C’est une petite fenêtre qui s’est ouverte jeudi avec la réunion de plus de trois heures entre le général Michel Aoun, représentant l’opposition, et Saad Hariri et le président Amine Gemayel représentant la majorité. Mais rien ne permet encore de croire que la séance électorale de lundi se tiendra à la date prévue. Des sources proches de l’opposition estiment que la tenue même de cette rencontre est un événement en soi, surtout après une longue période de rupture totale entre les deux parties et après des semaines de déclarations souvent violentes. Les mêmes sources précisent que la mise en scène de cette rencontre est déjà une formule de compromis. Alors que l’idée de la rencontre avait été lancée par le général Aoun au cours de la précédente visite du secrétaire général de la Ligue arabe, celle-ci avait buté sur le nombre et l’identité des participants. Le chef du CPL la souhaitait tripartite (lui-même, Hariri et Moussa) alors que la majorité la préférait élargie. Ce fut donc une formule entre les deux qui a été adoptée, avec deux représentants pour la majorité au lieu d’un. Pour les sources proches de l’opposition, l’élément positif, c’est que la majorité est revenue sur son précédent refus de dialoguer avec le général Aoun en sa qualité de représentant de l’opposition. Mais selon les mêmes sources, elle a tenu à la présence du président Amine Gemayel, d’abord pour qu’il y ait un représentant des chrétiens du 14 Mars à cette rencontre et ensuite pour que ce dernier puisse discuter avec le représentant de l’opposition de pied à pied, en tant que leader chrétien, sur des questions qui touchent d’abord la communauté chrétienne. D’ailleurs, selon les mêmes sources de l’opposition, au cours des discussions, dès que les questions touchaient directement les chrétiens, c’était le président Gemayel qui prenait la parole au nom de la majorité, montrant un véritable souci de la part du chef du Courant du futur de ne pas avoir l’air de décider à la place des chrétiens.
Les sources proches de l’opposition affirment que les discussions n’ont pas permis d’opérer une véritable percée dans le dossier politique, même s’il y a eu des échanges globalement positifs et courtois qui ont permis de provoquer un dégel dans les relations entre les deux camps.
Toutefois, les mêmes sources ajoutent avoir eu le sentiment que la majorité ne souhaitait pas une entente globale, son principal souci étant d’aboutir à la l’élection d’un nouveau président avant tout et sans aller plus loin. Mais comme le général Aoun insistait sur un accord global, conformément à la lecture faite par l’opposition du plan arabe, la discussion a failli tourner court, n’était l’habileté du secrétaire général de la Ligue arabe qui a aussitôt suggéré aux protagonistes de passer au point relatif à la loi électorale, peut-être plus simple à évoquer, ce qui ferait planer un climat d’entente sur les débats. Les deux parties ont accepté la suggestion et l’opposition a rappelé que, pour elle, la loi électorale la plus équitable consistait dans l’adoption du caza comme circonscription électorale. Le chef du CPL est même entré dans les détails pour expliquer les avantages d’un tel découpage pour la représentativité au Parlement. Les représentants de la majorité se seraient montrés favorables à cette idée, tout en précisant qu’en définitive, c’est le nouveau gouvernement qui présentera le projet de loi et le Parlement qui devra l’adopter. Par conséquent, les représentants de la majorité ne peuvent pas à ce stade faire des promesses solennelles. Mais déjà, le climat général était plus détendu et il a été convenu de tenir une seconde rencontre demain dimanche, après le retour de Amr Moussa de Damas. Le secrétaire général de la Ligue arabe, qui avait multiplié dans la journée de jeudi les contacts avec les ministres saoudien et égyptien des AE pour que la rencontre de l’après-midi puisse avoir lieu, espère obtenir la tenue de la séance parlementaire d’élection lundi. Mais les parties libanaises estiment que c’est prématuré. Les sources proches de l’opposition rappellent à cet égard avoir le sentiment que l’Administration américaine ne souhaite pas réellement la tenue d’une telle élection, préférant pour l’instant garder en place le gouvernement actuel, en attendant d’importants développements régionaux et internationaux. Les mêmes sources estiment ainsi que même si la majorité souhaite parvenir à un accord sur la formation du nouveau gouvernement, après tout, la question en suspens ne portant que sur un seul portefeuille, l’Administration américaine ferait tout pour l’en empêcher. Le président Bush aurait d’ailleurs été très clair à ce sujet au cours de sa tournée dans la région, affirment les sources proches de l’opposition. Pour toutes ces raisons, ces mêmes sources estiment que l’heure de l’élection présidentielle ne semble pas encore avoir sonné. Mais elle pourrait ne plus être éloignée, si la seconde réunion entre représentants de la majorité et de l’opposition entre vraiment dans la phase décisionnelle. Ce qui ne fut visiblement pas le cas lors de la première.
Scarlett HADDAD
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