Les bonnes intentions du président de la Chambre, Nabih Berry, ne semblent pas devoir se concrétiser de sitôt. Il a beau affirmer vouloir organiser une nouvelle rencontre de dialogue entre les représentants de la majorité et ceux de l’opposition, pour poursuivre la dynamique initiée par le secrétaire général de la Ligue arabe, une telle réunion ne semble pas prévue dans un proche avenir. Selon une source proche de l’opposition, l’expérience des deux précédentes rencontres n’a été concluante que sur un seul point : la majorité n’a pas l’intention de conclure un accord. Selon cette source, la première rencontre, qui avait eu lieu au Parlement entre le général Aoun d’une part et le président Gemayel ainsi que Saad Hariri d’autre part, en présence de Amr Moussa, avait duré trois heures et demie sans aboutir à un résultat concret.
La source de l’opposition explique que toute la logique de la majorité visait à faire assumer à l’autre camp la responsabilité de l’échec du plan arabe. Comme Michel Aoun insistait sur la revendication du tiers de garantie au sein du gouvernement, le secrétaire général de la Ligue arabe avait alors proposé la formule suivante : au lieu de réclamer ce tiers, obtenez la garantie de la part de la majorité que toutes les décisions importantes seront prises à l’unanimité, dans un engagement solennel. Selon M. Moussa, cette formule serait plus efficace et permettrait de surmonter l’écueil du tiers de blocage. Le général Aoun aurait alors demandé un délai pour consulter ses alliés. Ce qui a aussitôt poussé la majorité à dire qu’il ne bénéficiait pas d’un mandat total de la part de l’opposition, omettant de préciser, selon la même source, que les représentants de la majorité n’avaient pas non plus donné leur aval à cette proposition.
Amr Moussa parti, c’est le directeur de son cabinet Hicham Youssef qui a pris la relève, invitant les représentants de la majorité et de l’opposition à une réunion tardive samedi soir au Parlement. Cette réunion, qui a regroupé Gebran Bassil pour l’opposition, Hani Hammoud et Sélim Sayegh pour la majorité, n’a pas duré plus d’une demi-heure. Selon la source de l’opposition, les représentants de la majorité ont commencé par affirmer qu’ils sont venus pour entendre la réponse du général Aoun à la proposition du secrétaire général de la Ligue, refusant eux-mêmes de se prononcer ou même de discuter des questions en suspens. La source proche de l’opposition précise que Bassil a bien expliqué que cette proposition repose sur un climat de confiance car si son camp l’accepte et l’autre camp ne s’y conforme pas, quel moyen aura l’opposition pour obtenir gain de cause ? La même source ajoute qu’à ce moment-là, les représentants de la majorité se sont empressés de demander au directeur de cabinet du secrétaire général de la Ligue de noter dans son procès-verbal, que l’opposition a rejeté la proposition, sans donner eux-mêmes leur opinion sur la question, comme si une seule partie était en cause...
Le représentant de l’opposition, affirme la même source, a alors tenté d’évoquer la question de la future loi électorale, mais les représentants de la majorité ont refusé d’en parler, se contentant de répéter ce qui avait été dit au cours de la précédente réunion entre Aoun, Gemayel et Hariri, à savoir l’acceptation par la majorité « du principe du caza », sans vouloir entrer dans les détails. Le chef du CPL avait bien essayé de les pousser à être plus précis, notamment pour Beyrouth, en demandant ce qui serait prévu pour la capitale, mais ses deux interlocuteurs s’étaient contentés de rester dans les généralités.
Face à ce refus de discuter, la seconde réunion avait été rapidement levée et les parties s’étaient séparées non pas sur un froid, mais avec le sentiment que l’heure de l’accord n’avait pas encore sonné. La source proche de l’opposition affirme que c’est surtout vrai pour la majorité, qui a saisi le message lancé par le président américain George Bush au cours de sa tournée dans la région, lorsqu’il avait appelé le monde entier à appuyer le gouvernement Siniora. En d’autres termes, il s’agissait de montrer que la priorité de l’Administration américaine était là et qu’il ne fallait donc pas chercher à aboutir à un accord.
Face à cette impasse, la seule perspective de solution peut venir de la prochaine réunion des ministres arabes des AE, le 27 janvier. Si ces ministres choisissent de préciser leur initiative, dans un sens ou dans l’autre, la situation politique pourrait bouger. Sinon, l’opposition cherchera des moyens pour faire pression sur le gouvernement sans mettre en danger la paix civile et la sécurité du pays. Selon cette source, la décision de recourir à la rue n’a pas encore été prise et dépend de plusieurs facteurs, dont l’attitude de la majorité et celle des ministres arabes. Mais la même source estime que ces ministres ne pousseront pas à une escalade au Liban et préfèrent garder le dossier libanais entre les mains de Amr Moussa. C’est la raison pour laquelle ce dernier aurait refusé de déclarer que sa mission avait échoué, laissant encore une lueur d’espoir quant à une éventuelle reprise du dialogue interne. Mais de là à s’attendre à une percée significative, il y a encore, selon cette même source, bien du chemin à faire.
Scarlett HADDAD
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