergences autour de la composition du prochain gouvernement.
Dans ce contexte, les émeutes meurtrières de Chiyah se sont révélées être une rude épreuve visant à compromettre l’institution militaire dont la résistance aux manifestants a été perçue par un camp politique donné comme une entorse de cette institution à ses devoirs et responsabilités. L’extension du conflit à plusieurs régions libanaises et son amplification devaientt être, dans cette optique, un début de discorde et de conflit civil, désormais brandis comme un épouvantail devant les Libanais. Des incidents qui ont fini par remettre en question l’unanimité suscitée autour de la candidature du commandant en chef de l’armée, sérieusement compromise aujourd’hui.
C’est ce qui fera dire d’ailleurs à un ancien responsable que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ferait mieux de ne plus perdre son temps en relançant les négociations, avec les différents protagonistes libanais. Selon lui, le médiateur arabe devrait plutôt traiter le mal à la source, en ouvrant directement des négociations avec les responsables syriens qui ont ardemment défendu, lors de la réunion ministérielle arabe, la position de leurs alliés locaux. Et ce faisant, et au cas où M. Moussa parviendrait à obtenir des Syriens leur accord sur la nécessité de séparer l’échéance présidentielle de la formation du gouvernement, le médiateur arabe aurait mis Damas au pied du mur, l’obligeant à jouer cartes sur table et à révéler au grand jour sa véritable position. Ainsi, la Syrie devra démontrer si effectivement, elle soutient la candidature du chef de l’armée, ou si au contraire, elle persiste dans sa politique de fuite en avant. Cherchant à gagner du temps, Damas pourrait ainsi rouvrir la porte devant la valse des noms des candidats potentiels, réitérant ainsi le scénario du désaccord autour des personnalités présidentiables.
Si toutefois la Syrie devait persister dans son refus en insistant sur la concomitance de l’entente sur l’élection du président et le gouvernement, il restera à savoir si Amr Moussa réussira à s’entendre avec elle sur les quotas de représentation au sein de l’Exécutif, ces derniers étant à l’origine de la formule 10 + 10 + 10, qui devait se substituer au tiers de blocage.
Évoquant la mise en garde exprimée par le secrétaire général de la Ligue arabe au cas où l’élection de Michel Sleimane n’aurait pas lieu, les milieux politiques s’interrogent sur les moyens auxquels pourraient recourir Amr Moussa en se demandant s’il s’agit de faire porter, publiquement, la responsabilité de l’échec à la Syrie, de boycotter le sommet arabe à Damas, voire d’envisager une éventuelle réduction de la représentation diplomatique arabe en Syrie, de voter des sanctions économiques à son encontre ou encore d’ « internationaliser » le dossier de la crise libanaise. Autant de menaces dont Damas fait absolument fi, du fait, d’une part, des profondes divisions au sein de la Ligue arabe, et d’autre part, du droit de veto sur lequel elle pourrait compter si le dossier libanais venait à passer aux mains de la communauté internationale.
Émile KHOURY
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L’opinion attendait en outre des ministres arabes des Affaires étrangères qu’ils dissocient entre le processus de l’élection du chef de l’État – en l’occurrence le général Michel Sleimane – de la question de l’entente préalable sur la composition du gouvernement, de manière à désarmer ceux qui cherchent à faire obstruction en leur retirant le prétexte des divergences autour de la composition du...