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Actualités - Opinion

LE POINT Sortie de piste

Manque de chance, mauvais timing. Choisir de s’adresser à la nation le jour même où l’attention est braquée sur les primaires républicaines en Floride, et sur les retombées du tonitruant appui apporté par le sénateur Ted Kennedy et sa nièce Caroline à Barack Obama dans la course à la présidence aura constitué une erreur de calcul propre à faire rater sa sortie à un dirigeant autrement plus charismatique que l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Car c’était censé constituer un message d’adieu, ce discours sur l’état de l’Union, le dernier de son double mandat, lu lundi soir par George W. Bush. Passe encore si, pour cette ultime harangue à l’adresse de la nation, il avait eu à proposer quelque grandiose projet propre à enflammer les esprits, une formule à la Lincoln ou à la Roosevelt. Hélas, en ces temps où les dirigeants vendent de la camelote au tiers-monde et des paroles vides de sens à leurs concitoyens, le 43e président américain n’a rien trouvé de mieux que d’enfourcher son dada favori : son combat pour, dit-il, la démocratie et contre le terrorisme. Donner un souffle nouveau à la sécurité sociale, instaurer une législation cohérente pour contrôler l’immigration clandestine, repenser le système fiscal ? Tout cela attendra le successeur. Pour les mois qui restent du présent mandat, l’Américain moyen a eu droit à l’engagement solennel, et combien exaltant, que priorité sera donnée, dans le recrutement de fonctionnaires, aux épouses des vétérans de l’armée et que de maigres exonérations seront consenties à certaines catégories de citoyens. On ne s’étonnera pas dès lors que le passage le plus applaudi de l’intervention comportait cette petite phrase lourde de sens : « Nous avons du travail inachevé devant nous et le peuple s’attend à nous voir l’accomplir. » Mission quelque peu difficile quand il ne vous reste que moins de onze mois et qu’en face, un Congrès à majorité démocrate multiplie les chausse-trappes, un œil sur le calendrier électoral et l’autre sur les progrès promis – et jamais réalisés – dans le bras de fer engagé avec les « États voyous ». Ainsi, des 53 minutes du message, une infime partie a été consacrée à l’économie, le reste ayant servi à un plaidoyer pro domo dans lequel l’Irak et, un peu moins, l’Afghanistan ont eu la part du lion. On en retiendra que des résultats, « inimaginables il y a un an », ont été accomplis, que quelques maigres milliers d’hommes de troupe seront rapatriés dans les mois à venir, mais qu’en tout état de cause, il ne saurait être question d’un désengagement précipité « qui déboucherait sur une nette détérioration de la sécurité ». Et répéter que les hommes d’el-Qaëda sont en fuite ou sur le point d’être arrêtés n’a convaincu personne au moment où l’on assiste sur le terrain à une recrudescence des attentats, à Bagdad mais surtout à Mossoul, devenue le centre névralgique des opérations de la guérilla urbaine des hommes d’Oussama Ben Laden. En somme, piètre bilan pour un homme qui avait mené campagne en l’an 2000 sur le thème essentiel de l’« ABC » (« Anything but Clinton », tout sauf Clinton) et qui, moins de huit ans après, consacre la majeure partie de son temps à régler les problèmes posés par le nucléaire nord-coréen, quand ce n’est pas l’iranien, et par le processus de paix israélo-arabe arabo-israélien. Le résultat ? Une désespérante stabilité – à peine 35 pour cent – dans les sondages, rendant plus ardue encore la tâche qui attend le candidat du Grand Old Party lors de l’élection de novembre prochain. « Un discours modeste, pour des objectifs modestes » : ce jugement porté par David Gergen, ancien conseiller de Ronald Reagan et de Bill Clinton, résume l’opinion de la majeure partie des Américains qui auraient voulu entendre des propos susceptibles de les sortir de la morosité dans laquelle, jour après jour, ils s’enfoncent, victimes de la crise à rebondissements des « subprimes », d’une inflation menaçante et de la flambée des cours mondiaux des matières premières. On a beau leur répéter que la récession ne frappe pas aux portes et qu’au pire des cas, il s’agit d’une simple « période d’incertitude » sans lendemain, ils paraissent de plus en plus enclins à croire qu’il n’en est rien et qu’au contraire, le spectre de la grande dépression des années trente est aux portes. Un sentiment nourri par l’aveu d’Alan Greenspan à l’hebdomadaire Die Zeit. La Réserve fédérale ne pourra rien faire pour sauver notre économie car les influences mondiales sont aujourd’hui plus fortes que presque n’importe quelle réponse monétaire ou budgétaire, vient de décréter l’ancien patron du tout-puissant organisme de régulation. Article II, paragraphe 3 de la Constitution US : « De temps à autre, il (le président) fournira au Congrès des informations sur l’état de l’Union, et lui soumettra pour approbation les mesures qu’il jugera nécessaires et convenables. » Après le décevant message de lundi dernier, l’honorable aréopage devra attendre... Christian MERVILLE
Manque de chance, mauvais timing. Choisir de s’adresser à la nation le jour même où l’attention est braquée sur les primaires républicaines en Floride, et sur les retombées du tonitruant appui apporté par le sénateur Ted Kennedy et sa nièce Caroline à Barack Obama dans la course à la présidence aura constitué une erreur de calcul propre à faire rater sa sortie à un dirigeant autrement plus charismatique que l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Car c’était censé constituer un message d’adieu, ce discours sur l’état de l’Union, le dernier de son double mandat, lu lundi soir par George W. Bush. Passe encore si, pour cette ultime harangue à l’adresse de la nation, il avait eu à proposer quelque grandiose projet propre à enflammer les esprits, une formule à la Lincoln ou à la Roosevelt. Hélas, en...