Qui sème le vent récolte la tempête. Qu’en serait-il alors quand ce n’est pas le vent que l’on a semé à longueur d’année mais des ouragans de contestation ; quand on s’est appliqué à attiser les haines, à mobiliser les foules, à multiplier mises en garde et menaces ; quand on n’a cessé, tout ce temps-là, d’agiter le spectre d’un recours à la rue ?
Dresser ce triste constat, ce n’est certes pas tenter de justifier l’injustifiable : à savoir la mort de six jeunes Libanais, tous chiites, lors des incidents de dimanche dernier dans la banlieue sud-est de Beyrouth. Qui, des soldats débordés, de tireurs embusqués sur les toits ou d’agents provocateurs infiltrés dans la foule, a tiré sur les manifestants, c’est ce que devraient déterminer les investigations ordonnées séance tenante. En attendant, demeure cette simple et terrible certitude : d’aucuns n’ont rien appris de ces sanglants faits divers qui, l’échauffement des esprits aidant, peuvent conduire tout droit à la guerre civile. Ceux-là se font un point d’honneur de danser sur le volcan, ils ne peuvent emprunter d’autre itinéraire politique que celui qui longe le bord du gouffre ; c’est le pays tout entier, et non leur seule et auguste personne, qu’ils risquent d’y entraîner pourtant.
Ce n’était pas la première fois, ce dimanche-là, que l’on manifestait contre la pénurie de courant électrique. Et ce n’était pas la première fois qu’était étalée toute l’absurdité de la situation présente : un rationnement qui n’épargne en vérité aucune région libanaise, qui est le fruit d’une gestion catastrophique doublée de prévarications éclaboussant nombre de parties politiques, y compris certaines des plus tonitruantes aujourd’hui ; une contestation culminant paradoxalement dans certains de ces quartiers protégés par les armes, érigés en État dans l’État et où les encaisseurs de l’Électricité du Liban ne sont guère davantage admis que les patrouilles de police ; des réserves inépuisables de pneus à enflammer, des actes de vandalisme, des jets de pierres sur les passants comme sur les forces de l’ordre, comme cela s’est déjà vu en d’autres démonstrations ; et pour couronner le tout, un tandem Hezbollah-Amal, maître incontesté du terrain, mais se disant absolument étranger à ce mouvement de protestation prétendument spontané, pacifique et démocratique.
Deux commissions d’enquête officielles déjà à l’œuvre ? Ce n’est pas encore assez, même si sont identifiés les auteurs des tirs meurtriers de dimanche comme le souhaite l’opinion publique dans son ensemble. Car l’opinion tient à savoir qui exactement a jugé bon de jeter des populations dans la rue par un jour de repos et de fermeture quasi totale, si ce n’est à seule fin d’offrir un inquiétant spectacle aux ministres arabes des AE réunis au même moment au Caire pour débattre de la crise libanaise. Elle veut savoir, l’opinion, qui a incité les manifestants à franchir, rien moins que paisiblement, cette funeste, cette persistante frontière psychologique et démographique qu’est la route bordant Chiyah et Aïn el-Remmaneh.
Elle est en droit de savoir surtout, l’opinion, pourquoi on s’échine de la sorte à imposer à l’armée régulière test sur test, épreuve sur épreuve, si ce n’est en vue de discréditer, au moindre faux pas, son commandant ; de candidat de consensus à la présidence de la République (un consensus concédé du bout des lèvres seulement, il est vrai, par l’opposition) le général Michel Sleimane se retrouve soudain en suspect sinon en accusé, il est soumis à la question, objet d’insinuations malveillantes. Sciemment ou non, les manipulateurs auront peut-être même fait d’une pierre deux généraux : l’épisode d’Aïn el-Remmaneh n’est pas pour optimiser en effet les chances électorales du candidat de cœur de l’opposition, Michel Aoun ; et au vu de tous les obstacles barrant la voie de l’élection, il ne peut plus faire de doute que le véritable candidat de la Syrie et de ses alliés est Son Excellence le vide.
Sciemment ou non la Ligue arabe, à son tour, vient de démontrer son impuissance viscérale à trancher les conflits entre États membres sans déroger à cette sacro-sainte règle d’unanimité qui sert de paravent aux faux-fuyants, aux compromissions, aux dénis de justice. Oublié en effet, sous l’effet des pressions syriennes et du trouble jeu auquel se livre le riche émirat du Qatar, le règlement en trois volets consécutifs préconisé il y a une semaine seulement, et qui accordait la priorité au scrutin présidentiel. Et remise en honneur, malgré toutes les mésaventures passées, la médiation d’Amr Moussa.
Le Liban victime des querelles entre Arabes ? On a inventé mieux depuis : c’est les retrouvailles sur le dos des faibles.
Issa GORAIEB
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Dresser ce triste constat, ce n’est certes pas tenter de justifier l’injustifiable : à savoir la mort de six jeunes Libanais, tous chiites, lors des incidents de dimanche dernier dans la banlieue sud-est de Beyrouth. Qui, des soldats débordés, de tireurs embusqués sur les toits ou d’agents provocateurs infiltrés dans la foule, a tiré sur les manifestants, c’est ce que devraient déterminer les investigations ordonnées séance tenante. En attendant,...