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Un peu plus de... L’effet Jane

Elle a douze, treize ans. Elle vient de s’acheter le 45 tours Quoi de Jane Birkin. Chaque quatre minutes trente, elle se lève, remet l’aiguille sur le sillon et réentend avec joie et peine la voix fragile de Jane se poser sur les mots de Serge. Elle a dix-sept, dix-huit ans, Gainsbourg est parti vers d’autres cieux. Elle pleure. Elle ne l’aura jamais vu sur scène Gainsbarre. Elle a trente-quatre, trente-cinq ans, il est 22h00, Jane est là, au milieu de 400 personnes et elle entonne « Quoi ? D’notre amour fou ne resterait que des cendres… » et soudain, elle a douze ans à nouveau. Une adolescente assise face à une icône. Vingt-deux ans plus tard. L’aiguille grésille à nouveau dans cette chambre où sont collés les posters de Jane, de Serge et de Sade. « Di doo dah », c’est l’effet Jane, la magie Jane. Celle qui a pris les spectateurs dimanche dernier, quand elle s’est assise, chantant des morceaux rares, comme Manon, Le moi et le je ou L’aquaboniste. Cet instant de grâce qui a suspendu le temps. Ce temps sordide dans lequel sont plongés les Libanais et qui, l’espace d’un moment, ont vu Gainsbourg planer au-dessus du Music-Hall… Dehors, tout le monde était ému. Jane était là, entre nous. Elle a chanté Fuir le bonheur… ! Une fan attitude à peine dévoilée… On a tous été adolescents un jour… Mais des adolescents ce soir, s’il y en avait beaucoup dans le cœur, il n’y en avait pas beaucoup dans la salle. Les jeunes de douze, treize ans, aujourd’hui, rêvent de Tiesto, de Van Dyke ou d’Oakenfold. Des DJ. Des soirées qui commencent à 1h00 du matin dans une ambiance moite mais pas sensuelle, survoltée mais pas déchaînée. Peu ou presque pas d’ados dans la salle. Pourtant, ces ados-là vont parfois entendre Roch Voisine (cherchez l’horreur) ou applaudir Garou. Chez Jane, il y avait très peu de jeunes jeunes. Il y avait surtout des moins jeunes. Moins jeunes que qui ? Si Jane n’a pas chanté Je t’aime… moi non plus, La décadanse ou 69, année érotique, elle ne reste pas moins une égérie sexuelle et sensuelle. « Lolita go home » ! Eh oui, Jane B., 62 ans, mère de trois filles et grand-mère plusieurs fois, est mille fois plus audacieuse et espiègle que n’importe quelle petite minette d’aujourd’hui. Il y a quarante ans, Jane et Serge ont hérissé les poils d’un grand nombre de gens bien-pensants et resteront à jamais les interprètes les plus sulfureux, non pas de l’époque, mais de la chanson… Rien de mieux n’aura été pondu depuis. Et ce ne sont sûrement pas les espèces de crétins à deux balles (je n’ai même pas retenu leur nom), qui chantaient Façon sexe, qui pourraient espérer concourir dans la catégorie chanson suggestive. Moins jeunes que qui donc ? Enfin… Pas beaucoup de jeunes donc pour voir l’ex-fan des sixties nous caresser de sa voix fragile. Et c’est bien dommage. C’est bien dommage pour eux. Juste parce que des artistes comme ça, on ne les rencontre pas tous les jours. La prochaine fois, on embarque tout le monde. Les petits cousins, les neveux, les nièces, les jeunes… et les derniers moins jeunes. Il « vaut mieux en rire que d’être obligé d’en pleurer ».
Elle a douze, treize ans. Elle vient de s’acheter le 45 tours Quoi de Jane Birkin. Chaque quatre minutes trente, elle se lève, remet l’aiguille sur le sillon et réentend avec joie et peine la voix fragile de Jane se poser sur les mots de Serge. Elle a dix-sept, dix-huit ans, Gainsbourg est parti vers d’autres cieux. Elle pleure. Elle ne l’aura jamais vu sur scène Gainsbarre. Elle a trente-quatre, trente-cinq ans, il est 22h00, Jane est là, au milieu de 400 personnes et elle entonne « Quoi ? D’notre amour fou ne resterait que des cendres… » et soudain, elle a douze ans à nouveau. Une adolescente assise face à une icône. Vingt-deux ans plus tard. L’aiguille grésille à nouveau dans cette chambre où sont collés les posters de Jane, de Serge et de Sade. « Di doo dah », c’est l’effet Jane, la magie Jane. Celle...