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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Un partenariat à sens unique Michel TOUMA

La partie visible de l’iceberg… C’est ainsi que l’on peut schématiser l’une des principales revendications de l’opposition du 8 Mars : la « participation » aux prises de décision ou (en termes plus enjolivés) le « partenariat » dans l’exercice du pouvoir exécutif. Ce qui devrait se traduire, dans la pratique, par l’octroi de la minorité de blocage au Hezbollah et à ses alliés au sein du prochain gouvernement. Une telle doléance peut séduire les esprits libéraux et cartésiens, et pourrait paraître conforme, en première analyse, à la nature pluraliste et communautariste du système politique libanais. Sauf qu’elle cache en toute vraisemblance, et d’une manière insidieuse, des non-dits qui constitueraient, s’ils se confirmaient, une menace véritable pour les fondements du pacte national. Dans le discours qu’il a prononcé samedi, lors de la commémoration de la Achoura, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a réitéré ce que les dirigeants du parti chiite ne cessent de souligner, à savoir que dans un pays pluraliste tel que le Liban, la règle de la majorité ne saurait prévaloir et en conséquence, les grandes décisions, notamment d’ordre stratégique, ne devraient être prises que sur une base consensuelle. Le 8 Mars concrétise ce principe par le slogan « Non au monopole du pouvoir ». Le problème toutefois est qu’en la matière, le Hezbollah dit la chose et son contraire. Dans le même discours de samedi, Hassan Nasrallah affirme en effet que son parti, soutenu sans doute par ses parrains régionaux, « changera la face de la région et le cours de l’histoire » dans cette partie du monde si Israël attaque le Liban. Une menace qu’il a déjà brandie à plus d’une reprise et qui s’inscrit dans le prolongement de l’obstination du parti chiite à conserver jalousement son arsenal militaire et à refuser toute idée d’intégration de sa milice aux institutions militaires étatiques, sous quelque forme que ce soit. En clair, le Hezbollah affirme que la nature du système politique et du tissu social libanais lui donne un droit de regard et de veto pour les grandes orientations de la politique de l’État. Mais dans le même temps, pour LA principale décision stratégique qui hypothèque de longues années durant le sort du pays, à savoir la décision de guerre et de paix, il insiste à s’imposer comme seul et unique décideur, allant jusqu’à envisager de se lancer dans des aventures guerrières dépassant largement le cadre et le contexte libanais. Et il crie à la trahison lorsque ce droit qu’il s’octroie manu militari, contre la volonté des autres composantes nationales, est contesté ou discuté. C’est ainsi un « partenariat » sélectif, à sens unique, que le Hezbollah prône pour l’exercice du pouvoir. Cette totale incohérence cache mal en réalité d’autres desseins qui constituent la partie invisible de l’iceberg. Ce n’est sûrement pas pour des dossiers tels que la privatisation, la politique économique, le développement intégré des régions périphériques et le fonctionnement des services publics que le Hezbollah réclame la participation. Hassan Nasrallah l’a d’ailleurs explicitement souligné dans son allocution de samedi en précisant que si l’opposition décide de descendre dans la rue, elle ne le fera pas sous le couvert de la crise sociale mais pour brandir des slogans fondamentalement politiques. En parcourant la littérature politique du Hezbollah et se basant aussi sur les déclarations de dirigeants iraniens, dont celles de l’ayatollah Ali Khamenei, il n’est pas difficile de cerner l’objectif premier affiché par le parti chiite : combattre les États-Unis, et l’Occident en général, sur la scène libanaise, comme l’avait d’ailleurs déclaré publiquement le guide suprême de la révolution iranienne. Que le Hezbollah cherche à obtenir la minorité de blocage afin que le Liban ne soit pas l’une des pièces maîtresses du bras de fer entre Washington et Téhéran, cela pourrait être concevable et compréhensible, à la condition toutefois que l’on se place dans une logique de neutralité en matière de politique étrangère. Cela signifie que parallèlement à un non-engagement dans la politique US de « containment » vis-à-vis de Téhéran, le Liban devrait, de manière concomitante, être déconnecté définitivement et réellement de l’axe syro-iranien. Une manière de retourner au principe de la « double négation » qui était à la base du pacte de 1943 et qui n’avait pas abouti aux résultats escomptés parce qu’il n’avait pas été respecté, dès le départ, par la partie musulmane, comme l’ont démontré, notamment, l’expérience nassérienne et la montée en puissance de l’OLP au Liban dans les années 70, sans compter évidemment l’alignement total et inconditionnel du Hezbollah sur la République islamique de Khomeyni, à partir du milieu des années 80. En l’absence d’une politique de neutralité clairement définie, il est à craindre ainsi que le partenariat réclamé par le parti chiite n’ait pour but en réalité, dans une première étape, de bloquer et de vider de son essence tout soutien de l’ONU et de la communauté internationale au processus de remise sur pied d’un Liban politiquement indépendant et souverain – dans l’esprit de la révolution du Cèdre –, l’objectif ultérieur étant de réintroduire le Liban dans l’orbite irano-syrienne. Une détermination à obtenir un simple non-engagement dans la stratégie américaine régionale ou, plutôt, une volonté de réinsérer le Liban dans le giron de l’axe Téhéran-Damas ? Le Hezbollah se doit de dévoiler sans détour ses desseins sur ce plan afin que l’on puisse s’assurer que la participation qu’il réclame dans les prises de décision ne cache pas une velléité d’imposer un « partenariat » à sens unique. Et le plus grave serait qu’une telle tentative de diktat camouflé – grâce, malheureusement, à des complicités en milieux chrétiens – ne se limite pas aux orientations de la politique étrangère, mais qu’elle s’étende, par la suite, à l’imposition de valeurs socioculturelles qui saperaient la raison d’être du pays du Cèdre. Les dirigeants du Hezbollah ont réclamé ces derniers jours l’obtention de « garanties » pour l’opposition dans le cadre d’un règlement global de la crise actuelle. Les garanties, ce sont en fait les autres composantes nationales – plus particulièrement chrétiennes – qui devraient les obtenir afin que le Liban ne risque pas de changer un jour de visage sous l’effet du chantage des armes.
La partie visible de l’iceberg… C’est ainsi que l’on peut schématiser l’une des principales revendications de l’opposition du 8 Mars : la « participation » aux prises de décision ou (en termes plus enjolivés) le « partenariat » dans l’exercice du pouvoir exécutif. Ce qui devrait se traduire, dans la pratique, par l’octroi de la minorité de blocage au Hezbollah et à ses alliés au sein du prochain gouvernement. Une telle doléance peut séduire les esprits libéraux et cartésiens, et pourrait paraître conforme, en première analyse, à la nature pluraliste et communautariste du système politique libanais. Sauf qu’elle cache en toute vraisemblance, et d’une manière insidieuse, des non-dits qui constitueraient, s’ils se confirmaient, une menace véritable pour les fondements du pacte national.
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